4. La ville comme lieu de l'action sociale.

Le rôle des bureaux de bienfaisance, et en particulier leurs budgets, ont été analysés précédemment. Mais au-delà de l'application stricte de la loi, il paraît légitime de rechercher dans certaines communes l' évolution des pratiques sociales, de voir le décalage entre le discours officiel sur l'assistance républicaine et les pratiques des secours municipaux. Dans certaines des communes étudiées –c'est vrai à Malakoff, Vanves et en partie à Montrouge– il semble que les édiles locales décident d'aller au-delà des obligations d'assistance prévues par la loi. Comment comprendre cette intervention municipale dans le champ social ? S'agit-il d'une forme de "socialisme municipal", ou simplement une forme de "radicalisme municipal 1531 ", fondé sur une action sociale volontariste, qui sera par la suite défendue par d'autres maires de banlieue, tel Henri Sellier à Suresnes 1532  ?

Les sources pour étudier l'assistance dans les communes sont connues et ont en partie déjà été traitées au chapitre 3, lorsqu'il s'agissait de voir l'origine des fonds servant à l'assistance. Ici, c'est à la fois les pratiques d'assistance communales et privées qui sont analysées, c'est-à-dire la répartition des dépenses d'assistance, et la manière dont les édiles parlent de ces actions. Ces réflexions restent toutefois marquées par une impossibilité de généralisation : l'absence de conservation de données continues, tant pour les bureaux de bienfaisance que pour les budgets communaux 1533 , limite l'investigation, mais permet de poser quelques hypothèses.

Notes
1531.

L'utilisation de ce néologisme permet de nuancer l'appartenance partisane des élus de cette partie de la Seine banlieue, dont on a vu d'une part les faibles liens avec les partis, d'autre part, lorsque ces liens existent [comme à Vanves entre 1900 et 1918] le rapport étroit avec la Fédération de la Seine du Parti radical et radical-socialiste. AM Vanves, registre des PV des séances du comité républicain, puis comité radical de Vanves, 1898-1919 non coté. Voir aussi partie 1, chap. 2 supra. Il est remarquable que ni Edouard Herriot à Lyon, ni Henri Sellier à Suresnes ne sont des militants du parti socialiste, alors qu'ils ont toujours défendu l'idée d'un fort interventionnisme municipal, y compris en terme d'habitat social. Sur Herriot, voir Berstein, S. Edouard Herriot ou la République en personne, Fnsp, 1985.

1532.

Henri Sellier, maire de Suresnes, conseiller général, député, sera aussi Ministre de la Santé dans les années 20. Fondateur et administrateur de l'OPAC de la Seine, il est aussi à l'origine de nombreuses innovations architecturales, tant pour des bâtiments à usage d'habitation (cités-jardins créées par l'OPAC à Suresnes, à Châtenay-Malabry –la Butte Rouge–, à Puteaux) que pour des bâtiments publics (école de plein air de Suresnes).

1533.

Seules les archives municipales de Vanves ont conservé les archives du bureau de bienfaisance (série Q), y compris les budgets. Pour ce qui est des budgets communaux, j'ai déjà noté la mauvaise conservation de séries longues. Voir chapitre 4 supra.