Différentes formes de parole

L’observation des prises de parole dans les réunions syndicales a conduit à l’identification de différentes formes de prise de parole.

Dans le travail de définition des formes de parole, nous nous sommes appuyée sur des travaux de recherche qui ont engagé le même type d’opération. Les conseils de méthode proposés par Roger W. Heyns et Alvin F. Zander ont été particulièrement utiles (HEYNS & ZANDER 1963, notam. chap. X L’observation du comportement de groupe, p. 437-477). L’étude réalisée par Loïc Blondiaux et Sandrine Levêque sur les réunions de conseils de quartier mis en place dans le 20ème arrondissement de Paris, dont une partie est consacrée à l’identification des registres de parole les plus couramment sollicités dans le cours de ces réunions, a alimenté notre travail de catégorisation (BLONDIAUX & LEVEQUE 1999, notam. p. 52-60). C’est aussi le cas du travail d’observation des instances confédérales de la CFDT mené par Pierre-Éric Tixier, qui l’amène notamment à construire une typologie des interventions et des discours (TIXIER 1992, notam. p. 203-204), ou encore celui mené par Janine Barbot sur les réunions hebdomadaires d’Act-Up Paris. On s’est aussi appuyée sur le travail d’identification de « régimes » de parole réalisé par Dominique Cardon, Jean-Philippe Heurtin et Cyril Lemieux (CARDON, HEURTIN & LEMIEUX 1995).

La catégorisation des formes de parole a principalement été faite à partir de son contenu, c’est-à-dire sans prise en compte des intentions du locuteur, de son profil ou encore des effets de l’intervention sur le déroulement de l’échange.

L’identification de différentes formes de prise de parole et l’étude de leurs usages permettent d’affiner l’analyse de la participation à la délibération en décrivant les différents formes que celle-ci peut prendre. La typologie réalisée constitue aussi un outil permettant d’approfondir l’analyse des inégalités, en ouvrant l’interrogation sur l’influence inégale de la parole sur l’issue de la discussion et dans le processus d’élaboration des positions collectives en fonction de sa forme et aussi sur l’inégale accessibilité de ces formes de parole. La typologie ne constitue pas une fin en soi mais bien un outil de description et d’analyse 273 .

Neuf formes de parole différentes ont été identifiées. Elles permettent de rendre compte de manière exhaustive des prises de parole effectuées dans les réunions syndicales. Une même intervention mobilise fréquemment plusieurs formes de parole. D’une forme de parole à l’autre, le locuteur se trouve plus ou moins impliqué dans l’énoncé qu’il produit. Par ailleurs, les différentes formes de parole dégagées ne présentent pas toutes un égal degré d’accessibilité.

Notes
273.

Le travail de construction des catégories s’est achevé tardivement et elles n’ont pu être que peu et très partiellement utilisées dans la réalisation du travail d’observation.