Neuvième continuum du cheminement de l’alliance. L’importance de la consécration initiale : la pédagogie du don gratuit et de l’offrande: entre prémices et prémisses :

L’offrande des prémices à la divinité n’était pas typiquement un usage propre aux hébreux : chez les grecs, les romains, entre autres, comme sans doute encore dans bien des civilisations anciennes, nous retrouverions ce même type d’usage. Ce qui, cependant, pourrait constituer la singularité biblique est l’usage exclusif que fait ou, en tout cas, qu’est exhorté à faire, le peuple hébreu, d’une offrande des prémices des récoltes au seul YHVH qui est un Dieu jaloux et exclusif de tout autre et qui ne fait alliance avec aucune autre divinité puisqu’il ne fait alliance qu’avec Israël seul, l’homme seul, pour le libérer ainsi de toute subordination à quelque idole que ce soit.

Si nous comprenons, et définissons, maintenant, les prémisses, comme l’ensemble des propositions ou assertions posées en tant qu’affirmations dont découlent les raisonnements logiques d’où vont découler les conclusions elles-mêmes , nous pouvons dire alors que, simultanément à l’accent porté sur l’offrande des prémices, la Bible pose en prémisse à tout raisonnement sur Dieu, l’offrande, le don, ou, la révélation de YHVH Lui-même : sa parole opposée aux discours ou aux palabres des hommes, parole qui, selon la lecture chrétienne conduit au Christ, puisqu’elle est elle-même le Christ : don de Dieu aux hommes.

Le don de YHVH, le don de Dieu, précède alors toujours le don de l’homme qui n’en illustre que la reconnaissance seconde.

Finalement, par la consécration initiale, l’homme ne fait que marquer un signe, et ne consacre à YHVH, de fait, que ce qui déjà ne serait pas sans Lui.

La nouvelle alliance déplace, approfondit, en même temps qu’elle renforce et accentue encore, nous semble-t-il, cette importance accordée à la consécration première, à l’offrande.

Jésus ressuscite le premier jour de la semaine : le passage dans le calendrier chrétien du jour du repos,

le sabbat, au jour de la résurrection, au premier jour de la semaine, est une illustration de cette permanence de l’importance accordée aux prémices, et, aux prémisses, jusque dans la lecture même du temps selon une liturgie nouvelle. La résurrection annonce une création nouvelle dont Jésus est le premier né. 1414

L’offrande des prémices est signification concrète, comme la consécration initiale fournissant, en les précédant d’un enjeu, les prémisses aux raisonnements logiques peut rejoindre l’ordre de la spéculation abstraite ou de l’hypothèse. Ce n’est donc pas la consécration des prémisses du raisonnement qui fournit en soi l’hypothèse, ou, qui peut être assimiler à elle, mais c’est à partir de cette consécration que les hypothèses toutes diverses peuvent être envisagées et rejointes.

L’offrande concrète est engagement de l’être, et conduit à l’offrande de tout l’être : corps âme et pensée. La pensée elle-même est dès lors visitée, comme marquée par cette visitation initiale. Et l’abstraction même du raisonnement devient témoignage incarné d’une visitation.

C’est ici qu’apparaît le don gratuit de l’Esprit-Saint et son insondable et mystérieuse présence, qui se fait témoin d’une certitude: pour l’Esprit-Saint, le don des prémices est en quelque sorte déjà la prémisse d’une pensée nouvelle. C’est sans doute par là également que, dans notre écrit, nous retrouvons une façon de redire le miracle de la Pentecôte, comme de tenter d’en comprendre une facette. Il reste donc que, bien que radicalement nouvelle, l’alliance en Jésus-Christ, qui donne à l’homme accès à l’Esprit de Dieu, n’en est pas moins en prémisses, et prémices, dans toute l’histoire de son cheminement historique, le chemin de l’alliance.

En effet, c’est après avoir presque douté de la promesse de YHVH 1415 qu’Abram eut une vision et qu’il offrit en sacrifice, une génisse, une chèvre, et un bélier de trois ans chacun, et que, dans la même nuit, une fournaise et des flammes, passèrent au milieu des animaux.

Nous avons déjà remarqué en quoi, le mode par lequel YHVH parle, est tout autre que ce que contient l’acception étymologique et la plus courante du mot symbole qui signifiait, selon l’étymologie, le lien entre deux parties, 1416 même s’il permet d’en retrouver une part commune, celle de l’engagement, de la réciprocité, de la mémoire.

Ici, cependant, ce n’est pas l’objet qui est gardé, après avoir été rompu, en signe d’alliance entre deux parties, deux familles, l’alliance est faite sur la base du sacrifice, d’êtres vivants, qui sont rompus, coupés en deux, et qui ne pourront se garder. Et, comme pour renforcer encore cette autre dimension, c’est entre les deux parties de chaque être que passe le feu de YHVH. La prémisse qui se découvre n’est donc plus tant de l’ordre de celle d’une pensée objective, relative à l’objet, mais d’une pensée reliée à la vie selon une relation vivante entre deux êtres, l’homme et Dieu. Le gardien de cette alliance étant Dieu lui-même, puisque Abram ne peut rien conserver de matériel comme preuve tangible de cette alliance.

À la mémoire de, ou par, l’objet, qui supposerait une croyance, se substitue la mémoire de, ou par, la foi qui appelle une confiance forcément aveugle, mais nourrie d’amour, de consécrations nouvelles, d’accomplissements en renouvellements, comme autant de dialogues incessants.

Ce rôle de preuve tangible, pourrait cependant, à première vue, sembler plus tard, à partir du Sinaï, être joué par l’arche de l’alliance, 1417 avant que celle-ci ne disparaisse définitivement, probablement, lors de la destruction du temple et de la ville de Jérusalem par Nabucadnetsar (Nabuchodonosor), entre Juillet et Août 586 (ou 587 avant Jésus-Christ). La présence de YHVH y était symbolisée par un espace vide entre deux chérubins, face à face, l’un de l’autre, ailes déployées ... mais, comme le note le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme : “ Les spécialistes de la Bible notent que des lieux sacrés analogues (...) et des répliques analogues aux chérubins ont été retrouvés chez d’autres peuples proche-orientaux de l’Antiquité. (...) À la différence de ces sites païens, cependant, le Sanctuaire israélite ne contenait pas d’image de la divinité : l’arche contenait seulement deux tables de pierre qui ne devaient pas être adorées. Leur fonction était de rappeler aux gens leur alliance avec Dieu, la proximité de ce dernier et leur exigence concernant tous les aspects de leurs vies.” 1418

Dans un autre ordre, la menorah, ce chandelier à sept branches décrit pour la première fois dans le livre de l’Exode 1419 , lorsque Moïse reçoit l’ordre précis de sa fabrication, pourrait être considérée avec bien plus juste raison comme un symbole du judaïsme contemporain. Rappelons que ce chandelier en or, initialement, était exposé au Sanctuaire du Temple devant le Saint des Saints mais qu’il disparut avec la destruction du deuxième Temple de Jérusalem en l’an 70. Non pas dans le Saint des Saints il en signalait en quelque sorte l’entrée. 1420

Le caractère de symbole à hauteur d’homme, de la menorah, au contraire de l’arche de l’alliance, qui signifiait l ‘insondable dimension de la présence de Dieu, est entre autre signifié, par le fait, qu’en judaïsme, même, le sens à donner à chacune des branches, reste sujet à bien des cautions et discussions.

Notes
1414.

Romains VIII 29 ; Colossiens I 15 ; Hébreux I 6

1415.

Genèse XV op. cit.

1416.

Voir en note connexe numéro 13 , ce qui concerne les paraboles ;

pp 200 à 204 des notes connexes

en début de ce chapitre

à la page 221; note de bas de page numéro 6

en T 5 à la page 257 ; à la page 289 référence à Ismaïl KADARÉ “La pyramide “

1417.

En hébreu : “aron ha-berit” arche de l’alliance. Elle est aussi appelée l’arche du témoignage : “arche du Témoignage” (aron ha edout en Exode XXV 22) ou encore “l’arche de l’alliance du Seigneur “ (aron berit Adonaï - en Nombres X 33 ).

1418.

“DICTIONNAIRE encyclopédique du judaïsme “ Publié sous la direction de Geoffrey WIGODER “The encyclopedia of judaïsm “ (1989) ; adapté en Français sous la direction de Sylvie Anne GOLDBERG avec la collaboration de Véronique GILLET, Arnaud SÉRANDOUR, Gabriel, Raphaël VEYRET ; Cerf Robert Laffont Paris 1996 ; (à la page 44).

1419.

Exode XXV 31 à 38 ; Exode XXXVII 17 à 24 Notons qu’au dix-neuvième siècle, le caractère trop lié au temple, ainsi qu’ouvert à toutes sortes d’interprétations kabbalistiques (cabalistiques), a fait préféré par les courants les plus rationalistes et universalistes du judaïsme le symbole du bouclier de David, ou étoile de David. (magen David).

1420.

“Les Romains l’exhibèrent à Rome lors de leur relief mémorable comme on peut le voir encore aujourd’hui sur les bas reliefs de l’Arc de Titus décrivant la scène.” “DICTIONNAIRE encyclopédique du judaïsme “ page 658.