Les représentants dans les instances fédérales : une part laissée à l’improvisation

Le syndicat participe aux réunions fédérales, congrès et comités fédéraux, en y envoyant une délégation, mandatée, chargée de porter des positions définies collectivement avec les adhérents du syndicat dans le cadre d’une AG. En pratique, les délégués représentant le syndicat dans les instances fédérales ne sont jamais strictement mandatés. C’est-à-dire que, lorsqu’ils ont effectivement un mandat, celui-ci est incomplet (il ne contient pas des positions sur toutes les questions mises à l’ODJ de la réunion fédérale), éventuellement flou (le débat préparatoire ne débouchant pas sur l’élaboration d’une position claire, tranchée). L’AG consacrée en tout ou partie à la préparation des congrès et CF ne permet jamais d’examiner tous les points mis à l’ordre du jour des réunions fédérales, d’examiner tous les textes soumis à la discussion et d’établir des positions collectives à leur propos. Les membres du bureau opèrent alors une sélection des questions qu’ils jugent les plus importantes. Les documents préparatoires diffusés avant les réunions par l’équipe fédérale sont très abondants, et pas toujours envoyés aux syndicats suffisamment tôt pour permettre d’organiser une discussion préalable avec les adhérents.

De fait, il est donc rare que des représentants agissent au nom de l’organisation sur la base d’un mandat strictement défini. En revanche, ils agissent le plus souvent dans un cadre d’action dont les frontières sont plus ou moins resserrées, lui laissant des marges de manœuvre et d’appréciation plus ou moins importantes. Selon les personnes qui font fonction de représentant, l’usage de l’autonomie accordée de fait varie, certains s’autorisant des choses que d’autres ne s’autorisent pas.

Dans le cadre d’une réunion de BS, Christine, qui faisait partie de la délégation représentant le syndicat lors d’un congrès fédéral qui vient de se tenir, présente un compte rendu du déroulement de celui-ci (BS n°32). Elle rappelle que la délégation avait à défendre deux amendements présentés par le syndicat et précise « on a voté en fonction des résultats de l’AG là-dessus », c’est-à-dire que les mandats dont disposent le syndicat (147) sont partagés en fonction des résultats des votes qui ont eu lieu lors de l’AG (le syndicat ne pratique pas alors le vote bloqué mais applique une règle de répartition des mandats à la proportionnelle). Elle explique aussi que pour certains votes, il n’y avait pas de « mandatement strict ». Dans ces cas-là, les délégués ont « improvisé » et elle ajoute : « tu sens, tu sais un peu la sensibilité du syndicat ».

Il arrive aussi que les délégués ne prennent pas part au vote. C’est le cas sur les questions qui n’ont jamais été abordées avec les adhérents et pour lesquelles ils ne disposent donc d’aucune indication d’attitude.