Les travaux des champs

Les travaux des champs, qui n'occupent que 30% du temps de travail familial, participent encore en grande partie de l'économie domestique dans la mesure où ils pourvoient eux aussi à l'alimentation du ménage : leurs produits sont destinés pour moitié à la consommation familiale, pour moitié à l'élevage187. Ils ne nécessitent qu'un outillage des plus sommaires, presque entièrement en bois. S'il faut relever au titre des innovations la présence d'une herse à dents métalliques, signalée comme un progrès, on notera la persistance de l'araire de bois et l'absence de matériel de battage : comme dans beaucoup de régions où le blé reste un "mal nécessaire", on pratique le chaubage188. L'ensemble est évidemment de faible valeur (à peine plus de 200 francs), mais aussi d'un faible coût d'entretien189.

Les labours sont partagés en deux soles à peu près égales, où l'alternance du froment et du maïs dispense de jachère. Outre les céréales, ils portent des cultures intercalaires de navet et de lin et des cultures dérobées de haricots, de fèves, et de courges. C'est avec le jardin la seule partie de l'exploitation intensément mise en valeur, celle qui absorbe la totalité des fumures et l'essentiel du travail masculin. La main d'oeuvre féminine aussi y est mobilisée, notamment par les nombreuses façons nécessitées par la culture du maïs : étendage du fumier, sarclage, écimage, effeuillage, puis récolte. Elle nécessite en outre l'appoint saisonnier de trente journées d'ouvriers pour le sarclage du maïs et le battage du blé à la main, qui exigent une grande quantité de travail concentrée sur un temps très court.

Le reste du domaine reçoit un investissement beaucoup plus faible en travail. Les prés ne sont pas fumés, et leur exploitation se limite à la récolte du foin et des regains. Bois et landes servent avant tout de parcours aux bestiaux durant l'été. Dans les landes, on récolte à l'automne des ajoncs et des genêts épineux pour le fourrage190, et des fougères pour la litière. Les bois, traités en haut taillis, ne réclament d'autre travail que le ramassage des châtaignes et du bois de chauffage.

Notes
187.

Voir tableaux 10 et 12 en annexe.

188.

Le battage est "exécuté à la main en frappant les épis sur une grande pierre plate, ou bien en maintenant d'une main une javelle sur cette pierre et en la battant de l'autre avec une forte trique".

Dans les années 1920, le géographe Théodore Lefebvre a observé la persistance de cette pratique dans la zone montagnarde qui s'étend d'Ainhoa à Ascain et dans la région d'Hasparren : voir Théodore LEFEBVRE, Les modes de vie dans les Pyrénées Atlantiques orientales, ouvrage cité, pp. 402-403.

Sur le chaubage et son aire géographique, voir Charles PARAIN, "Les anciens procédés de battage et de dépiquage en France", Travaux du Ier Congrès international de folklore, Publications du département et du Musée national des Arts et Traditions populaires, Tours, 1937.

189.

Voir tableau 3 en annexe : cet outillage est comparable à celui des exploitations de Hélette inventorié à la même époque.

190.

Les fourrages sont hachés à l'aide d'un hache-paille encore rudimentaire, que l'enquêteur décrit comme un "instrument composé d'une lame tranchante fixée par son milieu à un long manche". Cet instrument de modeste valeur (8 francs) est généralement désigné dans les inventaires comme une "pelle en fer".