9 La question du protocole

Le protocole, étymologiquement, “qui est collé devant ” , détermine le rapport au langage, le rapport au sens premier, le cadre et le contenu du cadre, les actes de son élaboration, bref, tout ce qui détermine par lui-même, le ton et le contenu de tout le développement.

Tout rapport à l’éducation, toute étude sur celle-ci, supposent donc un rapport à un protocole explicite ou implicite. Expliciter, élucider ce protocole c’est déjà faire une clarté.

Comme le postulat éclaire le théorème en mathématiques, et fonde, et justifie le développement de sa démonstration, l’explicitation du protocole vise à expliciter, à justifier, jusqu’au plus loin possible, l’implicite. Cette clarté est indispensable à toute démarche scientifique.

CLÉMENT d’ Alexandrie ( vers 150; vers 215), qui le premier emploiera en langue grecque, le terme de pédagogie 17 , pour signifier et rebondir sur ce que nous appellerions, aujourd’hui, une conception chrétienne de l’éducation, avant d’écrire “ Le pédagogue” écrira “Le Protreptique” , qui est une exhortation initiale destinée à tourner le coeur et la volonté du lecteur vers “Celui qui est”, pour CLÉMENT, “le seul vrai Pédagogue, Dieu lui-même”, tel qu’Il se révèle dans la Parole biblique, tel qu’il s’incarne en Christ.

On peut arguer que, se situant en sciences de l’Éducation, il s’agit moins d’exhorter que d’élucider. Nous en acceptons l’augure, et c’est la raison pour laquelle, nous avons utilisé le terme de protocole plutôt que celui de Protreptique.

Il reste cependant, d’ores et déjà, que toute approche jusqu’à celle qui se voudrait la moins “exhortative”, la plus “élucidatrice”, ou “élucidative” suppose bien un rapport même implicite à une exhortation initiale.

Cette exhortation à l’élucidation de ce qui se rapporte ici, et concerne la Bible et ses rapports à l’éducation, se justifie encore davantage que pour une autre étude et cela pour trois raisons principales.

Émanant de la Bible, il existe au moins deux pédagogies : celle de Dieu vers l’homme, celle qui émane de l’homme vers son semblable.

Le passage de l’une à l’autre, de l’autre à l’une, est inhérent au développement du message lui-même. Il nous faudra donc bien nous situer dans cet espace.

Cet espace s’ouvre sur plusieurs voies possibles : entre ”a-croyance” et “lecture dogmatique” et enfinle “témoignage de la foi”.

L’expérimentation s’appuie sur le doute méthodologique, ce doute suppose la posture de l’a-croyance. L’a-croyance systématique suppose une croyance en quelque chose qui justifie de cette posture. Elle n’est donc qu’une virtualité pure. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas en tenir compte, mais il faut bien en souligner en préalable le fait. Cette évidence peut en effet nous permettre d’aller chercher le sous tendu de l’a-croyance systématique.

Si l’a-croyance est pure virtualité, une posture strictement idéale, posture d’école, le dogme est une réalité historique lié au développement de l’église, à l’affirmation de son credo. Enfin, le mystère de la foi est, quant à lui, l’expression singulière d’une réalité, dont témoigne celui qui croit, et, qui le relie, à travers le temps et l’espace, à tous ceux qui se réclament et vivent, se réclameront et vivront, se sont réclamés et ont vécu, selon la même foi, à partir d’elle.

Le protocole qui ouvre donc les rapports entre Bible et éducation, selon l’étude que nous proposons d’en faire, est donc bien d’apparence déjà singulier. L’élucidation préliminaire, dont l’énonciation du protocole est le fait initial, participe donc d’une clarification indispensable.

La Bible ne développe pas à l’évidence une théorie de l’éducation mais se développe dans un dialogue de “Je “ à “Tu”, entre pédagogie divine et pédagogie humaine, dont la foi veut exprimer, pour celui qui s’en réclame, en tout cas, la quête de communion profonde.

Une élucidation est donc nécessaire, indispensable, en rapport à notre projet d’étude, notre hypothèse d’une invariance (ou justification ) singulière de la bible en matière éducative. Cette élucidation initiale, ce “protocole”, est d’ores et déjà partie prenante de la thèse.

Ce sera là l’objet du premier chapitre de cet écrit qui s’ouvrira alors sur le développement dont il précisera les étapes.

Notes
17.

CLÉMENT d’Alexandrie “Le pédagogue” .

Livre 1 Introduction et notes Henri-Irénée MAROU et traduction de HARL Marguerite Cerf Paris 1960 ; page 207

.Livre I chapitre VII “ Le Pédagogue et sa pédagogie “