1.2.3.5 Mobilisation dans les bibliothèques

La communauté des bibliothécaires n’a pas eu les mêmes réactions vis à vis de l’ampleur que prenait la croissance des revues électroniques. Deux comportements distincts se détachent :

Celui du monde anglo-saxon, où la communication est grandement facilitée par une langue commune. Aux Etats-Unis, Ann Okerson a fortement renforcé et dynamisé la mobilisation des bibliothécaires américains. La liste de diffusion Liblicense <http://www.library.yale.edu/~llicense/index.shtml> a véhiculé les interrogations, réflexions des bibliothécaires en regard de l’offre des éditeurs commerciaux, précisément autour du modèle économique de la licence. Cette mobilisation, cette entraide, et cette prise de conscience commune ont permis d’ouvrir un véritable bras de fer avec les éditeurs commerciaux pour arriver à de meilleures négociations.

Le second comportement est représenté par le continent européen. En raison de la diversité des langues, les discussions rassemblent les professionnels d’un même pays. De ce fait, la mobilisation connaît un moindre rayonnement et le bras de fer entre professionnels et éditeurs n’a aucune commune mesure avec le résultat auquel est arrivée la mobilisation nord-américaine.

En outre, les budgets des bibliothèques européennes ne représentent pas les mêmes enjeux que ceux des bibliothèques nord-américaines pour les éditeurs commerciaux. En France, la mobilisation des personnels suit le même phénomène qu’en Europe. La liste de diffusion ‘« Biblio-fr ’» n’a pas montré la même prise de conscience.

De l’avis de certains professionnels, que nous avons rencontrés, ce manque de mobilisation de la communauté des bibliothécaires français a joué en faveur des éditeurs lors de la mise en place de dispositifs de mutualisation d’acquisitions, tels que les consortiums ; ce sont des ‘« groupements d’entreprises juridiquement indépendantes, réunissant sous une direction unique, des moyens financiers ou matériels en vue d’exécuter en commun des opérations déterminées » ’ 224 , dont l’acquisition de licences.

L’explication apportée par la littérature à ce manque de dynamisme est liée à :

‘« [une] ignorance des principes fondateurs (droit d’auteur), des règles en vigueur (code de la propriété intellectuelle) et des mécanismes contractuels d’autorisation et de rémunération. Cette ignorance bien partagée, conséquence le plus souvent des lacunes de la formation et d’une indifférence coupable des tutelles, est d’autant plus regrettable que, de plus en plus, les bibliothécaires prennent conscience, parallèlement de la nécessité impérieuse pour eux de s’inscrire dans le schéma général de l’économie de l’information, dont la propriété intellectuelle est un des aspects essentiels » 225 .’

A défaut de listes de diffusion animées, en France, l’Enssib 226 et les URFIST – (Unité de Recherche et de Formation à l’Information Scientifique et Technique) proposent des synthèses et des analyses permettant à la communauté des professionnels des bibliothèques, entre autres, de se construire un savoir sur les problématiques de l’édition électronique.

Notes
225.

- Alix, Yves ; Pierrat, Emmanuel ; Battisti, Michèle de ; Danset, Françoise. Le droit d’auteur et les bibliothèques. - Paris : Editions du cercle de la librairie, 2000. - (Bibliothèques).- p.18