La sélection illégitime

Le principe de sélection induit par l’élection est contesté par une partie des militants étudiés. La contestation ne porte pas sur le caractère inégalitaire de la sélection et sur la logique aristocratique qu’elle induit. En cela, elle ne rejoint pas les partisans du tirage au sort dans la démocratie athénienne qui fondaient alors leur choix du sort et leur rejet du mécanisme électif sur son caractère aristocratique. Comme le rappelle Bernard Manin, le tirage au sort était alors souvent décrit « comme le mode de sélection démocratique par excellence alors que l’élection [apparaissait] plutôt comme oligarchique ou aristocratique » (MANIN 1995, p. 43). L’usage de la procédure garantit une rotation aux postes de pouvoir, protectrice contre le professionnalisme politique et garante de justice dans l’occupation des postes de pouvoir. La valeur démocratique de la procédure était aussi liée au fait qu’elle distribue de manière égale la probabilité d’accéder au pouvoir (p. 44-58). Des auteurs comme Montesquieu ou Rousseau étaient eux aussi porteurs de cette critique du mécanisme électif pour son caractère aristocratique (p. 98-107).

Dans le groupe militant étudié, la sélection est avant tout perçue comme une violence faite à la cohésion du groupe et comme une pratique incohérente au regard d’un principe d’efficacité organisationnelle. Par ailleurs, l’élection et le contrôle a priori des représentants qu’elle permet d’opérer peut aussi sembler inutile en raison du cadrage strict de l’activité du représentant par son mandat, dans une logique de démocratie directe.