Une procédure légitime : l’alliance de la démocratie et de l’efficacité

Comme la fréquence du recours à celui-ci pouvait le laisser penser, le vote est considéré par les militants étudiés comme une procédure légitime pour produire de la décision collective.

L’infirmation d’une idée de départ

Ce constat est venu infirmer une des idées formulées au départ, puisque nous nous attendions au contraire à rencontrer à Sud-PTT des militants soucieux d’utiliser des procédures de décisions alternatives au vote et porteurs d’une critique de la procédure. Deux éléments nous avaient amenée à formuler cette idée. Tout d’abord notre propre expérience de militante au sein d’un syndicat Sud-Education dans lequel le vote est une procédure réservée au congrès fédéraux, quand le grand nombre rend difficile le recours à toute procédure de décision alternative à celle-ci. Dans les arènes moins nombreuses, la procédure privilégiée est celle de la délibération et du consensus. Le privilège accordé à la procédure de consensus est lié à la fois un à idéal d’unanimité et à la valeur accordée à la discussion.

L’autre élément qui nous avait conduite à attendre un rejet, ou du moins des réticences, par rapport au recours au vote à Sud-PTT, c’était les discours recueillis dans le cadre de la réalisation de notre mémoire de fin d’études sur le thème du militantisme associatif 305 . Nous avions à cette occasion interrogé, dans le cadre d’entretiens, une vingtaine de militants associatifs et une partie d’entre eux, notamment ceux appartenant à ces « nouvelles » associations comme SOS-Racisme et plus encore Ras l’Front, rejetaient explicitement le vote comme procédure légitime de production de la décision collective et indiquaient qu’ils pratiquaient dans leurs organisations respectives la procédure du consensus (aucun travail d’observation n’avait alors été mené). La procédure de vote était alors critiquée parce qu’elle produit des divisions, qu’elle influe négativement sur le débat et qu’elle en limite aussi le développement.

Notes
305.

PERNOT (Hélène), 1997, Militantisme moral et estime de soi, op. cit.