Les conditions de réalisation pratique de la démocratie

Notre ambition de départ n’était pas seulement d’apporter une contribution à la connaissance de l’objet syndical, mais aussi d’apporter une contribution à la réflexion sur la démocratie. Sur ce point, notre étude vient apporter des éléments de confirmation des résultats produits par d’autres et sur d’autres terrains.

Nous avons travaillé la question démocratique à partir d’une expérience pratique de mise en œuvre d’un projet de démocratie, en prenant donc en compte le contenu normatif que les militants donnent à l’idée de démocratie dans ses applications à l’action syndicale et les dispositifs de fonctionnement élaborés pour en permettre la réalisation effective. L’analyse de cette expérience permet de mettre en lumière les obstacles rencontrés dans la réalisation pratique des ambitions de démocratie, les contraintes qui en limitent l’effectivité.

Il y a d’abord la concurrence exercée par la norme d’efficacité syndicale, donc la légitimité se renforce du fait du contexte dans lequel évolue l’organisation : la vitesse à laquelle se succèdent les réformes, la vitesse à laquelle évolue l’entreprise, le sentiment de se trouver face à un rouleau compresseur, les batailles perdues, la faiblesse de l’investissement militant. L’âpreté du combat à mener et le désenchantement par rapport aux adhérents et plus généralement par rapport aux salariés peut conduire à la mise entre parenthèses de l’exigence de démocratie, au profit de l’efficacité syndicale. L’observation du fonctionnement quotidien de l’organisation a permis d’observer les arbitrages pratiques produits par les militants entre ces deux exigences qui peuvent se révéler contradictoires. Nous avons noté une tendance à produire des arbitrages plutôt en faveur de la démocratie. Toutefois, les difficultés quotidiennes perçues et vécues laissent de plus en plus de place et de prise à l’affirmation d’une exigence d’efficacité.

Nos résultats viennent par ailleurs confirmer des analyses établies par d’autres, à savoir que l’ouverture de l’accès aux espaces de participation à la délibération et à la décision ne suffit pas à garantir une participation effective et égalitaire. La participation et l’influence exercée, notamment dans la production de la volonté collective, sont liées à la compétence militante, à sa reconnaissance par les autres et au sentiment de sa propre compétence. Nous avons aussi indiqué que les compétences nécessaires à la participation syndicale peuvent être acquises par les apprentissage syndicaux et les rapports d’asymétrie d’influence sont ainsi réversibles, au moins partiellement.