Chapitre 5- Le refus de la professionnalisation des militants à l’épreuve

La réflexion sur les permanents syndicaux et sur la professionnalisation des militants a constitué une des réflexions fondamentales à l’origine de la création de Sud-PTT. Elle a débouché sur la mise en place de règles, au niveau de la fédération, mais aussi dans les syndicats, visant à limiter la professionnalisation militante et plus précisément à limiter les détachements syndicaux, avec l’absence de détachements syndicaux à plein temps dans le syndicat étudié et la limitation du temps d’occupation des postes de permanents fédéraux. Ces règles visent à partager les postes de permanents et à assurer une rotation des fonctions. Au niveau fédéral, il y a deux règles, la « règle des neuf ans » selon laquelle un permanent fédéral ne peut cumuler plus de trois mandats consécutifs au secrétariat fédéral et la « règle des douze ans » selon laquelle un permanent fédéral ne peut cumuler plus de douze ans consécutifs comme permanent dans les structures syndicales qu’elles soient locale ou fédérale. Au niveau du syndicat étudié, il existe une règle coutumière, non écrite dans les statuts, selon laquelle un militant ne peut cumuler plus de trois détachements syndicaux réguliers par semaine. Il y a un refus d’avoir des permanents à vie dans un cas et un refus d’avoir des permanents à temps plein dans l’autre.

Le choix de produire un éclairage spécifique sur ces règles répond à la place qu’elles occupent au sein du collectif militant, que ce soit au niveau local ou fédéral. Elles constituent une des spécificités de Sud-PTT, jouent un rôle important dans le fonctionnement interne du syndicat et font l’objet de débats nombreux et nourris.

Ces règles et donc à travers elles le refus de la professionnalisation se trouvent régulièrement mises à l’épreuve de la discussion (1). L’épreuve ouvre alors une possibilité de consolidation d’une recomposition des exigences et notamment des deux principales qui justifient les dispositifs, l’exigence de démocratie et celle d’efficacité, pouvant déboucher sur une transformation des règles. L’analyse des registres argumentaires mobilisés dans les discussions indiquent que les débats peuvent être envisagés comme une confrontation entre un principe d’efficacité syndicale et un principe de démocratie, mais aussi à l’intérieur du cadre défini par chacun de ces principes (2). L’examen de l’issue des épreuves indique la résistance des règles et du refus de la professionnalisation, malgré l’ouverture de quelques failles (3).