Ouverture aux marchés

Comme dans toutes les agricultures européennes, l'élevage est le complément indispensable de l'agriculture : l'éleveur est d'abord un cultivateur. L'attelage de vaches du petit exploitant lui fournit son travail, son fumier, et un peu de lait pour la consommation familiale. Le troupeau de brebis lui fournit aussi son lait et sa laine, et il vend le croît : veaux et agneaux.C'est dans le cadre de ce système de cultures que s'effectue un glissement vers le marché du bétail lorsque, l'autosuffisance alimentaire atteinte, l'exploitation peut dégager un surplus de fourrages pour l'engraissement.

Mais longtemps le volume de l'élevage s'adapte moins aux marchés qu'aux quantités de fourrages disponibles. Les mauvaises années, on pourvoit d'abord à l'alimentation des hommes et l'on réduit le cheptel. En 1848, année de sécheresse, le déficit de la récolte de maïs "oblige les habitants à nourrir moins de cochons et à ménager beaucoup le grain". Quant à la châtaigne, "elle est toujours suffisante parce que ne servant en très grande partie qu'à la nourriture des cochons, on réduit le nombre à élever selon les ressources en châtaignes, en glands et en faîne"263. En 1856, en 1862, en 1875 à nouveau la pénurie de fourrages provoque une stagnation du commerce du bétail264 et, paradoxalement, une baisse des prix des bovins lorsque les éleveurs sont obligés de vendre une partie de leurs bêtes265.

Les années d'abondance à l'inverse, les exploitants agrandissent leur cheptel, au risque de la surproduction. En 1872 et en 1878, "l'abondance des fourrages a permis de nourrir un plus grand nombre d'animaux; les prix de vente se sont maintenus très élevés et ont été la source d'un bénéfice considérable pour les cultivateurs". C'est que la demande est forte : "le transport des bêtes à corne, par les voies rapides, contribue beaucoup au maintien des prix actuels"266. Mais en novembre 1896, le "krach des porcs" est désastreux. "Le faîne a été abondant ainsi que la châtaigne, le maïs à très bon compte; aussi la production a-t-elle dépassé de beaucoup les besoins de consommation"267 : le nombre de porcs mis en vente a augmenté de 15 000 en un an268. Or la récolte de maïs est à nouveau excellente, et l'année suivante encore beaucoup de porcs gras sont présentés sur le marché : "l'article est abondant cette année et l'éleveur, nous le craignons, en sera pour ses frais"269. En fait, le porc vendu à vil prix n'aura guère coûté au petit exploitant qu'un supplément de travail, et lui aura permis de tirer quelques bénéfices de ses excédents de maïs : son comportement sur les marchés s'inscrit durablement dans la logique de l'économie familiale.

Notes
263.

Arch. dép. Pyrénées Atlantiques 2-Z-87 : état des récoltes (rapport du 2 novembre 1848).

264.

Arch. nat. BB-30/Basses-Pyrénées : rapports du procureur général de la Cour d'appel de Pau (18 août 1856 et quatrième semestre 1862).

Arch. nat. AD-XIXi-1/Basses-Pyrénées : rapport du préfet au Conseil général (session de 1875).

265.

Arch. nat. BB-30/Basses-Pyrénées : rapport du procureur général de la Cour d'appel de Pau (quatrième semestre 1862).

266.

Arch. nat. AD-XIXi-1/Basses-Pyrénées : rapports du préfet au Conseil général (sessions de 1873 et de 1878).

267.

Le Journal de Saint-Palais, 29 novembre 1896.

268.

Bulletin de la Société d'agriculture des Basses-Pyrénées, mars 1897.

269.

Le Journal de Saint-Palais, 21 novembre 1897.