Un propriétaire négligent

Contrairement à son père, Alexandre ne réside pas sur ses terres. Il exerce ses fonctions de procureur puis de président du tribunal civil à Bayonne, et s'installe à Biarritz, villégiature impériale, dont il devient brièvement le premier magistrat en 1888. Il est par ailleurs l'un des chefs de file du parti bonapartiste dans le département, et succède à son père au conseil général. C'est son frère Henry qui réside au château d'Urtubie, et détient la mairie d'Urrugne pendant 54 ans, de 1856 à 1910810.

Dans sa villa luxueusement meublée de Biarritz, équipée d'une riche bibliothèque, Alexandre s'est éloigné du monde rural. A son décès en 1889, il laisse à Henry un domaine de Vignemont "en mauvais état", avec plus de 5 000 francs d'arrérages dus par les divers fermiers811. Franchenborda, l'ancienne maison de maître avec sa porte cochère et ses 28 ouvertures imposables, est inhabitée et délabrée812. Alexandre n'a participé que très discrètement au partage des communaux, dont il a acheté une dizaine d'hectares dans les années 1860813. Son frère, propriétaire jusqu'en 1911, ne se montre d'ailleurs pas plus entreprenant sur le plan foncier : depuis 1830, les Larralde-Diusteguy ne vendent rien, mais n'achètent rien non plus.

La propriété foncière n'a déjà plus pour cette génération qu'une valeur avant tout symbolique814. C'est aux investissements mobiliers que vont ses faveurs : à son décès en 1911, Henry de Larralde-Diusteguy possède un portefeuille de 1,8 million en actions, obligations, et rentes de toutes sortes815. Il a investi dans le monde entier, des mines et des chemins de fer américains à l'Empire ottoman et au Japon, et bien sûr dans les emprunts russes. Il ne participe plus guère en revanche au crédit notarial : le montant de ses créances, en partie héritées, a fondu de plus de moitié depuis la mort de son père. Les trente parts qu'il a prises dans la Caisse régionale du crédit agricole, d'une valeur de 3 000 francs, sont à peu près sa seule et maigre contribution à l'économie régionale. Ses domaines ruraux, presque intacts encore816, ne représentent plus que 1/6 de sa fortune.

Notes
810.

Henri LAMANT-DUHART, "Les seigneurs d'Urtubie", Urrugne, ouvrage cité, pp. 84-88.

811.

Archives de l'enregistrement. Bureau de Saint-Jean-de-Luz : mutation par décès du 24 décembre 1889.

812.

Arch. dép. Hautes-Pyrénées 2-U-165 : dossier Sougarret (avril 1881).

813.

Arch. com. Ascain : matrices cadastrales.

814.

Voir notamment, à propos de la résistance de la grande propriété : Vincent THEBAULT, Les bourgeois de la terre. Stratégies foncières et mobilités sociales dans le Midi toulousain. XIXe et XXe siècles, Thèse de doctorat, Université de Toulouse-Le Mirail, 1995, 934 f.

815.

Voir documents 2 et 3 en annexe : la fortune mobilière de Henry de Larralde-Diusteguy en 1911; la fortune des Larralde-Diusteguy (1858-1911). Archives de l'enregistrement. Bureau de Saint-Jean-de-Luz : mutation par décès du 8 mai 1912.

816.

A Ascain, Henry a seulement vendu son moulin et les 2,5 hectares qui en dépendent. Arch. com. Ascain : matrice cadastrale.