Si l’agenda du syndicat étudié est en partie déterminé par les initiatives fédérales, il y a aussi des situations pour lesquelles la logique est inversée et c’est le syndicat qui intervient dans la définition de l’agenda fédéral. Il demande l’ouverture d’une discussion, l’élaboration d’une prise de position collective ou encore l’engagement d’une action. La demande est portée au sein du CF, l’instance de représentation de l’ensemble des syndicats de la fédération. Ces situations dans lesquelles le syndicat fait « remonter » ses demandes dans les instances fédérales sont très rares dans le syndicat étudié. Deux cas ont été relevés.
Lors d’une AG, dans le cadre d’une discussion préparatoire à un CF, les participants à la réunion adoptent une « motion » portant sur les personnels reclassés, « rédigée dans le but d’inciter la fédération à prendre position sur cette question, à rechercher des informations, bref, à prendre le problème en main » et qui sera soutenue au nom de l’AG du syndicat par les délégués qui le représentent au CF. La motion porte sur la situation des personnels qui ont fait le choix du maintien sur leur grade de reclassement lors de la réforme de 1994. La discussion est ouverte par un militant qui indique « [avoir] été interpellé par plusieurs collègues ayant à cœur la situation des reclassés et leur avenir à FT » (extraits CR AG nov. 1995).
La même situation se reproduit lors d’une autre AG encore, cette-fois-ci sur la question de l’accès des facteurs contractuels à la vente des quartiers (AG n°2). La délégation représentant le syndicat au CF est mandatée pour demander qu’une position soit prise sur cette question lors du CF suivant.
Le canal par lequel s’effectue la remontée des demandes du syndicat auprès des instances fédérales est le CF. Le syndicat envoie systématiquement une délégation au conseil fédéral. Par ailleurs, deux militantes du syndicat étudié sont élues au BF, Patricia élue lors du congrès fédéral de 2002 et Christine élue pour un premier mandat lors du congrès fédéral de 1999 et réélue pour un second mandat en 2002. Les membres du BF ne sont pas élus pour représenter leur syndicat, ils ne sont pas responsables devant celui-ci, mais devant l’ensemble des syndicats de la fédération représentés au sein du CF. Néanmoins, les candidats au BF doivent être présentés par leur syndicat d’origine et doivent donc bénéficier de sa confiance, éventuellement avoir fait leurs preuves dans le syndicat. Les membres du BF se voient ainsi pris entre deux rôles, celui de décideur national et celui de représentant de leur organisation 309 . Lors d’une AG qui se tient en mars 2002, entièrement consacrée à la préparation du congrès fédéral prévu deux mois plus tard, les candidatures présentées par le syndicat pour l’élection au BF sont mises en discussion. Cette discussion est l’occasion pour les militants d’adresser des critiques à Christine qui termine son premier mandat : elle n’aurait pas joué le rôle de relais attendu, en faisant tout à la fois monter et descendre des informations, en « [faisant] remonter à la fédé la vision de Sud X ». À travers les critiques qui sont formulées, il apparaît que l’élue au BF est considérée comme devant assumer un rôle de représentante de son syndicat d’origine dans les instances fédérales (AG n°5).
La prédominance d’une logique de fonctionnement descendante en matière d’impulsion de l’action syndicale, particulièrement nette dans le cas du syndicat étudié, est en partie liée à une situation d’asymétrie de ressources (forces militantes, temps, vision globale des choses, proximité avec les lieux de décision, etc.) entre les instances fédérales et les militants locaux. Elle peut être aussi liée à une rupture inaccomplie ou imparfaitement accomplie avec la centralisation initiale du fonctionnement de la fédération Sud-PTT (développement départemental à partir d’un noyau fondateur parisien).
Si l’initiative fédérale est prépondérante, il ne s’agit bien que d’une initiative. La décision fédérale est du ressort des syndicats qui valident ou non les propositions fédérales lors des comités fédéraux. Il est d’ailleurs fréquent que les militants fédéraux soient désavoués (ce fut par exemple le cas sur la question des délégués du personnel, la majorité des syndicats s’opposant à ce que la fédération engage une action pour demander l’organisation d’élections de DP à la Poste et à France Télécom). Si le pouvoir d’initiative est un pouvoir de fermeture de l’espace de décision, il n’engage pas pour autant une dépossession totale des syndicats de leur pouvoir de décision.
Pierre-Éric Tixier formule le même constat par rapport aux membres du bureau national de la confédération CFDT : « Les membres du BN sont pris en permanence dans un double rôle : ils sont à la fois représentant de leur organisation et décideurs nationaux » (TIXIER 1992, p. 185).