La règle de mandatement des militants qui représentent le syndicat à l’extérieur de l’organisation se trouve, dans le fonctionnement quotidien, mise à l’épreuve des logiques de fonctionnement extérieures, éventuellement non compatibles avec elle. Ces logiques de fonctionnement extérieures, ce sont les logiques de fonctionnement des autres organisations syndicales auxquelles le syndicat est confronté dans le cadre du travail intersyndical.
Ainsi, par exemple, dans le cadre d’une discussion d’AG sur l’organisation d’une mobilisation collective à FT, Paul explique qu’il a participé à une réunion intersyndicale, convoquée à l’initiative de la CGT, et au cours de laquelle celle-ci a proposé une date pour l’organisation d’une journée de grève. Il dénonce alors l’attitude des représentants de la CGT qui ont demandé une réponse immédiate aux représentants des autres syndicats, une attitude considérée comme caractéristique des pratiques de cette organisation. Paul indique qu’il leur a alors expliqué que le mode de fonctionnement de son syndicat ne l’autorisait pas à apporter une réponse immédiate et que celle-ci demanderait un délai de quelques jours. Il ajoute : « il ne faut pas hésiter à répondre ça » (AG n°6) 324 .
Parfois, il peut s’agir des logiques de fonctionnement d’organisation pourtant proches de Sud-PTT sur le plan des logiques de fonctionnement, comme par exemple ATTAC.
Ainsi, au cours d’une réunion de BS dans laquelle est évoquée la question de la représentation du syndicat dans les instances collectives d’ATTAC, en l’occurrence son conseil d’administration, Jacques, qui assurait jusqu’ici cette représentation, fait part aux autres personnes présentes d’une requête qui a été formulée à son adresse par des dirigeants de l’organisation qui ont alors exprimé leur souhait que le représentant de Sud-PTT soit toujours le même et d’autre part que ce soit une femme, ceci afin d’assurer une parité dans la composition de l’instance. Jacques leur a alors précisé qu’« à Sud, on n’est pas obligé de mandater toujours la même personne » et qu’ils n’entendaient pas plier le fonctionnement de leur organisation à des exigences formulées de l’extérieur. (BS n°34)
En général, sur la question du mandatement en tout cas, les militants opposent une résistance fière aux logiques de fonctionnement extérieures et le mécanisme ne se trouve pas assoupli pour s’adapter à celle-ci.
Les acteurs des coordinations ont de même été confrontés à l’incompatibilité de leur mode de fonctionnement avec celui des représentants de l’État dans les processus de négociation. Ce fut par exemple le cas des acteurs de la coordination infirmière comme l’explique Jean-Michel Denis : « le mode de délégation et de représentation de la coordination infirmière – qui repose sur le principe du mandat et de la démocratie directe – n’a jamais pu être accepté en tant que tel par les négociateurs de l’Etat. Ces derniers se montrent parfaitement désarçonnés devant ces allers et retours continuels pratiqués par les représentants de la coordination entre leurs assemblées générales et les séances de négociation. Ils s’attendaient à ce que les représentants des coordinations fournissent des réponses immédiates à leurs propositions et non à ce qu’ils aillent les présenter aux AG qui possédaient seules le pouvoir de décision » (DENIS 1996, p. 101).