Chapitre 3- La décision collective à l’épreuve

Après la participation à la délibération, c’est la participation à la décision qui se trouve analysée dans ce chapitre, toujours en prenant appui sur le matériau ethnographique recueilli à partir de l’observation des réunions syndicales.

Une décision est une proposition sur laquelle l’ensemble de personnes, ou au moins une majorité d’entre elles, s’accordent explicitement, l’accord pouvant ou non se manifester dans le cadre d’une procédure de vote. C’est une position collective, relativement stabilisée, arrêtant, au moins provisoirement, ce qui doit être fait dans une situation donnée ou la position de l’organisation par rapport à un problème donné. L’identification de la décision n’est pas liée à l’effectivité de celle-ci, certaines décisions étant appliquées et d’autres non. Les procédures de manifestation de l’accord et de stabilisation de la position élaborée sont multiples.

Le processus décisionnel déborde les frontières des instances décisionnelles. La fabrication des décisions ne se limite pas au cadre de la réunion syndicale. Elle s’inscrit dans un espace et dans une temporalité plus larges. Tout ne se passe pas en réunion et au moment de la réunion, il y a des « à-côtés », des « coulisses », des « avants », où les choses se préparent, parfois ouvertement, d’autres fois moins. Toutefois, le rôle décisionnel des instances dites décisionnelles est effectif, même s’il ne s’agit pas là de la seule fonction qu’elles remplissent et si le processus décisionnel s’étend au-delà d’elles. L’assemblée générale des adhérents n’a rien d’une instance purement consultative, dont le seul rôle serait d’enregistrer, de valider, d’entériner des décisions élaborées ailleurs, par exemple au sein du bureau.

Dans un premier point, l’analyse porte sur l’identification et la localisation de la décision, sous ses formes multiples, dans les réunions syndicales (1), pour ensuite aborder la question des procédures décisionnelles et notamment du vote (2), avant de terminer sur l’autonomie de la décision syndicale, à la fois par rapport aux instances fédérales et par rapport aux salariés non syndiqués (3).