3- Une parole critique sous contraintes

Robert Michels, qui notait une tendance à l’apparition de phénomènes oligarchiques dans les organisations militantes, en dépit des intentions démocratiques de ses acteurs, notait aussi une tendance aux effets inverses, une tendance à la démocratie, dans la mesure où la socialisation démocratique équipe les acteurs de ressources critiques face à la bureaucratisation. Ainsi, il écrit : « le propre de la démocratie en général, de celle du mouvement ouvrier en particulier, est en effet de fortifier et d’exciter chez l’individu l’aptitude intellectuelle à la critique et au contrôle » (MICHELS 1971, 1ère éd. 1911, p. 301). Comment s’exerce la protestation interne au sein du syndicat étudié et d’abord, s’exerce-t-elle ?

Lorsque les membres de l’organisation sont en situation de désaccord avec les discours produits et les actions entreprises par leurs représentants, plus généralement par les militants qui sont en situation de responsabilité, ils ont le choix entre plusieurs modes d’action qu’Albert Hirschman identifie comme exit, voice ou loyalty, c’est-à-dire la sortie ou défection, la prise de parole ou contestation, ou encore le silence (HIRCHMAN 1970 & 1986 notam. chap. 3 « Défection et prise de parole : l’état du débat », p. 57-87). Ce sont les conditions d’exercice de la protestation interne qui sont plus précisément traitées ici. La protestation interne peut se manifester sous des formes diverses, qui peuvent être combinées. Principalement, elle se manifeste dans le syndicat étudié sous la forme d’un courrier adressé aux responsables syndicaux et/ou sous la forme d’une prise de parole dans les réunions syndicales. Les conditions d’exercice de la critique interne peuvent être dégagées à partir de l’examen du traitement qui est fait de ces manifestations de protestations. La critique interne doit, pour être entendue, se soumettre à des conditions de recevabilité. Par ailleurs, il y a des conditions de possibilités de la critique.