2 La rupture biblique

Mais il n’y a rien dans le texte biblique de cette dualité entre l’âme immortelle et le corps mortel dont “le Phédon” 857 , relatant les derniers instants de la vie de SOCRATE, se fait l’écho vibrant et particulièrement fondateur.

Ceci revient à dire, comme finalement cet écrit n’a cessé de le cerner, que le déplacement de l’enjeu, de la perspective, de rapport au langage que suppose l’approche biblique, par rapport à l’approche hellénique, est décisif ; il se répercutera sur la notion même, le caractère même, de la médiation.

D’un côté, selon le “processus grec”, le point butoir de légitimation ultime se joue dans l’idée et le discours, et donc dans le rapport à la virtualité d’une argumentation théorique ; même lorsqu’à la manière des épicuriens, il s’agira de jouir de l’existence, la justification en sera toujours théorique ; même lorsqu’à la manière des sceptiques ou des cyniques il s’agira de montrer le relativisme, voire la tromperie des modèles et des discours, l’argumentation ultime ne sortira pas d’un rapport à la théorie, ou, du moins, au discours ; même lorsqu’à la manière de DIOGÈNE celui-ci emploiera comme forme d’argumentation l’ humour acide, ou à la manière de SOCRATE, l’ironie.

De l’autre côté, selon la révélation biblique, le mouvement est inversé, il va de Dieu vers l’homme et s’écrit dans le quotidien d’histoires. La justification ultime n’est pas dans l’argumentation théorique mais dans la participation, ou non, à la volonté de Dieu, dès l’Ancien Testament, et selon le Nouveau Testament, dans la communion à cette volonté qui délivre, au travers d’Israël et du Christ, un message de rédemption et de délivrance, pour le monde.

Notes
857.

PLATON “L’apologie de SOCRATE “ CRITON -PHÉDON” traduit par Émile CHAMBRY Flammarion Paris 1987 ; à la page 168 ; LVI “-En conséquence lorsque la mort approche de l’homme, ce qu’il y a de mortel en lui, meurt, à ce qu’il paraît, mais ce qu’il y a d’immortel se retire sain et sauf et incorruptible et cède la place à la mort.”

-C’est évident

-Il est absolument certain, Cébes reprit Socrate , que l’âme est immortelle et impérissable, et nos âmes existeront réellement dans l’Hadès.”

Nous pouvons mettre ce passage en parallèle avec cet autre e écrit par l’apôtre Paul.

“Ainsi en est-il de la résurrection des morts Le corps est semé corruptible ; il ressuscite incorruptible; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux, il est semé infirme, il ressuscite plein de force ; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel. C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme Adam devint un âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant.” (I Corinthiens XV 42 à 46). Paul évoque Genèse II 7 traduit ainsi dans la TOB

“(Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol). Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant.