Une critique fondée

Pour être recevable, la critique doit être fondée, c’est-à-dire appuyée sur des arguments légitimes, des arguments généraux, mais aussi appuyée sur des faits avérés.

Les deux principes généraux sur lesquels peut se fonder la critique au sein du collectif étudié, c’est le principe de démocratie et celui d’efficacité, le premier disposant d’un privilège par rapport au second. La critique personnelle, c’est-à-dire non fondée sur un principe général, n’est pas recevable. La tendance à ne lire les conflits internes que comme des « querelles de personnes » tend à réduire l’espace accordé à la critique. Les arguments développés dans les confrontations liées à des conflits internes, même s’ils se présentent sous une forme générale en mobilisant le plus souvent un principe de démocratie, tendent à être disqualifiés comme voilant des attaques personnelles et sont ainsi défaits de leur généralité et de leur recevabilité.

Est par ailleurs jugée irrecevable la critique qui renie les valeurs fondatrices de l’organisation. Par exemple la critique contestant l’investissement des militants dans le mouvement des sans-papiers a été jugée irrecevable. L’argument principal mobilisé par les contestataires était le fait que les questions professionnelles doivent être traitées de manière prioritaire par rapport aux questions non professionnelles et surtout sociétales, perçues comme des questions politiques. L’argument est jugé non recevable par les militants qui y voient un reniement des valeurs fondatrices du syndicat (valeur de solidarité, importance accordée à l’investissement dans toutes les luttes professionnelles et sociétales, sans hiérarchisation de celles-ci).

Fondée sur des arguments généraux, la critique doit aussi être fondée sur des faits avérés, dont celui qui produit la critique doit pourvoir apporter la preuve.

Dans une réunion de BS, la discussion s’engage sur le cas de Francis, un militant membre du BS, absent ce jour-là, qui fait l’objet de multiples critiques de la part de plusieurs militants, mettant notamment en cause ses positionnements politiques, son racisme, son comportement vis-à-vis de ses collègues de travail (BS n°29). Alors que la discussion s’engage sur ce terrain, Jacques intervient pour y couper court. Il dénonce les mises en cause qui s’opèrent « dans son dos ». Il dénonce aussi des critiques non fondées et demande : « apportez-moi la preuve de ce que vous avancez ». La discussion s’arrêtera là.

Enfin, plus la critique se présente sous une forme collectivisée, plus elle a de chances d’être reçue. Le nombre de personnes qui la soutiennent constitue un point à partir duquel jugement de recevabilité est produit.