16.6.2. Analyse cognitive des résultats :

Les résultats obtenus par Aurélie ne sont pas homogènes.

Les processus séquentiels impliqués dans les 3 subtests du K.ABC sont très bien réussis avec un score maximum pour celui de “Mémoire immédiate des chiffres” (17). Ces résultats témoignent d’un empan mnésique et attentionnel important chez Aurélie.

Les subtests des Processus simultanés, quant à eux ont un point faible à “Mémoire spatiale” (6). Ce score place Aurélie à un âge de développement de 6 ans et 9 mois. Ce résultat témoigne d’un manque de stratégie pour retenir l’emplacement des stimuli. Aurélie est trop dépendante de ce qu’elle voit, d’ailleurs elle a tendance à mettre les doigts sur les stimuli présentés alors que la consigne stipule qu’elle n’en a pas le droit. Il faudra intervenir plusieurs fois en rappelant cette limite.

Cette difficulté à se décentrer du champ perceptif se vérifie au subtest “ Triangles ” (7) soit 7 ans et 6 mois d’âge de développement dans lequel elle est trop lente et se montre peu flexible. Au subtest “ Matrices analogiques ” (8) soit 8 ans et 3 mois d’âge de développement, elle est trop impulsive dans le choix de ses réponses. En effet, elle est capable de trouver la bonne pièce manquante mais la place inadéquatement (4 mauvaises orientations sur 7 réponses erronnées), sans tenir compte d’autres paramètres importants.

Concernant la figure de Rey, Aurélie adopte une réalisation de la copie de type II, qui domine aux âges de 11-12 ans. Cette élaboration témoigne chez elle d’une bonne structuration, c’est-à-dire d’une conception analytique des différentes figures géométriques imbriquées. Sa production de mémoire correspond au type III dont l’élaboration n’est jamais dominante à aucun âge mais qui connaît son apogée à l’âge de 10 ans. Ce type démontre qu’Aurélie a retenu de la figure complexe qu’un contour qui contient des diagonales et la figure ronde à l’intérieur et les croix avec le losange à l’extérieur. Tous les autres éléments intérieurs, nombre de lignes horizontales, etc ont été oubliés. Ce résultat peut révéler un défaut d’attention aux détails numériques (nombre de lignes, etc. ) et non pas un défaut de structuration, ni de mémorisation.

Aurélie est capable d’analyser correctement un nombre important de cartes et d’en percevoir une vue d’ensemble dans “Séries de photos” (13), soit 84 % de réussite dans la population générale.

Si l’on compare les échelles globales entre elles, on s’aperçoit que l’échelle des Processus Séquentiels est significativement supérieure à celle des Processus Simultanés et à celle des Connaissances.

Les subtests de Connaissances possèdent un point fort avec “Lecture et déchiffrement” (116) soit 95 % de réussite dans la catégorie sociale à laquelle elle appartient. Le subtest “Arithmétique” (78) quant à lui est celui qui est significativement le moins réussi. Aurélie ne connaît pas sa table de multiplication, elle a du mal à calculer mentalement. Or, ce problème au niveau de l’abstraction n’est pas flagrant au subtest “Devinettes” (96), soit 9 ans d’âge de développement. Il peut apparaître dans “Lecture et compréhension” (91) où Aurélie a du mal à conceptualiser ce qui lui est demandé de faire. Ce dernier point renforce une dépendance à l’égard du champ.

En conclusion, nous pouvons avancer qu’Aurélie a un comportement impulsif, par exemple, elle frappe deux fois dans les mains alors qu’elle doit frapper qu’une fois. Tout de suite après, elle se reprend oralement. C’est une enfant qui verbalise tout ce qu’elle fait comme si cette formulation orale, audible par tout un chacun, lui permettait de contenir sa réflexion.

Elle met du temps à comprendre ce qui lui est demandé. Il faut lui répéter deux fois la consigne pour les subtests “Arithmétique”, “Devinettes” et “Suite de mots” au moment de l’insertion de la tâche perturbatrice. Ceci peut être un indice de manque de flexibilité cognitive associé à un problème de charge cognitive.

Aurélie est également lente lorsqu’elle persévère dans la figurativité, c’est-à-dire lorsqu’elle reste attachée aux indices perceptifs dans les subtests “ Triangles” ; “Mémoire Spatiale” (lente à encoder l’emplacement de tous les stimuli en un temps limité). Autrement dit, elle ne met pas en place une nouvelle tentative de résolution pour contourner l’obstacle. Tout se passe comme si elle avait besoin de se raccrocher à tout prix au même élément perceptif.

Elle possède un style cognitif séquentiel qui semble nécessiter du temps pour appréhender les stimuli dans leur globalité.