La sélection comme violence

La sélection par l’élection peut être vécue comme exclusion, comme une rupture avec l’exigence communautaire, avec l’exigence de maintien de la cohésion du groupe et donc comme une forme de violence.

Lors d’un congrès est mis en discussion le principe de limitation du nombre des membres du BS, alors fixé à 16, avec trois propositions de limitation, 12, 18 ou 24 membres. Ceux qui sont favorables au principe de limitation à douze avancent le fait que le développement du syndicat implique une plus grande division du travail et un collectif d’animation davantage restreint. L’argumentation se situe dans le registre de l’efficacité. Ceux qui s’opposent à la limitation pointent le « problème » posé par le fait de devoir « rayer des collègues » si le nombre de membres est trop faible et si donc le nombre de candidats est supérieur au nombre de postes à pourvoir (termes utilisés dans le compte rendu du congrès). On voit bien ici la perception de la sélection comme exclusion, comme atteinte à la cohésion du groupe. Finalement, la proposition retenue est la limitation à dix-huit membres, ce qui n’induira pas alors de sélection imposée. Par la suite, le nombre de membres du BS passera à 24 membres rendant encore plus improbable la nécessité d’opérer des choix parmi les candidats.

Lors des premières élections disputées qui se tiennent lors du congrès n°3, obligeant les électeurs à rayer des noms sur la liste des candidats figurant sur le bulletin de vote, la gêne provoquée par la sélection imposée est perceptible chez plusieurs militants (même si par ailleurs d’autres s’en réjouissent). Ainsi par exemple, nous entendons un adhérent dire à un autre, alors qu’il vient de rayer les six noms et de déposer son bulletin dans l’urne : « je ne suis pas fier. La prochaine fois, on choisira plutôt que de rayer ». Par la suite, dans des conservations informelles, des militants feront part de leur tristesse devant la non-élection de certains des candidats, de ce qu’ils ont vécu comme une sanction injustifiée à l’égard de militants qui méritaient eux aussi de faire partie du conseil syndical.