La mesure empirique des compétences technologiques

Les statistiques de brevets constituent une ‘mesure’ pertinente des compétences technologiques des firmes, comme le soulignent de nombreux spécialistes de l’étude des stratégies d’innovation, dont Cantwell ([1991b], p. 48). Les brevets présentent, en effet, un certain nombre d’avantages absolus, relativement à d’autres types de mesures des activités d’innovation, que nous présenterons dans la troisième Partie.

Précisons que nous utiliserons une base de données sur les FMN élaborée par l’Observatoire des Sciences et des Techniques (OST), à partir de statistiques de brevets européens, c'est-à-dire de brevets déposés auprès de l’Office Européen des Brevets (OEB). À cet égard, notre étude empirique s’avère originale à trois points de vue :

Notre évaluation empirique sera donc centrée sur l’évaluation des compétences technologiques des firmes. Or, comme nous l’avons montre ci-dessus, une ‘compétence’ n’est pas réductible à une connaissance. Elle reflète davantage une capacité à créer, assimiler et échanger un ensemble de connaissances produites dans un contexte organisationnel. Les théories de la compétence de la firme s'attachent ainsi à démontrer l'interaction entre deux types de compétences au sein des firmes (Teece et al. [1994]) : les compétences technologiques et les compétences organisationnelles.

L'utilisation de statistiques de brevets permet de repérer les compétences technologiques des firmes. Les brevets constituent, en effet, un indicateur de la localisation des compétences technologiques des firmes (Patel & Pavitt [1996]). En cela, ils constituent une bonne approximation des ‘profils technologiques’ des firmes (Andersen & Cantwell [1996]). En revanche, ils ne permettraient pas, a priori, d'identifier les compétences organisationnelles indispensables à la valorisation des compétences technologiques (Teece et al. [1994]). Cette objection peut être partiellement levée en remarquant que le dépôt de brevets constitue en soi le résultat de la valorisation organisationnelle des compétences présentes au sein de la firme. En d'autres termes, sans compétences organisationnelles, pas de compétences technologiques : la carence de compétences organisationnelles sanctionne les performances technologiques dont le brevet constitue une approximation valable. Le brevet, sans pour autant permettre leur caractérisation, constituerait donc une mesure implicite des compétences organisationnelles des firmes.

La thèse se décompose ainsi en trois Parties, chacune se déclinant en deux Chapitres.

La première Partie est consacrée à une présentation des théories traditionnelles de la firme multinationale qui reposent sur une vision centripète de l’internationalisation des activités de création technologique :

La seconde partie propose des développements théoriques autour de la théorie des compétences de la firme (TCF), afin de rendre compte (également) de la dimension centrifuge des activités de création technologique des FMN :

La troisième Partie se propose d’apprécier la validité empirique des principales hypothèses, avancées par les théories présentées dans les première et seconde Parties, en matière de localisation des activités d’innovation des firmes multinationales :