Lettres à la classe traversée en eau profonde...Montplaisir CE2 1998 - 1999

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe Première lettre à la classe

Mardi 1 Septembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour, j’espère que vous avez passé de bonnes vacances et que vous avez envie de bien travailler en cette année scolaire 1998 1999.

Vous voici en classe de CE2. Il s’agit de la première classe du cycle trois de l’école primaire.

Après le CE2, vous passerez au CM1 (Cours Moyen première année), puis au CM2 (Cours Moyen 2° année), puis en 6° au collège. Dès cette année donc, nous commençons tout doucement à nous préparer à l’entrée au collège, qui aura lieu pour vous tous, je l’espère, à la fin du cycle trois, après le CM2 , en l’an 2001.

Cette année vous aurez deux maîtres. Stéphane Tank vous fera classe Mardi matin Jeudi matin et Vendredi après-midi. Et les autres jours de la semaine, en principe ce sera moi qui vous ferai classe. Un vendredi sur trois, cependant, Stéphane Tank vous fera classe toute la journée.

Stéphane Tank vous enseignera les maths, les arts plastiques, la biologie, l’allemand. Moi-même, je vous enseignerai le français, l’éducation physique et sportive, la géographie, l’histoire et l’éducation civique, la musique, ainsi que, de temps en temps, avec Stéphane Tank, les arts plastiques également.

Vous serez dans cette classe, de temps en temps, avec des jeunes élèves professeurs. Aujourd’hui, il y en quatre parmi nous. Ils sont là pour apprendre leur futur métier de maître d’école. Il s’agira pour vous de les écouter comme vous écoutez tous les maîtres de l’école.

Enfin, je voudrais terminer par une chose très importante pour les deux maîtres de la classe. Dans cette classe comme dans cette école, nous avons trois principes pour bien vivre ensemble. Pour nous en souvenir nous avons trois lettres.

B comme bienveillance (veiller au bien des autres et de soi-même).

P comme parole (écouter chacun, et dire aussi en respectant autrui ce que l’on pense soi-même)

M comme matériel (prendre soin du matériel et des choses personnelles au collectives, voire même extérieures à l’école).

Ces trois règles sont utiles, nécessaires et aussi suffisantes pour bien vivre ensemble.

Bon, il est temps de vous quitter, dans cette lettre au moins. Je souhaite une très année scolaire à chacun de vous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Deuxième lettre à la classe

Lundi 7 Septembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour, j’espère que vous avez passé une bonne première semaine de classe.

Vous avez commencé à prendre des habitudes de travail. C’est bien. Il va falloir continuer et s’améliorer encore.

Vous connaissez le sens des couleurs :

Blanc: c’est parfait.

Vert : c’est juste (bien).

Jaune : il faut faire attention.

Rouge : quelque chose d’important n’est pas compris.

Noir : je suis passé à côté de l’exercice.

Grâce aux tableaux de couleurs vous pourrez mesurer vos progrès dans chaque discipline.

Grâce aux plans de travail vous prendrez conscience du déroulement d’une journée.

Grâce au “poisson dans l’eau “ vous pourrez préparer les choses à apprendre.

Cette semaine, nous commencerons à lire ensemble, en lecture suivie, un livre qui s’appelle “Un petit frère pas comme les autres “.

Ce livre est écrit par Hélène DELVAL. Il est illustré par Susan VARLEY. Il fait partie de la collection Bayard Poche et il n’est pas difficile à lire.

J’espère que cette histoire vous plaira, et que ce livre vous donnera envie d’en lire beaucoup d’autres.

Vous avez le droit d’emporter ce livre à la maison, mais vous devez en prendre grand soin, pour ne pas l’abîmer.

Bon, j’arrête pour aujourd’hui. Très bonne semaine à tous.

Ah, j’oubliais quelque chose de très important. Je compte inviter les parents pour une première réunion, Vendredi 11 Septembre à 16 heures 30. Il serait bon que vous commenciez à en parler avec eux.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Troisième lettre à la classe

Lundi 14 Septembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour, la réunion de Vendredi soir, s’est bien passée, même si , et c’est un peu dommage , toutes les familles n’étaient pas représentées.

Stéphane Tank et moi-même avons pu expliquer à vos parents non pas tout ce que nous allions faire en classe, mais notre manière de travailler. Ce que nous attendions de vous et d’eux aussi. Certains parents à leur tour nous ont posé des questions, manifesté les désirs auxquels nous tenterons de répondre lorsque cela sera possible. Il faudra surtout être amis les uns des autres.

Nous aurons l’occasion de nous rencontrer, mais par famille, cette fois-ci, au moins deux fois encore, sans doute trois, dans l’année en cours, pour rédiger les contrats d’alliance. J’aurai sans doute l’occasion de vous expliquer plus tard en quoi consistent exactement ces fameux contrats d’alliance ... Ceux, parmi vous, qui étaient présents, et qui ont bien écouté, le savent d’ailleurs déjà un peu ...

Enfin, vous avez appris au cours de cette réunion que j’allais être absent pendant quelques temps, jusqu’au Jeudi 22 Octobre 1998, probablement. C’est à dire, juste deux jours avant les vacances de la Toussaint.

Nous partons, en effet, Mercredi pour Madagascar, pour adopter un petit enfant. Il s’agit d’une toute petite fille qui s’appelle Roseline et qui a deux ans. Madagascar est une grande île, au Sud de l’Afrique. Elle est un peu plus grande que la France, mais compte moins d’habitants.

Nous aurons l’occasion sans doute d’en reparler ensemble, à mon retour. En attendant, je vous souhaite de très bien travailler pendant mon absence. J’essaierai de vous écrire de là-bas. Même si je ne suis pas très sûr que la lettre arrivera avant moi.

Je laisse des instructions pour que le maître ou la maîtresse qui va me remplacer puisse faire le programme que j’avais prévu.

Nous lirons d’ailleurs ensemble ce programme, demain, lorsque je passerai ma dernière demi-journée avec vous. Normalement le maître ou la maîtresse qui sera avec vous pendant ce mois, pour me remplacer, devrait venir demain, pour en parler avec moi.

Très bonne semaine et bon début de trimestre à vous tous. Je penserai souvent à vous pendant mon voyage.

Un programme possible : du 16 09 98 au 22 10 98

Général :

Faire les tests nationaux CE2 et finir ceux de la classe ....

Apprendre à se servir du poisson dans l’eau ...

Apprendre l’écriture des majuscules ...

Continuer les plans de travail ?

Écrire tous les jours sur le semainier

Continuer le répertoire d’orthographe

Distribuer les livres de français

Continuer à bien remplir ses tableaux de couleurs ...

Français :

Poésies :

Choisir apprendre et copier des poèmes

Lecture :

Continuer et finir un petit frère pas comme les autres ...

Orthographe :

Continuer les auto-dictées : Lundi mots, Mardi sons; Jeudi accords ; Vendredi autres ...

Faire des exercices et rechercher des règles en fonction des difficultés traitées

Conjugaison :

Le verbe et son infinitif ; les trois groupes du verbe ; le présent

Grammaire :

Les constituants de la phrase.

Les différents types de phrases.

Le groupe nominal sujet ?

L’accord sujet verbe ?

Vocabulaire :

Préfixes et suffixes

Usage du dictionnaire : classement alphabétique des mots ...

Expression écrite :

Articles pour le journal ...

Faire des albums pour les CP, phrase après phrase ...

Arts plastiques

Décorer la classe

Recherche sur le cahier de dessin sur les illustrations d’albums.

Illustration d’un album collectif ou personnel ...

Éducation civique :

B comme bienveillance : La prise en compte du plus faible

M comme matériel : L’environnement

P comme parole : Être citoyen d’un pays, et citoyen du monde ...

Géographie :

Le globe terrestre

La population

Les continents et les océans

Les pays riches et les pays pauvres

EPS

Apprendre des jeux collectifs, et à jouer entre filles et garçons, sans problèmes

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe Quatrième lettre à la classe

Jeudi 22 Octobre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour, je suis vraiment heureux de vous retrouver après un long voyage et une longue et belle aventure.

Madagascar est une île très belle autrefois assez riche mais très pauvre actuellement. Beaucoup de gens n’y mangent pas à leur faim dans les villes, et, certains n’ont pas même de maison. Alors, beaucoup de jeunes enfants sont abandonnés, et ne vivent que de mendicité tandis que d’autres sont recueillis dans des orphelinats pareils à celui où nous avons trouvé Roseline.

Cette île se trouve dans l’hémisphère sud, au sud est de l’Afrique, dans l’océan indien à environ onze heures d’avion de Paris, c’est à dire à une distance de pratiquement dix mille kilomètres de la France.

Si la France est grande de 555 000 kilomètres carrés, Madagascar a une surface de 590 000 kilomètres carrés. Mais, alors que la France compte 65 millions d’habitants Madagascar n’en compte que 13 millions. Comme je vous l’avais déjà écrit dans la lettre précédente, donc, la France est un peu plus petite que Madagascar, mais elle bien plus peuplée.

Aujourd’hui, ce matin et cette après-midi, nous allons parler un peu de ce voyage et de cette île. Ce sera l’occasion de commencer notre programme de géographie.

Je remercie tous ceux d’entre vous qui m’ont écrit une petite lettre pendant mon absence. Je répondrai par un petit mot à chacun.

Nous allons relire les instructions que j’avais laissées pour monsieur Cuivré qui m’a remplacé et nous allons faire le point ensemble sur ce que vous avez fait pendant mon absence. Nous lirons ensuite, pour vérifier que vous n’avez rien oublié, le petit mot de monsieur Cuivré qui m’explique ce qu’il a fait avec vous .

J’espère que vous avez bien travaillé pendant mon absence et que nous allons bien continuer ensemble. Après demain, commencent les vacances de la Toussaint et j’aimerais qu’avant de les commencer vous mettiez de l’ordre dans votre matériel. Souvenons-nous que ce mot est l’un des trois principes de la classe. Vous n’avez pas oublié les deux autres, j’espère.

J’ai également choisi un nouveau livre de lecture plus difficile que le précédent : “Ali Baba et les quarante voleurs”.

Je souhaite un très bon temps à vous tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe Cinquième lettre à la classe

Lundi 2 Novembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Nous abordons la deuxième partie de ce trimestre, avec pour objectif d’apprendre le plus de choses possibles et de grandir le plus possible d’ici à Noël. La période de Noël située fin Décembre, terminera le premier trimestre de l’année scolaire qui est en fait le dernier trimestre de l’année civile.

L’année scolaire est l’année qui se déroule selon le rythme scolaire. L’année civile est l’année qui se déroule selon le rythme du calendrier.

L’année civile commence en Janvier et se termine en Décembre. Elle compte douze mois. Au fait connaissez-vous l’ordre et le nom de chacun de ces douze mois ? Savez-vous quelle est la durée de chacun de ces mois ? Et comment de souvenir de celles-ci ? Si l’un d’entre vous connaît les réponses, il les donnera aux autres élèves de la classe. Si vous ne le savez pas je vous l’expliquerai.

Une année compte douze mois soit quatre trimestres. Mais l’année scolaire compte trois trimestres seulement.

L’année scolaire ne compte que neuf mois environ. Elle commence en général au début de Septembre et se termine à la fin du mois de Juin.

Un trimestre, comme son nom le laisse à deviner, représente une durée de trois mois : ”Tri” veut dire “trois”. Et “mestre”, en vieux français, voulait dire “mois”.

Au fait, savez-vous ce qu’est un semestre ? Une revue bimestrielle ? Une revue mensuelle ? Un magazine hebdomadaire ? Un quotidien ?

Savoir se situer dans le temps, pour un élève, revêt une grande importance. Cela lui permet de mettre de l’ordre dans sa vie scolaire, de prendre des engagements, de les tenir, bref, de mieux travailler.

Dans un prochain écrit, nous parlerons des choses qu’il nous reste à apprendre d’ici la fin de l’année scolaire, et de celles que nous pourrions essayer d’apprendre d’ici à Noël, c’est à dire d’ici la fin de ce premier trimestre scolaire.

Je terminerai cette lettre par d’autres questions pour vous inviter à réfléchir et poursuivre la recherche. En quelle saison sommes-nous ? Connaissez-vous le nom des quatre saisons ? Dans quel ordre se suivent-elles ? Quelle est la période de chacune d’entre elles ? En quelle saison sommes-nous à Madagascar ? Pourquoi tous les pays de la terre ne sont pas dans la même saison ? Est-il la même heure partout dans la monde en même temps ? Pourquoi ? Que de questions auxquelles nous allons essayer de répondre en géographie et en sciences. Je souhaite un très bon temps à vous tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe Sixième lettre à la classe

Lundi 9 Novembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Hier, Dimanche à 13 heures 02 minutes au large de la Pointe du Groin, vers Saint Malo, les concurrents de sixième édition de la route du Rhum, trente cinq voiliers conduits par des marins en solitaire, se sont élancés en direction de Pointe à Pitre en Guadeloupe pour une traversée de l’Océan Atlantique suivant l’axe Nord-Sud.

Cette course s’appelle la route du Rhum, car elle refait, suivant le chemin aller, la route des voiliers qui autrefois faisaient venir le rhum depuis la Guadeloupe jusqu’à la France. Elle a lieu tous les quatre ans. Jusqu’à présent, chaque année, le vainqueur a battu le record de l’épreuve, grâce, sans doute, aux progrès techniques opérés sur les voiliers. En sera-t-il de même lors de l’édition 1998 ?

Voici les différents vainqueurs et leurs temps :

En 1978, Mike Birch (Canada ) sur Olympus Photo, gagna en 23 jours, 6 heures, 59 minutes 35 secondes.

En 1982, Marc Pajot (France )sur Elf Aquitaine, gagna en 18 jours, 1 heure, 28 minutes.

En 1986, Philippe Poupon (France) sur Fleury Michon, l’emporta en 14 jours 15 heures 57 minutes.

En 1990, pour la première fois, ce fut une femme navigatrice qui gagna Florence Arthaud (France), sur Pierre premier, en 14 jours 10 heures 28 minutes.

Enfin, lors de la dernière édition, en 1994, Laurent Bourgnon (France) gagna en 14 jours 6 heures 28 minutes et 29 secondes, sur Primagaz.

Cette course est fort dangereuse. Elle compte déjà, malheureusement, quelques disparus en mer, des marins, plus ou moins connus. En 1978, lors de la première édition, Alain Colas, un navigateur français, fort connu, disparut le 17 Novembre avec son voilier Manureva. En 1986, Loïc Caradec, un autre navigateur français, disparut le 13 Novembre. Florence Arthaud, revenue sur ses pas, pour lui porter secours, ne retrouva que le voilier, un catamaran nommé “Royale” , inhabité et retourné.

Je me suis souvent demandé ce qui poussait ces hommes et ces femmes à prendre de tels risques. Et j’espère de tout coeur, que cette année, il n’y aura pas d’accident grave. Dès le premier jour; cependant, on annonce que l’un des favoris, Laurent Bourgnon, le vainqueur de la dernière édition, qui avait justement déclaré la veille du départ, qu’il pensait possible de faire la traversée, dans le temps extraordinaire de neuf jours, a démâté. Sans doute, devra-t-il faire marche arrière et revenir au port, avant de repartir, une fois réparation faite.

Si vous le voulez bien, nous suivrons cette route du Rhum ensemble. Il faudrait que vous suiviez les informations à la télévision que vous découpiez éventuellement les articles de journaux pour les rapporter en classe. Qui pourra, pour commencer, me rapporter la longueur approximative de la traversée ?

Je vous souhaite une très bonne semaine.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe Septième lettre à la classe

Saint Bonnet les Oules

Lundi 16 Novembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour à tous.

Lors de la lettre précédente j’ai fait une erreur, malgré moi. Laurent Bourgnon, le vainqueur de la dernière édition, est toujours en course dans la route du Rhum. C’est son jeune frère, Yvan Bourgnon qui a démâté et qui a été contraint à l’abandon dès le premier jour de course. Non seulement, les deux frères ont le même nom de famille, mais encore, ils ont des prénoms aux consonances proches, d’où mon erreur dont je vous prie de m’excuser.

Actuellement, Laurent Bourgnon possède une vingtaine de kilomètres d’avance sur Paul Vatine, dans la compétition générale. Leurs bateaux sont des multicoques. Les concurrents qui ont pris la route du Sud, emmenés par Loïc Peyron, sont en train de refaire leur retard. La course est passionnante et les rebondissements sont nombreux. Mais avez-vous remarqué que, dans cette course, il y a, en fait, plusieurs compétitions ? Une autre compétition concerne les monocoques moins performants. Savez-vous qui est en tête des monocoques ?

Dans le journal, on peut lire actuellement d’autres informations bien plus tristes.

En Amérique Centrale, un cyclone a causé une immense catastrophe au Guatemala, en Honduras, et au Nicaragua. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont mortes ou disparues. Beaucoup de pays, dont la France, sont venus en aide à ces pays où il faut tout reconstruire. Cela me rappelle des images vues à Madagascar, des gens campant sur des rails de chemin de fer, des cyclones successifs ayant détruit 90 % du réseau ferroviaire.

Un conflit a failli éclater entre les États-Unis et l’Irak, des avions américains avaient déjà décollé lorsque le président américain, Bill Clinton a décidé de les rappeler.

Enfin, à Buenos Aires, en Argentine, les représentants de 160 états se sont réunis pour essayer de prendre des mesures internationales contre l’effet de serre dont souffre notre planète à cause de l’émission d’un trop-plein de gaz carbonique. Cette émission a tendance à changer progressivement le climat de la terre en la réchauffant peu à peu. Les premières observations, quant aux problèmes posés par les émanations de gaz dans l’atmosphère datent de 1896. Nous sommes à l’aube de l’an 2000, et depuis 1990, les émanations ont continué d’augmenter de 7%. Les organisations non gouvernementales, comme Green Peace, les Amis de la Terre, et le Fonds Mondial pour la Nature s’inquiètent de ce que 55 pays, parmi les plus riches de la planète, produisent 55 % de cette pollution. Ils trouvent que les gouvernements tardent à prendre des mesures efficaces.

Nous arrivons à l’aube de l’an 2000, et nous vivons dans un monde très déséquilibré entre les pays riches et pays pauvres étranglés par des dettes parfois énormes. Certains, dans les pays riches, parlent déjà de faire un geste à l’occasion de l’an 2000 et de remettre la dette des pays pauvres, autrement dit , d’effacer leur ardoise.

Très bonne semaine à vous tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Huitième lettre à la classe

Saint Bonnet les Oules

Lundi 23 Novembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour à tous.

Laurent Bourgnon, le skipper franco-suisse, vainqueur de la dernière édition, a donc finalement renouvelé son exploit quatre ans après sa première victoire dans la route du Rhum. Son jeune frère, Yvan Bourgnon l’a accompagné lors des derniers kilomètres, lui ouvrant la route, pour lui permettre de trouver les bons vents.

Laurent Bourgnon, en effet, a bien failli être battu sur le fil par Alain Gautier qui revenait très fort, lorsque son bateau a été heurté par une baleine. Ce qui l’a endommagé et ralenti sa progression.

Laurent Bourgnon a coupé la ligne d’arrivée Vendredi après-midi à 16 heures 43 minutes. Le temps de la traversée du vainqueur est de 12 jours 8 heures 41 minutes 6 secondes. Record à nouveau battu, comme à chaque nouvelle édition, depuis la création de l’épreuve ! Laurent Bourgnon qui détient par ailleurs le record du monde de la traversée de l’Atlantique en solitaire, en 7 jours, croit toujours possible de réaliser la route du Rhum, en 9 jours.

Le classement des cinq premiers arrivés est le suivant.

1 Laurent Bourgnon,

2 Alain Gautier,

3 Franck Cammas

4 Marc Guillemot

5 Loïc Peyron

Tous ces concurrents ainsi que leurs deux suivants immédiats (Joyon et Vatine) ont battu l’ancien record de l’épreuve.

Les premiers monocoques “classe un”, sont attendus à Pointe-à-Pitre en milieu de semaine. Actuellement, Thomas Coville est à la lutte pour la première place, avec Catherine Chabaud et Jean-Luc Van Den Heede

Cette course me fait penser que ces” conquérants de l’inutile” ont la chance de pouvoir naviguer par la force du vent, sans pollution donc pour la mer, selon l’un des procédés les plus anciens de navigation.

Pendant ce temps, nos moteurs à essences, nos industries développées polluent la terre comme jamais dans l’histoire.

À l’aube de l’an 2000 ne serait-il pas important de chercher à utiliser les énergies les moins polluantes possibles afin de préserver la vie sur la terre ?

Très bonne semaine à vous tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Neuvième lettre à la classe

Saint Bonnet les Oules

Lundi 30 Novembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour à tous.

Lorsque vous commencerez la lecture de cette lettre, vous aurez déjà effectué le contrôle d’orthographe. En effet, cette semaine sera celle des contrôles. Ces contrôles qui permettent de faire le point sur votre progression dans les apprentissages scolaires, sont effectués tous les trimestres. Nous aurons donc trois contrôles dans l’année.

À la fin de chacun des trois contrôles de l’année scolaire, monsieur Tank, et moi-même, nous rencontrons personnellement les parents avec les élèves pour dresser un contrat d’alliance, c’est à dire pour relever, pour chacun d’entre vous, trois points qu’il vous faudra travailler pendant trois mois, pour mieux progresser. Ce contrat d’alliance sera signé par chacun d’entre vous, ses parents, les maîtres.

Vous avez déjà commencé ces contrôles avec Stéphane Tank, dans les matières qu’il enseigne : mathématiques, allemand, et sciences.

Nous allons travailler pendant cette semaine pour essayer de faire, à notre tour, des contrôles dans les matières que j’enseigne : le Français, les Arts plastiques, l’Éducation Civique, l’Éducation physique, la Musique, la Géographie, nous ferons ceux d’Histoire au prochain trimestre.

Le Français, en particulier, un peu comme les mathématiques, est une matière compliquée en ce qu’elle contient plusieurs disciplines scolaires : lecture compréhensive, lecture expressive, écriture de textes, conjugaison, grammaire, vocabulaire, orthographe, poésie, expression orale ...

Je crois que, grâce aux tableaux de couleurs qui marquent vos résultats par disciplines, et que nous allons bientôt changer pour d’autres plus complexes, grâce également au document du livret d’apprentissage, “comme un poisson dans l’eau”, vous commencez à mieux comprendre quelles sont les choses que nous étudions à l’école.

Bon, je vais vous quitter, mais auparavant quelques nouvelles encore de la course de voiliers que nous avons suivie depuis le départ. La route du Rhum n’est pas terminée malgré la victoire chez les monocoques, de Thomas Coville qui fut un équipier de Laurent Bourgnon, et qui est arrivé en milieu de semaine, nombre d’embarcations, en effet, sont en mer, pour plusieurs jours, voire pour plusieurs semaines, encore.

Ces bateaux arrivent dans une atmosphère de fête, en Guadeloupe, non loin des pays d’Amérique Centrale dont nous avons parlé également, et qui sont plongés dans la douleur après les ravages causés par le cyclone Mitch.

Très bonne semaine à vous tous.

Antoine Caballé

L’un des maîtres de l’école

Dixième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 7 Décembre 1998

Aux élèves de la classe du CE2 (mais aussi à ceux du CM1)Bonjour

Demain matin, nous recevons une quinzaine de professeurs d’école à l’école ... Il s’agit de jeunes futurs maîtres d’école. Ils viennent visiter notre école, notre quartier pour essayer ... de les connaître ... de vous connaître. J’ai pensé que vous pourriez leur servir de guide ... par groupe de deux ou trois, accompagnant un ou deux élèves professeurs ...

Il s’agit de leur faire visiter dix points différents :

Point numéro un : chacune de nos deux classes vides

Point numéro deux : notre école, l’emplacement des classes et le nom des maîtres, et surtout la B. C. D.

Point numéro trois : l’école maternelle ...

Point numéro quatre : les lieux où nous faisons de l’éducation physique, gymnases et terrains ..

Point numéro cinq : un endroit du quartier que vous aimez bien ...

Point numéro six : un endroit du quartier où l’on peut faire des courses.

Point numéro sept : une allée ou une maison où vous habitez ... Peut-être une maman pourra-t-elle accueillir un instant votre visite ..

Point numéro huit : un point surprise, par vous, préparé ...

Point numéro neuf : une rencontre avec un médiateur employé de la ville .... (dans la salle vidéo )

Point numéro dix : rencontre avec Sébastien, emploi jeune, (dans la salle vidéo).

Votre promenade par groupe que vous allez devoir préparer à l’avance ne va durer en fait qu’une heure trente, une heure quarante, grand maximum ... Chacun des groupes commencera l’itinéraire à un point différent ... Comme ça vous ne serez pas en même temps dans les classes ou certains lieux ...

Pour vous aider à vous situer dans le quartier mais surtout pour apprendre à vous déplacer avec une carte, vous disposerez d’un plan du quartier et surtout, l’élève professeur, lui, disposera d’une montre : le passage d’un point à un autre ne doit pas excéder dix minutes grand maximum ... J’espère donc que la visite sera réussie et que vous saurez accueillir ces visiteurs ... Mais auparavant, vous avez un jour pour vous préparer et y penser. Cette après-midi, on réunira les deux classes, dans la perspective de cette préparation.

Bonne semaine à tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Onzième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 4 Janvier 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour

Une nouvelle année commence. Il s’agit, de plus, d’une année très spéciale puisqu’il s’agit de la toute dernière année civile avant l’an 2000. L’année prochaine, en effet, sera la première d’un nouveau millénaire !

Je suis né en 1952. Lorsque j’était petit, je me souviens que, lorsque nous évoquions l’an 2000, à l’école, ou ailleurs, c’était à chaque fois, la course aux rêves les plus fous. Cette date nous paraissait très lointaine ... et nous pensions que, d’ici là, le monde aurait bien changé.

Un professeur de dessin, lorsque j’étais en cinquième, je crois, nous avait même demandé d’imaginer la voiture de l’an 2000, et nous avions tous dessiné des engins plus insolites les uns que les autres. Je me souviens que certains de mes camarades de classe avaient même dessiné en guise de voitures, des combinaisons spatiales, munies d’ailes, ou de parachutes extraordinaires.

Le monde a effectivement beaucoup changé depuis mon enfance, mais le problème vient de ce qu’il n’a pas toujours changé comme nous l’imaginions. Et finalement c’est heureux, cela veut dire qu’aucun d’entre nous ne fabrique l’avenir à lui tout seul, mais que l’avenir est plein d’imprévus, et qu’il appartient à tous les hommes, et surtout à ceux qui, comme vous, sont des enfants, et sont destinés à devenir grands. Comme l’écrivait madame Leprince De Beaumont (1711 - 1780) qui fut, une enseignante, et surtout l’un des tous premiers auteurs, dans l’histoire, d’ouvrages destinés spécialement aux enfants, “le futur est entre les mains de mes semblables.”

Le monde c’est un peu comme un enfant qui grandit ou un adulte qui vieillit. Lorsqu’on le voit tous les jours on ne s’aperçoit pas de ses changements. Ce n’est que lorsque nous revoyons de vieux films en vidéo, ou lorsque nous observons de vieilles photos, que nous les confrontons avec la réalité d’aujourd’hui, que nous nous rendons compte, tout à coup, que le temps a passé.

L’occasion pour vous dire que nous allons commencer d’ici aux vacances de Février, l’étude de l’histoire, à la place de la géographie, et que nous commencerons par le temps de la guerre 1939 - 1945.

Ce que je souhaiterais aujourd’hui, pour le millénaire qui vient, c’est un monde sans plus de guerre ... sans plus de misère ... avec plus de joie simple et partagée, de fraternité et d’amour entre les humains.

J’ai rêvé qu’à l’occasion de l’an deux mille des enfants du monde entier feraient une ronde autour du monde en se donnant la main. Mon rêve est-il possible ? Se réalisera-t-il ?

En attendant, je vous souhaite à tous une très bonne année 1999. Que cette année scolaire en cours, vous voie faire beaucoup de progrès, qu’elle vous prépare à devenir plus tard des hommes et des femmes, les meilleurs qui soient.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Douzième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 11 Janvier 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour

Nous avons travaillé, vendredi après-midi, en éducation civique, sur le thème de la parole. Il s’agit d’un des trois principes de vie, adoptés par la classe.

Pour cela nous avions constitué trois groupes de quatre élèves chacun. Chaque groupe devait jouer une situation tirée au sort, parmi les trois suivantes : un voyage en avion, l’escalade d’une montagne, un périple en bateau. De plus chaque enfant de chaque groupe devait tirer, toujours au hasard, le personnage qu’il devrait jouer, parmi les quatre suivants : “Quiment” “Quinepeutpasenplacerune “ “Quinécoutepas” “Quiparletoutletemps” ...

Évidemment chaque voyage tournait rapidement à la catastrophe et nous avons bien ri en regardant les petites saynètes, au gymnase.

Je reporte ici une partie du dialogue du périple en bateau :

“Quinepeutpasenplacerune“ (inquiet )

Eh les amis, je crois qu’il y a une voie d’eau ...

“Quiment” (se penchant sur la voie d’eau )

Ce n’est rien, tous les bateaux font ça, c’est très courant, je connais bien le problème, je l’ai rencontré mille fois, rien de grave ... pas de quoi s’affoler ...

“Quiparletoutletemps” (en poursuivant imperturbablement, l’ histoire qu’il raconte à l’équipage, et repoussant “Quinepeutpasenplacerune“ venu vers lui. )

Blablablablablabla ... les baleines ... blablablabla ... les baleines .... blablabla ... etc ...

“Quinécoutepas” (sans même se retourner et tout en tenant le gouvernail du navire, et en repoussant lui aussi “Quinepeutpasenplacerune“ venu vers lui.)

Laisse-moi tranquille, laisse-moi conduire, je n’ai pas le temps de regarder ...

Tous ensemble ( percevant les dégâts mais trop tard )

Sauve qui peut, au secours, tous à l’eau !!!!

Quiment (resté seul sur le navire)

Je n’aurais jamais dû dire que j’avais plus de vingt ans de navigation derrière moi ... moi qui ne prenais le bateau que pour la première fois ... et en plus, je ne sais pas nager ...

Cette histoire, comme les trois autres, nous invite à réfléchir : Et si ces enfants nous ressemblaient un peu ? Qu’aurait-il fallu pour éviter le naufrage ?

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Treizième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 25 Janvier 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour.

Nous continuons de travailler chaque vendredi après-midi, en éducation civique, sur le thème de la parole le premier des trois principes de la classe. Les deux autres étant bienveillance et matériel. Parallèlement, nous continuons, en histoire, à travailler sur la guerre de 1939 - 1945 qui a causé la mort de 60 millions de personnes, selon certaines estimations, de 35 millions selon d’autres. Beaucoup, beaucoup de morts, tellement que nous ne pouvons imaginer, même en fermant les yeux tous ces visages, ces sourires, ces personnes qui ont perdu la vie, ces familles décimées, ces amitiés déchirées, ces frères et soeurs perdus, ces enfants sans plus de parents, ces parents sans plus d’enfants. Chaque mort est une mort de trop qui pèse lourd, très lourd.

Vendredi dernier, nous avons regardé, avec une moitié de classe, un passage de “la colline aux milles enfants”, qui se déroule pendant la guerre 1939 - 1945, et qui raconte comment des juifs furent sauvés par des habitants du village du Chambon sur Lignon en Haute Loire, à quelques 50 kilomètres à peine de Saint-Étienne. Nous avons aussi regardé une cassette vidéo sur “la vie de Louis Braille”, un homme aveugle qui a inventé, au siècle dernier, l’alphabet pour les aveugles qui permet aux non-voyants de lire et d’écrire plus facilement. Cette pièce de théâtre fut écrite et jouée par les élèves qui sont aujourd’hui au CM2. Pendant ce temps, l’autre moitié de classe entreprenait de travailler sur les droits de l’enfant, avec madame Richard.

La semaine précédente, nous avions regardé le film de “Pinocchio”. Vendredi matin, enfin nous avons vu un autre très bon film intitulé, “Le cheval venu de la mer”. Nous nous sommes, à partir de ces films, posés beaucoup de questions sur la vérité, la parole, et nous nous sommes aperçus que tout n’est pas très simple. Parfois, pour sauver d’autres personnes d’une mort certaine, certains ont été obligés de se taire de ne pas dire toute la vérité, voire même de mentir. Et pourtant la vérité est un point de repère une amie de qui on ne peut se passer.

Je crois que dans notre classe, dans notre école, nous ne devons pas craindre de dire la vérité, car les maîtres ne vous veulent pas de mal. Ils sont là pour vous aider à apprendre, pour vous enseigner, et il est difficile d’aider, d’enseigner quelqu’un qui n’a pas confiance. La confiance est quelque chose de très important dans l’éducation dans une classe, dans toute chose. Elle marche avec la bienveillance.

Nous ne faisons pas toujours facilement le lien entre les réflexions que nous menons sur la parole, ou la bienveillance, et le matériel, et la guerre, et le travail sur les droits. Le journal d’Anne Frank peut nous y aider. Nous avons déjà parlé de cette petite fille juive, cachée dans l’arrière maison d’une famille hollandaise , à Amsterdam, pour échapper aux persécutions des nazis. Ce journal commencé au beau milieu de la guerre le 14 Juin 1942, le jour de ses 13 ans, fut retrouvé après la guerre, après qu’Anne Frank ne trouve la mort comme 6 millions de juifs, dans le camp de Bergen Belsen en Allemagne. Elle mourut le 4 Août 1944, elle avait donc tout juste 15 ans à peine, dans un camp semblable à celui que nous avons vu dans le livre de “Rose Blanche”.

La parole d’Anne Frank , enfouie dans un grenier, et qu’elle écrivait presque chaque jour à son journal qu’elle considérait comme une amie, et qu’elle avait baptisé Kitty, est arrivée jusqu’à nous.

La vérité de sa vie, de ses joies et de ses peines, dans ces temps de guerre, la vérité de son coeur, Anne Frank ne semblait pouvoir le dire qu’à son journal. Mais aujourd’hui, ce journal a été traduit en une vingtaine de langues, au moins. Il a été monté en théâtre et joué sur les scènes du monde entier. Et il sert aux hommes à réfléchir sur la paix. Cette parole que personne n’a entendue lorsqu’elle fut énoncée est donc devenue très importante car elle disait une vérité, quelque chose de la vérité. Nous le comprenons dès que nous tournons quelques pages de ce livre et que nous en lisons quelques lignes. Aujourd’hui, en Français, pour continuer à réfléchir sur la parole, j’aimerais que vous inventiez un dialogue entre “Quiveutdirequelquechosedimportant” et “Quiestprêtàtoutécouter.” Il faudra écrire ce dialogue entre ces deux personnages sous trois formes, le théâtre, la bande dessinée, le récit.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Quatorzième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 1 Février 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour. Je voudrais poursuivre avec vous la réflexion sur la parole. Car enfin qu’est-ce qu’une parole ? Pour moi, la parole est un principe très important, de vérité. Même si elle est enfouie, cachée, comme celle d’Anne Frank, au fond d’un grenier, la parole sincère qui ne cherche qu’à dire ce que la personne ressent est toujours très importante, car elle dit quelque chose de la vie. C’est aussi tout le sens de notre dessin du silence que personne n’a le droit d’effacer, et que, même lorsque nous ne le trouvons pas très réussi, nous respectons tous. On le laisse sur le tableau, jusqu’au lendemain matin. C’est enfin aussi le sens de la belle lettre que vous écrit Alice, élève professeur en première année, à la fin de son stage, avant de vous quitter, il y a quinze jours ; ou encore le sens de la belle lettre de Stéphane Tank qui vous parle de son rêve ; comme enfin celui de toutes les lettres que j’essaie de vous écrire. J’essaie toujours d’être sincère avec vous et de vous dire quelque chose de la vérité.

Mais qu’est-ce que la vérité ? Certains prétendent que chacun a sa vérité. Et dans un sens ils ont un peu raison. La vérité du footballeur, ou de l’équipe de foot, est bien de marquer plus de buts que son adversaire. La vérité de l’attaquant est de marquer, alors que la vérité du gardien de but est de ne pas encaisser, la vérité du supporter est de voir gagner son équipe et s’oppose alors à celle du supporter de l’équipe adverse. La vérité du vendeur, au marché aux puces, est de vendre le plus cher possible. La vérité de l’acheteur, au contraire, est d’acheter au plus bas prix. Alors ils marchandent ou négocient jusqu’à tomber d’accord.

On rapporte qu’un maître, qui était aussi un juge, devait rendre justice à deux parties adverses. Il demanda, à tour de rôle, à chacune des parties, d’exposer son point de vue. Après que la première partie eût parlé, il réfléchit et dit : “Vous avez raison”. Arriva alors la seconde partie qui avait le point de vue contraire. Après l’avoir entendue et bien réfléchi, le maître dit encore : “Vous avez raison”. Enfin, les élèves du maître, ses disciples lui dirent ceci : “Maître vous ne pouvez donner raison à la fois aux deux parties puisqu’elles soutiennent des points de vue totalement opposés l’un de l’autre. “ Le maître réfléchit encore longuement avant de leur dire : “Vous avez raison”.

N’y aurait-il que des parties de vérité ? Je ne crois pas. Si le mécanicien répare mal la voiture selon une vérité bien à lui et toute fantaisiste, au premier virage, la voiture risque de se retrouver contre un arbre. De notre rapport à la vérité, de notre honnêteté, dépend la vie d’autrui. À moins de se trouver dans un engin spatial, en apesanteur, on a beau jeter une pomme le plus haut possible dans le ciel, elle finit toujours par retomber. Certaines lois sont valables pour tous.

Un roi, le roi Salomon, devait rendre un jugement entre deux femmes qui prétendaient toutes deux être la mère d’un seul et même enfant. Ne parvenant pas à connaître la vérité, le roi dit ceci : “ Je vais couper l’enfant en deux, et chacune de vous en aura une moitié.” L’une des deux femmes sembla d’accord, tandis que l’autre s’exclama : “Vous n’allez pas faire une chose pareille si vous le coupez en deux, l’enfant mourra. Je préfère encore que vous le donniez à l’autre femme pour qu’il vive.” Alors le roi se tourna vers la femme qui venait de parler et lui dit : “Je vois que tu aimes vraiment cet enfant. Alors tu es vraiment sa mère. Prends-le avec toi. Car cet enfant est ton enfant”.

J’aimerais terminer cette lettre en vous invitant à réfléchir à ces choses, mais surtout en vous exhortant à les vivre. Je n’ai pas de leçon autre que celle de la bienveillance. La vraie mère a veillé au bien de son enfant. Elle a été bienveillante. Je crois que la parole de chacun devient une source de vie pour les autres, lorsqu’elle se fait bienveillante. Lorsqu’elle veille au bien des autres. Lorsqu’elle écoute ce que personne ne veut entendre, celui que personne ne veut écouter. Lorsqu’elle sait rectifier ce qu’elle a dit, et sait reconnaître quand elle s’est trompée. Souvenez-vous, pour finir, dans “la colline aux milles enfants”, du regard complice et plein de bienveillance réciproque, furtivement échangé, entre le joueur, un élève, et l’arbitre, un professeur, du match de basket. Le professeur venait de se rendre compte que l’enfant qui l’accusait de se mettre en colère, d’être un mauvais joueur, un mauvais arbitre, avait finalement bien raison.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Quinzième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 8 Février 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour

Cette lettre est la dernière avant les vacances de Février qui marquent à peu près le milieu de l’année scolaire. Elle vous rappelle quelques projets que nous avons :

Le premier projet est celui d’une rencontre USEP avec deux écoles, la Terrasse et les Ovides que nous accueillons pour nous préparer pour le cross cantonal qui réunira tous les élèves des écoles du canton de Saint-Étienne dont nous faisons partie. Cette rencontre USEP portera sur les courses longues et de régularité et aura lieu Vendredi 5 Mars après-midi. Il s’agira de courir sur un parcours par équipe de trois pour un relais d’une heure, où chaque coureur court à son tour. On compte le nombre de tours effectués à la fin. Pour cette rencontre il faudra, d’une part, apporter des gâteaux et des boissons pour nos hôtes qui seront au nombre de soixante en tout, et d’autre part, que nous nous mettions d’accord sur un parcours, ni trop long ni trop court, valable pour tous. Nous aurons l’occasion de reparler de cette rencontre au retour des vacances. Le cross cantonal réunissant beaucoup d’autres écoles, aura lieu, quant à lui, le 16 Mars en principe, au stade de l’Étivallière.

Le second projet est celui du travail sur les contes. Jeudi matin, vous avez au l’occasion d’entendre la conteuse irakienne raconter de belles histoires. Avec cette conteuse et une autre personne nous pourrons travailler à mettre en scène des contes. Pour cela, nous recevrons, à partir du retour des vacances de Février, leur visite une fois par semaine, le jeudi matin.

Vous vous souvenez que la conteuse commençait ses histoires en disant à peu près ceci : “Je ne suis pas venu pour vous dire la vérité mais pour vous raconter des contes, qui une fois terminés rentrent dans mon sac que je referme et cric et crac”. Cette phrase me permet de poursuivre ma réflexion sur la parole et la vérité. Vous avez pu vous rendre compte dans l’histoire “Geoffroy et le corbeau” que je vous ai racontée, que Geoffroy avait une vérité bien à lui qui ne semblait pas être tout à fait celle des autres. Cette vérité est devenue une histoire qu’il a écrite pour la raconter ensuite. Il existe deux sortes d’histoires. Les histoires imaginaires comme celles que je vous raconte tous les jours, et les histoires vraies. La différence entre l’histoire imaginaire et l’histoire vraie, est que la seconde ne s’est pas passée seulement dans la tête de celui qui la raconte, mais qu’elle a eu vraiment lieu. Par exemple, les histoires de notre semainier, ou du journal d’Anne Frank, racontent des histoires vraies.

Tout n’est cependant pas très simple, puisque lorsque quelqu’un raconte une histoire vraie, il raconte la façon dont il l’a comprise. Et là, il est très important qu’il dise la vérité de ce qu’il ressent pour que les autres en soient édifiés. Mais une autre personne racontera la même histoire vraie autrement, ou quelqu’un d’autre encore ayant assisté au même événement ne l’aurait même pas remarquée.

Il arrive aujourd’hui, avec le développement des images, des films, des jeux vidéos, que des personnes confondent le réel et le virtuel. Lorsque quelqu’un joue à faire la guerre sur son ordinateur, il s’agit d’une histoire virtuelle, imaginaire, qui n’est pas réelle fort heureusement. Pourtant, lorsque des hommes font de vraies guerres, ils appuient eux aussi, sur des boutons d’ordinateur, devant des images qui ressemblent étrangement à celles d’un jeu vidéo. La différence est de taille cependant, lorsqu’un enfant joue, les morts ne sont que des images, mais lorsque l’adulte fait la guerre, les morts sont de vrais hommes en chair et en os qui meurent vraiment.

Il est très dangereux pour tout le monde de mélanger le réel et le virtuel. J’aimerais bien vous aider à ne pas mélanger l’imaginaire qui se passe dans la tête et qui ne met pas directement en jeu la vie des autres, et le réel qui lui met en jeu réellement la vie des autres.

Cette frontière est très importante à discerner. C’est pour cela qu’en plus des moments où nous travaillerons sur le conte et l’imaginaire, à d’autres moments nous travaillerons écouterons, raconterons, dans la classe des histoires vraies. Bonne semaine, puis bonnes petites vacances à tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Seizième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Jeudi 25 Février 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour

Nous voici de retour pour la deuxième moitié de l’année scolaire ...

Je vous écris aujourd’hui pour vous annoncer tout d’abord une rectification de date : la rencontre USEP avec les écoles des Ovides et de la Terrasse, sur les courses longues, aura lieu finalement le 12 Mars. En effet, je serai absent toute la semaine prochaine, pour raison de stage. La rencontre de cross cantonal, au stade de l’Étivallière est quant à elle bien maintenue le 16 Mars.

Nous allons bientôt faire les contrôles du 2° trimestre. Si le maître ou la maîtresse qui me remplacera pendant mon absence, en est d’accord, et qu’il n’a rien prévu d’autre qu’il veuille faire expressément, il (ou elle ) pourrait vous les faire passer. Je les préparerai moi-même et les corrigerai éventuellement aussi moi-même. Si le maître, ou la maîtresse, préfère faire autre chose, ce qui se comprend, je vous les ferai passer à mon retour au début de la semaine suivante.

Ces contrôles sont importants car ils déboucheront sur un contrat d’alliance nouveau qui va vous accompagner pratiquement jusqu’à la fin de l’année. Ce sera l’occasion alors de rencontrer les parents et de commencer à remplir les dossiers scolaires.

Nous allons, aujourd’hui et demain, faire le point sur l’ensemble des choses que nous avons apprises depuis Noël. Nous établirons, probablement demain, sinon à mon retour, nos nouveaux projets d’apprentissages, jusqu’aux vacances de Pâques ou de Printemps.

Nous allons également aujourd’hui, procéder au rangement des dossiers documents et livres, à la vérification du matériel de chacun. Il est important de commencer la deuxième moitié de l’année sur de bonnes bases, et la première de ces bases est d’avoir un matériel complet et en ordre.

Nous distribuerons un nouveau livre de lecture suivie “Sita et la rivière” qui se passe en Inde. Nous le parcourrons ensemble, mais vous devrez surtout le lire, seul chez vous.

Avant de vous quitter je voudrais vous dire, que je n’ai pas du tout aimer la dernière après-midi passée ensemble avant les vacances de Février. Nous devions voir un film sur la guerre de 1939 - 1945, et finalement, parce que certains n’étaient pas prêts, j’ai annulé la séquence.

Plus tard au petit gymnase, j’a même dû me mettre très en colère, pour que nous puissions faire du théâtre convenablement dans le respect les uns des autres, et de la parole du maître.

J’ai beaucoup repensé, pendant les vacances, à cette après-midi, en grande partie gâchée.

Je me dis que nous essayons, monsieur Tank et moi, de vous faire comprendre pourquoi nous allons à l’école, pourquoi nous apprenons des choses, de vous faire entrer dans le point de vue du maître.

Au cours des derniers jours avant les vacances, je vous ai expliqué qu’on appelle ceci l’éducation. Je vous ai parlé du dressage, aussi. On dresse un chien savant pour le cirque, avec une baguette et un morceau de sucre. Il n’y a pas de mal à ça. Mais les enfants valent beaucoup mieux que les chiens savants. Ils n’ont en principe pas besoin de baguette ni de sucre mais seulement de comprendre. C’est pourquoi il est important de parler, de discuter, de dire ce qu’on pense aux autres enfants, au maître, mais il faut le faire dans le respect de chacun.

Respecter veut dire écouter, avant de parler, pour réfléchir à ce que l’on peut dire que l’autre n’a pas dit, et également, écouter après avoir parlé, afin d’entendre ce que l’autre a encore à nous répondre. Vous voyez, sans que je m’en aperçoive vraiment, je finis par vous parler encore de la parole. L’importance de ce mot, est en effet essentielle, dans l’éducation.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Dix-septième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 1 Mars 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Je vais donc être absent pendant toute la semaine, afin de participer à l’IUFM, à un stage. Je vous parlerai de ce que j’ ai fait, à mon retour.

Aujourd’hui, donc, parmi vous, il y a une maîtresse qui a gentiment accepté de vous faire passer les contrôles de la plupart des disciplines que vous travaillez avec moi.

Ces disciplines sont les suivantes :

Pour ce qui concerne le Français, sept disciplines: Lecture compréhensive, orthographe, expression écrite, grammaire, conjugaison, lecture orale, expression orale.

Pour le reste, cinq disciplines : Présentation écrite, dessin, histoire, éducation civique, éducation physique.

Le contrôle d’éducation physique portera sur les courses longues, et, sera probablement passé à mon retour, avec moi. J’espère bien cependant, que vous pourrez passer l’ensemble des contrôles des autres disciplines avec la maîtresse, pendant la semaine.

Pendant toute la semaine vous pourrez réviser comme cela a été indiqué sur le plan de travail de Vendredi, sur “le poisson dans l’eau”, aux pages indiquées.

Pour certains contrôles, vous aurez droit aux documents. Mais cela sera indiqué sur la feuille distribuée, lorsque cela sera le cas.

Sur chaque feuille de contrôle, pour chaque contrôle, sera indiquée la manière dont vous serez notés.

Avant chaque contrôle la maîtresse donnera quelques explications. Dans certaines disciplines, elle pourra peut-être même réviser avec vous.

Après les contrôles, la maîtresse pourra procéder à la correction avec vous.

La durée approximative de l’épreuve est marquée sur la feuille de contrôle.

Je vous souhaite donc un bon travail, pendant toute la semaine, et j’espère que vous allez bien vous appliquer, car n’oubliez pas qu’il y aura une note sur la présentation.

Très bonne semaine à tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Dix-huitième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 8 Mars 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Je viens de participer à l’IUFM, à un stage dont je vous avais dit, dans la lettre précédente, que je vous parlerai à mon retour. Ce stage portait donc sur les études dirigées. Les études dirigées, sont un moment consacré, en fin de journée, à réfléchir, à travailler, pour renforcer et revenir sur ce que nous avons étudié, en cours de journée.

En effet, nous savons aujourd’hui que la mémoire est l’outil par excellence de l’apprentissage. Pour bien apprendre, il faut comprendre. La mémoire nous aide à passer de l’acte d’apprendre à celui de comprendre. Nous reviendrons certainement sur le sens de chacun de ces deux verbes. On peut sans doute apprendre sans vraiment comprendre, mais, on ne peut certainement pas comprendre sans apprendre.

Le moment d’étude dirigée, en fin de journée, a pour but, avec l’aide de la mémoire, de faire le chemin du comprendre. Nous garderons, comme nous le faisons déjà, un moment, en fin de journée, pour ce travail d’étude dirigée, sur la mémoire.

J’ai regardé le travail que vous avez fait avec la maîtresse, et j’ai pu voir que les contrôles ne sont pas tout à fait terminés. Il y a eu grève mardi, et tout n’a pu être achevé. Mais beaucoup de choses cependant ont d’ores et déjà été faites.

J’ai pu observer vos résultats, et je me suis aperçu que, beaucoup d’entre vous, ont fait des efforts, même si les notes ne sont pas toujours brillantes. Nous allons essayer aujourd’hui de terminer ces contrôles, avec l’expression orale, les arts plastiques, l’éducation physique .

Quant à la journée de mardi, elle pourrait être consacrée, pour partie, aux contrôles des élèves absents qui en ont manqué quelques uns. Jeudi, nous pourrions alors procéder aux corrections collectives. Et, à partir de lundi, la semaine prochaine, nous rencontrerions les parents pour établir les nouveaux contrats d’alliance.

La rencontre USEP sur les courses longues, avec les écoles des Ovides et de la Terrasse aura lieu cette semaine, vendredi après-midi. L’épreuve consistera à courir pendant une heure, sans interruption, par équipes de trois, à tour de rôle. À la fin, nous mesurerons le nombre de tours parcourus par chaque équipe.

Nous allons recevoir soixante enfants en tout. Certains d’entre eux, de l’école de la Terrasse, sont malentendants ; il faudra donc veiller à ne pas les effrayer.

Mais encore, et, surtout, il faudra prévoir des goûters et des boissons. Comme nous ne sommes que douze, dans la classe, il faudra que chacun fasse un très grand effort pour que nous puissions faire le point, dès vendredi matin. Je remercie par avance tous ceux qui apporteront gâteaux, boissons, chocolats etc ...

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Dix-neuvième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Mardi 16 Mars 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Je suis très content de vous retrouver ce matin. S’il était déjà prévu que je sois absent lundi matin, à cause d’un rendez-vous, ce sont des petits ennuis de santé qui m’ont empêché de venir, hier après-midi. J’espère néanmoins, que vous avez bien pu travailler avec Stéphane Tank.

Je voudrais revenir sur la demi-journée de vendredi, après-midi. La rencontre avec les seuls enfants de l’école de la Terrasse, puisque les enfants des Ovides n’ont pas pu venir, s’est bien déroulée. Les enfants et les maîtresses étaient contents.

Je remercie tous ceux qui ont apporté boissons et gâteaux. Je remercie aussi tous ceux qui ont su accueillir, et faire une place aux autres. En particulier, vous avez ouvert une place aux élèves malentendants qui m’ont semblé, tous, très heureux de vous avoir rencontrés. Je crois que vous avez bien retenu la leçon de Catherine Dutey Magni. Dans sa classe, il y a une enfant malade. Et la maîtresse a su faire une place pour elle.

Ce matin, nous allons courir le cross cantonal. J’espère que vous allez garder et même améliorer l’esprit qui était le vôtre vendredi. L’important n’est pas de gagner mais de participer et de donner le meilleur de soi. Je voudrais que vous pensiez à faire une place aux enfants des autres classes. Et que vous vous comportiez en grands.

J’ai réparti les élèves selon deux parcours. En principe, s’ils en sont d’accord, Murat, Sukru, chez les garçons, Myriam, et Marion, chez les filles, courront le parcours court.

Les autres élèves donc, en principe, devront faire le parcours long.

L’attention portée à la place de l’autre, à la place des autres, j’ai souvent l’occasion de le dire, est justement ce qui permet à chacun et à soi-même de trouver sa propre place. C’est en ouvrant la place à l’autre, que je donne de l’espace à ma propre place, de la vie à ma propre vie. Grandir, c’est sans doute comprendre cela, chaque jour un peu plus.

Vous vous souvenez du rouge-gorge qui était resté dans ma voiture tout un jour d’hiver. Il est resté au bord de notre maison pendant tous les temps froids. Nous lui donnions à manger. Et du coup, beaucoup d’autres oiseaux semblaient s’être donnés rendez-vous autour de chez nous. Ce rouge-gorge semble même avoir trouvé à présent une compagne. Les beaux temps arrivent.

Dimanche, Thomas m’a dit qu’il entendait des pépiements d’oiseau dans la cheminée. Lundi matin j’ai vu sortir le rouge gorge de la maison. Et s’il avait décidé de faire son nid dans notre cheminée ? Cela voudrait dire qu’il faudra que nous ne fassions plus de feu pendant quelques temps. En faisant une place au rouge-gorge, c’est toute ma famille qui trouve et redécouvre, l’espace nouveau, en partie inconnu du monde des oiseaux.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingtième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules Lundi 22 Mars 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Nous rencontrons, Stéphane Tank et moi-même, vos parents et chacun de vous au cours de cette semaine pour faire, avec chacun d’entre vous, un bilan sur votre travail du trimestre écoulé, et, établir les nouveaux contrats d’alliance vous concernant.

Qu’est-ce qu’un contrat d’alliance ? Vous le savez déjà, mais il est bon je crois de le préciser. Un contrat d’alliance définit trois points à travailler pendant trois mois, plus particulièrement pour un élève, à partir de ses domaines supposés faibles et qui sont à renforcer. Il peut porter sur des questions de toutes sortes et très diverses, de méthode, de travail, de disciplines, ou matières, scolaires, d’apprentissages, d’attitudes, de comportements, de soins portés au travail et aux choses etc ... Un contrat d’alliance est donc un point de repère, signé à la fois par les parents, l’élève, les maîtres. Il permet de se mettre d’accord sur un objectif, avant de refaire le point lors d’une prochaine rencontre. Mais alors qui définit ces trois points ? Tout dépend : ce peut être l’élève lui-même au regard de ses résultats scolaires, ce peut être une proposition du maître, voire des parents. Le plus important est que les trois parties soient vraiment d’accord.

Quelles sont les limites du contrat d’alliance ? Un contrat d’alliance n’est, bien entendu, pas un vrai contrat signé entre deux personnes adultes devant un juge et qui ferait que celui qui romprait illégalement le contrat devrait en répondre devant un tribunal. Nous n’oublions pas que chacun de vous n’est jamais qu’un enfant, et que l’école n’est pas le monde des adultes. Alors, le contrat d’alliance est une alliance faite autour de chacun de vous, pour et avec vous, pour votre réussite, et vos progrès, à l’école.

Un contrat d’alliance n’oblige personne à rien. Il n’y a pas de punition, ni de sanction lorsqu’il n’est pas respecté, mais il invite chacun, parents, élèves, maîtres, à travailler dans le même sens, à tirer dans la même direction. Un contrat d’alliance ne concerne donc pas l’élève seulement, mais aussi, bien sûr, les maîtres et les parents. On peut très bien imaginer que dans l’application de celui-ci, le maître et les parents soient également mis en jeu dans le but d’aider l’élève. Mais le véritable acteur du contrat d’alliance, celui qui en détient la clé, en quelque sorte, celui pour qui il est rédigé, est l’élève lui-même. Chacun de vous est le maître de ses progrès.

J’ai remarqué, les années précédentes, que les enfants qui essayaient de respecter au mieux leur contrat d’alliance, de le mettre vraiment en pratique, faisaient souvent de véritables progrès.

Respecter un contrat d’alliance ne veut d’ailleurs pas forcément dire, le suivre à la lettre, mais s’engager dans une direction. Et certains élèves, sans qu’on leur demande, modifient les termes de leur contrat, en cours de route, parce qu’ils ont fait des progrès et qu’ils mesurent que certaines choses ne sont plus nécessaires tandis que d’autres s’imposent, désormais. Une telle modification peut venir aussi d’une proposition des maîtres ou des parents. Il est bon alors que l’élève parle au maître et aux parents de ce qu’il décide. Au plus tard, au moment du bilan, trois mois plus tard, l’élève pourra mieux s’expliquer sur toutes ces choses.

Un peu de vocabulaire pour finir :

Le contrat d’alliance contient deux mots : Contrat et alliance.

Dans le dictionnaire, “Petit Robert”, nous lisons (entre autres) :

Au mot contrat :

“Convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire (extrait du code civil).”

Au mot alliance :

“Union contractée par engagement mutuel. “

Autrement dit, le mot contrat nous renvoie davantage aux textes de loi. Un contrat signé renvoie, dans la définition que nous venons de citer, au code civil, ou code Napoléon, qui fut rédigé en France sous Napoléon, entre 1800 et 1804, et qui régit encore, en partie, les lois françaises, aujourd’hui.

On peut signer un contrat avec une agence, une entreprise, un commerçant, on dit alors qu’on en est cosignataires, sans se sentir forcément lié d’amitié avec les autres cosignataires. Par exemple : un joueur de football peut signer un contrat avec un club plutôt qu’avec un autre, tout simplement parce qu’il recevra plus d’argent dans celui-ci que dans celui-là.

Ainsi, la signature du contrat fait force de loi, si un jour le club veut se débarrasser de lui, ou inversement, si le joueur veut “changer d’air”. En cas de rupture de contrat, on se tourne alors vers les juges et les lois.

Il en va tout autrement avec le mot alliance. Le mot alliance nous renvoie davantage à des notions comme l’amitié, la fidélité, la liberté. On ne signe pas vraiment une alliance, on la choisit, on peut la quitter à tout instant, sans risques. Si on peut s’en retirer, librement, celle-ci n’en a que plus de prix.

Une alliance suppose des partenaires, pas forcément des signataires. Ces partenaires s’engagent dans une même direction. Le mariage entre deux êtres est un exemple d’alliance. D’ailleurs, symboliquement, en France, comme dans beaucoup de pays, les nouveaux mariés s’échangent des alliances, c’est à dire, des anneaux qu’ils se passent au doigt, l’un à l’autre.

Tout ceci pour vous dire que, dans notre classe, le plus important des deux mots, est bien sûr, le mot alliance. De toutes les façons, les enfants n’ont pas le droit légal de signature des contrats, il faut être un adulte, responsable devant la loi, pour cela, et c’est très bien ainsi.

Ce qui nous fait quand même utiliser le mot contrat est la signature que nous faisons. Mais en fait ce que nous signons est une alliance.

Le but de cette alliance est de vous faire grandir, de vous aider à aimer, étudier, apprendre, à progresser. Personne n’est tenu par un texte de loi. Il n’y a pas de risques pour celui qui rompt l’alliance. Le seul risque est, peut-être, de moins bien réussir.

Ainsi, l’alliance, que nous faisons ne s’arrêtera peut-être pas vraiment avec le temps de l’école, ou même, et, de même, ne prendra-t-elle peut-être, pas fin, avec le seul travail scolaire.

Nous nous allions les uns avec les autres, pour que le meilleur arrive à chacun de vous.

Le mot contrat nous rappelle simplement un engagement signé, solennel, reconnu par l’école, et par tous ceux qui y travaillent, mais le plus important des deux mots est le mot alliance. Mais cet engagement n’engage rien d’autre qu’une volonté.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt et unième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 29 Mars 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour

Nous avons rencontré les parents pour établir les contrats d’alliance. Nous voici donc parés pour la dernière ligne droite de l’année scolaire. Bientôt, nous serons de nouveau en vacances, pour les fêtes de Printemps qui sont aussi celles de Pâques.

Je voudrais donc en profiter aujourd’hui, pour vous expliquer un peu pourquoi j’aime ce métier que je fais du mieux que je peux, même si parfois, tout n’est pas du tout facile.

D’abord, je trouve qu’il est très important de s’intéresser aux enfants, car ceux-ci deviendront des adultes, plus tard, et participeront au monde de demain, qu’ils contribueront, je l’espère, à rendre à meilleur. Je rêve souvent d’un monde sans guerre, sans injustice et sans violence. J’aimerais que vous vouliez un tel monde, alors peut-être aura-t-il plus de chance de survenir ?

Je pense plus souvent encore que l’on ne peut pas préparer la paix avec les armes de la guerre. Celui qui veut vraiment la paix doit s’attendre à perdre le plus souvent aux yeux des hommes. Nous vous avons parlé de Martin Luther King qui fut assassiné. Beaucoup d’autres, comme lui, ont péri en voulant servir la paix. Car quiconque prêche la paix, ne peut imposer par la force son message, il ne peut qu’attendre que l’autre à qui il s’adresse, l’ait compris, et accepté.

C’est pour cela sans doute que chaque année je supporte, le plus souvent, sans trop rien dire, les moments parfois difficiles que des élèves nous font passer. Je supporte comme je peux, mais je ne me résigne jamais, j’espère toujours, j’essaie d’espérer toujours, en tout cas, que celui qui ne comprend pas aujourd’hui le sens de la paix, comprendra tout à l’heure, ou, au plus tard, demain, et que celui qui le comprend aujourd’hui, n’oubliera jamais ce qu’il a compris.

Je me dis qu’on ne peut imposer à personne de comprendre et d’accepter cette leçon de la paix qui dit qu’il est plus souvent préférable, à première vue, à vue humaine, de perdre, que de gagner.

Je pense au moment où la guerre vient d’éclater en Serbie, et au Kosovo, à Éléazar Bouffier, l’homme qui plantait des arbres dont Jean Giono nous raconte l’histoire.

Traversant deux guerres mondiales, dans le silence des Alpes de Hautes Provence, sans que personne ne le sache, cet homme isolé ayant perdu sa femme et son fils unique, a patiemment transformé, en plantant un à un, l’un après l’autre, des milliers arbres, pendant plus de quarante ans, un désert aride en un jardin de verdure peuplé désormais par plusieurs milliers d’habitants nouveaux, jeunes et vieux, bercés par le chant des sources d’eau revenues dont ne sais où, affleurer aux vieilles fontaines qu’on croyait définitivement asséchées.

Cette histoire s’ est-elle réellement passée ou n’ a-t-elle vu le jour que sous la plume de l’écrivain et dans sa seule imagination de poète ? Je ne sais pas. Mais je sais que rien ne l’empêche, et, que, si elle n’est pas tout à fait réelle, elle aurait tout aussi bien pu l’être, ou mieux encore, elle peut le devenir.

Des enfants du Québec, après avoir vu le film qui raconte cette histoire ont commencé à reboiser une partie de la forêt canadienne détruite par l’abattement abusif des arbres. Pour en revenir à mon métier c’est un peu ainsi que je l’aime, car, l’important, le plus important est souvent caché aux yeux de la plupart des hommes.

C’est ainsi que se prépare la paix de demain, silencieusement, presque clandestinement, au coeur même des bruits et des cris de la guerre.Oui, c’est pour cela que j’aime ce métier que j’ai choisi.

Très bonnes semaine et vacances à tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-deuxième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Mardi 5 Avril 1999

Aux élèves de la classe du CE2 Bonjour. Dernière semaine avant les vacances de Printemps. Aujourd’hui, nous allons commencer à préparer le dernier trimestre. Il faudrait absolument que vous tous, vous progressiez.

Le cahier d’apprentissage en Français est un nouvel outil de travail qui vous est donné pour vous encourager en ce sens, et vous aider à vous attribuer des exercices de vous-mêmes. Pour s’en servir, cela est relativement facile. Il suffit de respecter quelques règles.

-On écrit sur le cahier dans le sens de la largeur.

- On ne peut faire qu’un exercice par page.

- On doit noter sur la marge :

la date,

le titre du livre,

le titre de la leçon,

le numéro de l’exercice et celui de la page.

-On peut faire des exercices en classe ou chez soi.

La couleur sur ce cahier d’apprentissage est mise par le maître. Il faut que vous reveniez souvent sur le tableau qui est collé à la fin de votre cahier pour faire le point de ce que vous savez et ce qu’il vous reste à apprendre par rapport aux choses qui sont mentionnées dans “ Le poisson dans l’eau” et qui constituent le programme du CE2. Car, c’est à partir de cette lecture que vous serez capables de vous programmer des exercices seuls, de progresser dans les divers apprentissages, comme surtout aussi de prendre conscience de votre progression personnelle.

J’espère que chacun de vous a bien retenu son contrat d’alliance : trois choses dont vous devez vous souvenir, pour bien travailler. Il reste que certaines choses sont valables pour tout le monde :

L’attention qu’il faut porter au matériel : bien ranger et soigner ses choses personnelles; vérifier fréquemment que l’on a tout le matériel ; soigner donc son propre matériel, celui de la classe et de l’école et même de l’extérieur à l’école. Se préparer ainsi à bien travailler en classe.

L’attention portée à la parole des autres, à la parole du maître, et à la sienne propre.

L’attention portée à la bienveillance : rechercher en toute chose la bienveillance, veiller au bien de tous, et particulièrement des plus petits et des plus faibles.

Je voudrais conclure en disant que ces principes, que les différentes attentions portées, s’adressent à tous et en particulier aux maîtres. Moi le premier, il m’arrive de me rendre compte que j’ai des progrès, beaucoup de progrès même parfois, à faire, à mon âge encore, dans chacun des domaines.

Je crois alors que le plus important est la bienveillance. La bienveillance, de mon point de vue, fonde toutes les choses, tous les autres principes et rattrape tous les manquements. Elle permet de demander pardon lorsqu’on a fait quelque chose de mal. Elle permet de recevoir le pardon des autres et de donner son pardon aux autres, et à soi-même. Elle permet de repartir lorsqu’on s’est trompé ou qu’on a fait fausse route, de donner alors une chance aux autres et à soi-même.

Au fait, je vous avais demandé de faire une recherche, sur l’aïd musulman, la fête de Pâques chrétienne, et la fête de la pâque juive. Lequel d’entre vous a su trouver des réponses ? Bonne semaine et très bonnes vacances à vous tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-troisième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Jeudi 22 Avril 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Je suis très heureux de vous retrouver pour la fin du dernier trimestre. J’espère que nous allons très bien travailler.

Cette lettre voudrait faire le point sur l’un de nos projets.

Nous avons le projet de mettre au point le conte de la fille de la sorcière pour le présenter à l’école maternelle, et peut-être aux autres classes et aux parents, lors de la fête de fin d’année.

Chacun de vous a un rôle précis qu’il s’agira de bien jouer. Mais aussi,ce serait bien de faire attention aux autres acteurs en jouant son propre rôle. On ne raconte pas tout seul. Enfin, il s’agira de penser au sens profond de cette histoire, et donc au message pour le public à qui nous l’adressons.

Cette histoire nous dit quelque chose sur le regard que l’on porte sur les autres. Autrement dit sur la bienveillance ou la malveillance. Elle dit que, finalement, les autres pourraient bien finir par ressembler au jugement que l’on porte sur eux.

Par exemple, si un maître ou l’ensemble des maîtres d’une école, ne croient pas qu’un élève puisse réussir, il y a des chances plus que certaines pour que cet élève échoue.

Autre exemple : si un élève ne croit pas qu’il puisse recevoir quoi que ce soit de bon de l’école, ou d’un maître, il y a des chances pour que le maître ou l’école finisse par ne pas réussir à l’aider vraiment à progresser.

Au contraire, si un maître, ou si l’ensemble des maîtres d’une école, croient vraiment que tel élève peut bien réussir à l’école, alors, il arrive souvent que cet élève réussisse vraiment.

Inversement, si un élève est persuadé qu’il a intérêt à écouter les maîtres d’une école, qui ne veulent que son bien, il y a de grandes chances aussi pour que cet élève fasse des progrès.

Ce que je vous dis se produit souvent. Je suis maître d’école depuis plus de vingt années et j’ai beaucoup de visages d’enfants dans ma tête et dans mon coeur, dans ma mémoire.

Quelques uns de ces enfants sont devenus des grandes personnes. Et je veux penser à Noël,ou Pascal, deux élèves que beaucoup disaient perdus pour leur avenir, et que j’ai rencontrés des années après qu’ils soient passés dans ma classe. Le premier est devenu marin, le second boulanger. Et tous deux sont aujourd’hui des hommes qui rayonnent autour d’eux de quelque chose de bon.

Tel est le voeu que j’émets pour chacun de vous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-quatrième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 26 Avril 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Nous avançons lentement, mais sûrement, dans l’année scolaire. Je remarque, avec tristesse, que, ni monsieur Tank, ni moi-même ne sommes très contents de cette classe, en ce moment : le moins que l’on puisse dire est que l’esprit qui y règne n’est souvent pas agréable. Pour ce qui me concerne, je ne devrais pas vraiment dire que je ne suis pas content “de” la classe, mais plutôt dire que je ne suis pas content “dans” la classe. Pourquoi ?

Les deux premiers jours de rentrée ont été marqués par pas mal de mauvaises choses, comme au moment du conte, avec les maîtres qui vous font travailler, mais aussi à chaque instant où il s’est agi de vous laisser travailler librement en groupe, ou plus simplement, composer ces groupes. Le plus désagréable est l’absence de bienveillance dans les mots, dans les attitudes. J’ai dû même me fâcher avec l’un d’entre vous à l’étude, vendredi.

Cela est d’autant plus triste, qu’au bout d’un moment ce sont les élèves les plus sages d’habitude qui se font eux aussi disputer, à tord ou à raison, et tout le monde en souffre plus ou moins.

J’ai essayé de chercher des raisons à tous ces petits problèmes, je ne suis pas certain d’avoir trouvé. La moquerie, parfois, la tristesse d’autres fois, la violence des mots, d’autres fois encore, me font penser que le problème numéro un que nous ayons en ce moment est celui de la bienveillance. Mais lorsque je pense à Murat et à Billel cela me donne à penser un peu plus loin.

Souvenez-vous de cette chose qu’ils ne voulaient pas me dire, jeudi matin. Peut-être que tout commence par un manque de confiance, qui entraîne une absence de vérité entre nous. Dire la vérité est une chose très importante, bien que, je le sais bien, difficile parfois.

Sans vérité, il n’y a pourtant pas de parole vraie qui puisse être entendue, il n’y a donc pas de vraie confiance, et sans confiance la bienveillance est tout à coup bien pauvre. Comme par ailleurs sans bienveillance, de part et d’autre, la vérité a bien du mal à venir, nous sommes entrés dans un cercle vicieux.

Comment en sortir ? Un autre mot est venu à mon secours alors. Ce mot est le mot éducation. Ce mot vient du latin : educere qui veut dire justement “faire sortir”. À l’école nous vivons un moment d’éducation dont le but est de “faire sortir”, c’est à dire de ne pas enfermer les élèves ou les maîtres à l’intérieur de nos préjugés, nos idées toutes faites, pour qu’ils deviennent des gens libres qui puissent aller et venir librement, où bon leur semblera. Éduquer ce n’est certes pas laisser libre chacun de tout faire, mais c’est toujours, dès aujourd’hui et ici, préparer une liberté future.

Je voudrais que nous nous appelions, que vous vous appeliez les uns les autres, vers cette liberté. Alors, comme une colombe descendue du ciel, la bienveillance pourrait revenir nicher dans notre classe.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-cinquième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 3 Mai 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Vous vous souvenez que, lors de la dernière lettre, je vous avais parlé du sens du mot éducation à partir de la racinelatine educere qui veut dire “faire sortir”. Je vous avais alors expliqué que l’éducation n’était, ni une programmation comme celle d’ordinateurs, ni un dressage, comme celui produit par la loi de la carotte et du bâton, car l’éducation suppose la rencontre de deux libertés : liberté du maître, liberté de l’élève. Il reste que ces deux libertés ne sont pas semblables. Le maître est responsable de la qualité de l’éducation qu’il délivre. L’élève est en train d’apprendre, il ne peut être tenu pour totalement responsable de la qualité de l’éducation qu’il reçoit.

Ceci signifie qu’il n’y a pas d’éducation possible sans une certaine obéissance de l’élève au maître. Cette obéissance peut être discutée, elle ne doit pas être aveugle, elle est fondée sur la confiance. La confiance de l’élève en son maître doit être comme une réponse de la confiance du maître en son élève. Sans ce climat de confiance réciproque, aucune éducation n’est d’ailleurs vraiment possible. S’il est invité à être obéissant, l’élève n’est donc cependant pas l’esclave du maître. Car, si le maître a une certaine autorité sur l’élève c’est pour le conduire a devenir de plus en plus libre. Mais alors, qu’est-ce que la liberté ? Beaucoup de libertés sont possibles. On parle de la liberté d’expression, de la liberté de circulation toutes deux inscrites dans les droits de l’homme. Ces deux libertés sont effectivement très importantes. On ne peut pas éduquer librement sans elles. Nous y reviendrons en éducation civique. Mais il reste qu’avec elles, on peut rester prisonnier, et que, sans elles, on peut être libre, à l’intérieur de soi-même. Car il reste une troisième liberté que personne ne peut jamais voler ni prendre à personne : la liberté intérieure. Cette liberté est cachée, elle ne se rencontre pas toujours facilement et chacun doit la choisir personnellement.

Nelson Mandela, l’actuel président de l’Afrique du Sud, est un homme noir qui a passé la majeure partie de sa vie en prison à cause de ses opinions. En effet, pendant très longtemps, l’Afrique du Sud a vécu sous le régime de l’apartheid qui signifiait une radicale séparation entre les blancs qui commandaient et les noirs qui étaient tenus d’obéir. Bien que prisonnier, Nelson Mandela, a continué de se sentir libre à l’intérieur de lui-même. Il défendait les autres détenus, il faisait avancer le traitement des autres prisonniers. À tel point, que son gardien de prison, Gregory James, est devenu son ami, et qu’il a écrit son histoire dans un livre vendu dans le monde entier. Finalement, l’apartheid a fini par disparaître, et Nelson Mandela, qui est toujours resté libre à l’intérieur de lui-même d’une liberté que personne n’a jamais pu lui voler a été démocratiquement élu président de ce pays.

Le mot éducation a une autre racine “educare” qui veut dire “donner du prix”. Ce prix caché, qui ne peut être gagné et saisi qu’à l’intérieur de chacun, contient le sens même de l’éducation que rien ni personne ne peut jamais totalement empêcher.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-sixième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 10 Mai 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Le chemin d’une vie de classe, au cours d’une année scolaire ressemble à un long voyage en mer. Il ressemble à un long voyage en bateau, avec un équipage, des capitaines de navigation, avec des escales, un port de départ et un port d’arrivée.

L’équipage est formé de chacun de vous, les capitaines de navigation, ce sont les deux maîtres, Stéphane Tank et moi-même.

Notre port de départ, ce fut le jour de la rentrée. Les élèves qui étaient un peu anxieux. Les sourires, les craintes, les attentes, les espérances, se lisaient sur les visages.

Notre port d’arrivée, ce sera le dernier jour de la classe, le temps des bilans, de penser aux vacances, à tout ce que nous avons réussi, à tout ce que nous avons échoué, à ce qui nous envoie vers demain.

Mais sans doute qu’après le temps des vacances, l’année de classe continuera à vivre, dans le souvenir de chacun de vous, dans la lecture des lettres, des plans de travail, des outils d’exercices, des poésies, des chansons, des semainiers et d’autres choses, que chacun pourra choisir de garder, de retenir, ou d’oublier.

Il reste, les escales, il y en a de plusieurs sortes :

Les temps des contrôles, où nous faisons, les bilans que nous signons les contrats d’alliance.

Chaque arrêt que nous faisons chaque jour, en étude dirigée, pour réfléchir à ce que nous avons appris.

Chaque instant où nous nous arrêtons pour penser à la classe. Pour rencontrer quelqu’un ou quelque chose qui nous aide à grandir. Ce Week-end, par exemple j’ai rencontré quelqu’un qui m’a raconté une histoire que je vais vous raconter à mon tour.

Une plage était inondée d’étoiles de mer que la marée trop forte avait laissées, en se retirant trop vite, et qui dépérissaient. Une petite fille qui jouait dans le sable, mettait une à une, l’une après l'autre, des étoiles dans son seau, et allait les remettre dans la mer, afin de leur redonner la vie.

Quelqu’un vint lui dire alors : “Ce que tu fais, ne sers à rien. Ne vois-tu pas ces milliers d’étoiles que tu ne pourras jamais sauver et qui remplissent la plage.” “Pour ces milliers d’étoiles je ne peux pas grand chose, dit la petite fille, mais, au moins pour celle qui est là au fond de mon seau “.

À quoi vous fait penser cette histoire ? Aujourd’hui, nous pourrions faire escale pour y réfléchir, si vous le voulez bien.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-septième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 17 Mai 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Nous venons de passer plusieurs jours sans aller à l’école. Il a fait beau, et j’espère que vous en avez bien profité. Pendant que, comme vous, je me reposais, j’ai revu notre année scolaire, en mémoire. J’ai pensé aux bons moments, et aux moments plus difficiles. J’ai pensé aussi aux progrès de certains d’entre vous, et aux progrès qu’il nous reste pour tous encore à faire. Personne n’est parfait. Surtout pas moi, vous voyez bien qu’il me reste beaucoup de progrès à faire au niveau du matériel, entre autres.

Je me suis dis alors, que le plus important n’est pas tant d’être parfait, mais d’en exprimer la volonté. Autrement dit, ce qui serait préoccupant pour chacun de nous, serait le moment où nous renoncerions à la recherche du bien. Mais qu’est-ce que le bien ?

Certains parmi nous croient en Dieu, d’autres peut-être pas. Certains sont chrétiens, d’autres peut-être athées, mais la plupart sont musulmans. Quelle que soit la religion ou les points de repères, des uns et des autres, je crois qu’il n’est pas toujours facile de discerner le bien du mal. Pour certains hommes le bien passe parfois par la guerre, et la violence, qu’ils pensent nécessaires. Personnellement, je ne crois pas que l’on puisse préparer la paix avec les armes de la guerre. Autrement dit, je ne crois pas que, pour préparer la paix, il faille faire la guerre.

Comme le disait Gandhi : la graine porte l’arbre en elle-même, et la fin ne justifie pas les moyens, mais la fin que l’on cherche, et les moyens que nous utilisons, sont intimement liés entre eux.

Une chose, de mon point de vue, reste essentielle : la volonté. J’ai constaté, dans ma vie, qu’il ne suffit pas de décider de faire le bien une fois pour toute, mais que le choix du bien plutôt que du mal, est décisif. Ce choix est à reproduire, à regagner à chaque instant de notre vie, quel que soit notre âge, notre expérience, notre force, notre faiblesse.

Alors, j’ai fini par me dire qu’il est un mot qui rend la vie respirable, ce mot est “pardon”. Souvent, à mon âge encore, il m’arrive d’avoir à demander pardon à mes proches, pour le mal que je fais, la plupart du temps, rassurez-vous, sans le vouloir. Le pardon contient le mot donner. Donner ce n’est pas “prêter” c’est beaucoup plus que cela encore, c’est remettre pour toujours à l’autre quelque chose que l’on porte en soi.

Au fond, j’ai remarqué que lorsque nous avons du mal à pardonner aux autres, nous ne comprenons pas que le premier à qui nous ayons à pardonner, est bien souvent nous-même. Peut-être alors que grandir, avancer dans la vie, progresser, revient à prendre conscience chaque jour davantage, que nous ne sommes pas parfaits, et que, malgré nous il nous arrive de blesser les autres, de ne pas faire le bien que nous voudrions, autour de nous, et malgré tout, de continuer à chercher le bien, même si nous ne l’atteignons jamais tout à fait.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-huitième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Mardi 25 Mai 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Nous venons de passer une semaine, difficile et réconfortante à la fois. Elle fut difficile, lorsque nous perdions du temps, de l’énergie, de la joie, à lutter contre un esprit trop enclin à se moquer, à ne pas vouloir faire le maximum. Elle fut réconfortante lorsque tous, vous avez travaillé dans le même sens et vous tous avez montré alors que vous étiez capables de très bien faire;

La dernière répétition du conte, en particulier, a été satisfaisante. La joie, dans les yeux de Sami, faisait vraiment plaisir à voir. Cette histoire que vous répétez est une belle histoire qui nous dit à sa manière que le regard que nous portons sur les choses et sur les autres contribue à rendre ces choses belles ou laides, et ces autres, meilleurs, ou pires.

Ainsi, un élève peut être bon, ou moins bon, selon le regard que les maîtres, ses parents, ou les autres élèves, portent sur lui. De même peut-être, pour un maître. Il peut être bon ou moins bon, selon ce que les élèves ou les autres maîtres, ou les parents, attendent de lui, selon le regard qui est porté sur lui.

Je vous parle peut-être de choses bien difficiles à comprendre pour des enfants. Alors, je vais essayer de les résumer par un récit.

Dans un village très pauvre, d’Amérique du Sud, un artiste, sculpteur s’attacha à sculpter un énorme rocher qui se trouvait sur la place centrale. Il travailla, jour et nuit, pendant plusieurs jours sans trop savoir ce qu’il allait réaliser. Beaucoup de gens se demandaient pourquoi il travaillait si fort. Et si les enfants, souvent, tournaient, autour de lui, c’était plus pour jouer au foot avec des vieux chiffons noués en guise de ballon, que pour regarder son oeuvre, que personne, d’ailleurs, ne comprenait.

Enfin, un matin, l’artiste sut que son oeuvre était terminée, lorsqu’un enfant s’approcha de lui, s’assit en silence, contempla et admira longuement son travail, avant de lui dire :“ Comment savais-tu qu’il y avait un cheval caché dans le rocher ?” Le sculpteur venait, en effet de sculpter un cheval au galop, et un enfant venait de lui faire comprendre. Aujourd’hui, cette sculpture trône toujours au coeur de ce village. Et, les enfants jouent à monter sur le dos du cheval, en imaginant, à chaque fois, des milliers de voyages extraordinaires et tout autant d’aventures nouvelles.

La vie nous apprend que le plus important n’est pas toujours facile à discerner du premier coup d’oeil, mais comme je vous le dis souvent, reste caché. C’est pourquoi, il peut arriver qu’un seul ait raison contre tous les autres. Il peut arriver aussi que nous ne sachions pas entendre la faible voix qui dit une vérité, parce que nous ne sommes plus attentifs au coeur, mais à l’apparence seulement. Or, il arrive que l’apparence soit trompeuse. Le coeur qui bat et nous permet de vivre n’est pas visible de l’extérieur. Bonne semaine à tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Vingt-neuvième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 31 Mai 1999

Aux élèves de la classe du CE2

L’année tire à sa fin, nous entrons dans le dernier mois de classe.

Vous avez réalisé une bonne répétition du conte “la fille de la sorcière “ devant les maternelles. Mais combien fut difficile la mise en place ! Il faut maintenant progresser encore.

Vous avez également remarqué que, Vendredi, à cause de l’extraordinaire chaleur, l’après-midi surtout, nous avons dû changer notre projet de journée, par rapport au plan prévu. Nous devions commencer un livret de textes personnels. Nous avons transformé celui-ci, à l’occasion de la fête des mères, en livret-cadeau, rempli de textes de poèmes et de dessins pour vos mamans. J’espère que vos mamans auront été contentes.

Mercredi après-midi, j’ai rencontré un sociologue, Dominique Glasman. Un sociologue est un homme qui étudie comment marche la société, c’est à dire qu’il étudie surtout l’organisation de la vie commune des hommes. Ce monsieur a longtemps travaillé dans notre quartier et il a étudié comment marchaient les écoles de la ZEP. Lorsque je lui ai parlé de ce que nous faisions en classe, des contrats d’alliance, en particulier, il m’a demandé si les maîtres, aussi, avaient des contrats d’alliance.

Je lui ai répondu que je n’y avais jamais pensé, et qu’aucun de vous, les élèves de cette année, pas plus qu’aucun des élèves des années précédentes, ne me l’avait jamais demandé, mais que j’allais y réfléchir, car l’idée me paraissait être intéressante.

Aussi, Jeudi, je vous ai proposé cette idée pour savoir ce que vous en pensiez. Et vous étiez d’accord pour que les deux maîtres aient aussi leur contrat d’alliance. Monsieur Tank a déjà constitué avec vous le sien. Quant à moi, après avoir lu vos propositions,j’ai envie de vous proposer à mon tour ces trois choses.

1 Matériel.

Je dois essayer de faire des progrès en ce domaine : ne pas laisser les objets n’importe où, ne plus égarer des outils de travail.

2 Bienveillance

Je dois essayer de ne pas désespérer d’aucun de vous. Ne jamais penser que vous n’y arriverez pas. Ne pas me fâcher inutilement.

3 Parole

Je dois essayer de ne pas parler pour ne rien dire. Ne pas dire des choses que je regretterai au sujet d’un élève, reconnaître lorsque je me trompe. Tenir mes engagements envers vous.

Enfin, je voudrais terminer en vous rappelant qu’une alliance n’est pas un chantage. Il s’agit de nous aider les uns les autres à réussir à progresser mutuellement. En nous engageant dans ce sens.

Bonne semaine à tous.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Trentième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 7 Juin 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Je vous annonce dans cette lettre les contrôles que nous essaierons de faire en une journée et demie. C’est à dire que j’espère bien qu’ils seront terminés, mardi en fin d’après-midi. Il ne nous faudra donc pas perdre de temps. Ce sont les derniers contrôles de l’année. Même si les maîtres savent déjà, ou croient savoir, à peu près où vous en êtes, de vos acquisitions, c’est le moment de les surprendre encore, de vous surprendre encore, de donner le meilleur de vous-mêmes.

J’espère que vos révisions auront été bonnes. J’espère alors que votre travail sera empreint de réflexion, de clarté d’application. Pour certains contrôles, vous aurez droit aux documents. Mais cela sera indiqué sur la feuille distribuée, lorsque cela sera le cas.

Sur chaque feuille de contrôle, pour chaque contrôle, sera indiquée la manière dont vous serez notés.

Cette semaine sera également marquée par trois représentations de “la fille de la sorcière” .

Jeudi matin, nous jouerons pour les classes de l’école . Vendredi après-midi, nous jouons à la MJC. Samedi en fin d’après-midi, ceux qui le désirent, peuvent participer à la nuit du conte, avec Amer et Nadoua. Il faudrait alors que vos parents vous accompagnent.

La durée approximative de l’épreuve est marquée sur la feuille de contrôle.

Je vous souhaite donc un bon travail, pendant toute la semaine, et j’espère que vous allez bien vous appliquer, car n’oubliez pas qu’il y aura une note sur la présentation.

Une dernière histoire pour réfléchir.

Dis-moi combien pèse un flocon de neige ?” demande la mésange charbonnière à la colombe.

-”Rien d’autre que rien “fut la réponse.

Et la mésange raconta alors à la colombe une histoire.

-J’étais sur la branche d’un sapin quand il se mit à neiger. Pas une tempête, non, juste comme un rêve, doucement sans violence. Comme je n’avais rien de mieux à faire, je commençai à compter les flocons qui tombaient sur la branche où je me tenais.

Il tomba 3 751 952 flocons.

Lorsque le 3 751 953 e tomba sur la branche, rien d’autre que rien - comme tu l’as dit - celle-ci cassa.”

Sur ce la mésange s’envola.

La colombe réfléchit un moment et se dit finalement :

“Peut-être ne manque-t-il qu’une personne pour que tout bascule et que le monde vive en paix ?”

Très bonne semaine à tous.

Antoine Caballé

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Trente et unième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 14 Juin 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Nous avons terminé les contrôles. La classe peut à présent commencer à tirer les bilans de l’année écoulée. Que dire ? Avant de faire le point plus définitif, je n’évoquerai ici que les derniers jours : nous reviendrons donc que plus tard, probablement dans les dernières lettres qu’il reste encore à écrire, sur un bilan plus complet.

Cette semaine a été très agitée et bien remplie avec trois représentations de “la fille de la sorcière”. La représentation de jeudi au petit gymnase fut assez bonne. Celle de vendredi à la maison des jeunes fut bonne, mais, comme je vous l’ai déjà dit, votre attitude en tant que public des autres classes, comme celle en tant qu’élèves, pendant les trajets, fut vraiment très loin d’être satisfaisante. Enfin, samedi, pour la nuit du conte, seuls Billel, Sami, Murat, Sukru, Sophia, Mehmet, Myriam étaient présents. Il manquait donc cinq élèves sur douze. Les élèves présents ont très bien joué. Ils ont également été un bon public pour les autres.

J’avais décidé le matin de vous rendre visite afin de convaincre les parents récalcitrants. J’ai fait cela en pensant surtout à Nadoua et Amer, au travail qu’ils ont fait. J’ai commencé tôt ma visite par la maison de Myriam. J’étais accompagné de Roseline. J’ai été si bien reçu que je n’en ressortais qu’une heure après ... après avoir bu le thé et mangé des gâteaux. Je me suis dit que si c’était partout comme ça, je ne pourrais jamais avoir fini avant dix heures du soir! J’ai donc téléphoné aux familles dont les enfants m’avaient paru avoir le plus envie de venir.

Profondément déçu par votre comportement de vendredi, je vous avais d’abord dit que je ne viendrais pas samedi après-midi. Finalement, je suis venu, quand même, même si ma déception est toujours grande. J’ai même dû aller chercher le papa de Sami pour qu’il revienne rechercher son fils car il croyait que cela se terminait à six heures : or, nous en avions, de fait, fini à quatre heures.

Quelques dates à retenir pour cette fin d’année :

- Nous ferons les bilans de l’année avec les parents la semaine prochaine, probablement lundi et mardi, après l’école.

- Mardi 22 Juin le matin nous avons une rencontre USEP d’athlétisme avec les classes CE2 de la Terrasse et des Ovides. Les activités seront : course, sprints, sauts, doubles bonds, courses de haies lancers de balles et de javelots.

- La fête d’école aura lieu le vendredi 25 Juin. Nous y jouerons notre spectacle une dernière fois avec Nadoua, Amer et Valérie.

- Enfin, le lundi 28 Juin nous irons visiter un zoo en Ardèche, pour un voyage de fin d’année, avec les élèves du CP.

Très bonne semaine à tous. Antoine Caballé

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Trente-deuxième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Lundi 21 Juin 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Si cette lettre n’est pas la dernière de l’année, elle n’en est pas loin. Peut-être, en effet, écrirai-je encore une dernière lettre, la semaine prochaine, après le voyage à Peaugres, en Ardèche. Je vous avais promis, lors de la lettre précédente, de tirer le bilan de cette année scolaire. Il est encore trop tôt, sans aucun doute, pour dire des choses définitives. Une année scolaire ne s’arrête pas tout à fait vraiment le dernier jour de classe. Nous avons beaucoup travaillé sur la mémoire, et vous savez que la mémoire continuera à travailler en vous, en chacun de nous. Le vrai bilan d’une année scolaire se fera beaucoup plus tard, Peut-être même au moment de tirer le bilan d’une vie. Qui sait ? Il n’en reste pas moins que nous pouvons tout de même tenter de tirer une leçon d’éducation de cette année scolaire. Et, lorsque chaque élève, chacun de vous, accompagné de quelqu’un de sa famille, viendra signer son contrat d’alliance pour les vacances, aujourd’hui ou demain, il pourra réfléchir à ce qui s’est passé d’important pour lui, cette année. Il devra alors avoir en mémoire ce qu’il a envie de continuer, ce qui doit grandir, augmenter, en lui, ou au contraire, toujours de son point de vue, ce qui doit diminuer, régresser, ou disparaître. Pour moi, je garde un souvenir mitigé. J’ai beaucoup aimé certains moments. En particulier, les premiers mois, comme aussi les progrès scolaires effectués par chacun de vous tout au long de l’année scolaire. J’ai beaucoup moins aimé les derniers mois, lorsque certains ont pensé retourner à leur profit exclusif, les leçons qu’ils avaient apprises.

Chaque fois qu’on apprend réellement quelque chose, on devient les dépositaires d’une liberté nouvelle. Vous avez tous appris que l’éducation n’est pas un dressage, ni une programmation. On dresse un animal, on programme une machine, on éduque un enfant. Il ne dépend que de nous de faire un bon usage de l’éducation que nous avons reçue. Mais nous pouvons tout aussi bien en faire, pendant un certains temps au moins, un mauvais usage. Certains ont donc voulu éprouver leur toute puissance. Et comme ce fut fatiguant ! Grandir c’est apprendre à renoncer à la toute puissance personnelle, pour laisser la place aux autres. C’est apprendre à écouter avant de dire, à lire, à étudier, à réfléchir, avant d’émettre une opinion,à s’enrichir des autres, pour mieux les enrichir de nous-mêmes.

Ma leçon d’éducation aura été sans doute celle-ci : la conscience éclaire la science, mais la science ne produit pas automatiquement la conscience. Lorsque le savant Einstein découvrit la loi de la relativité, savait-il que les hommes allaient utiliser sa découverte pour ... fabriquer des bombes atomiques ? Bien sûr, dans une classe, nous n’allons fort heureusement pas jusque là, mais la leçon pourrait avoir le même sens. Si j’avais une leçon personnelle ce serait d’être plus à l’écoute de chacun de vous, afin que la toute puissance destructrice puisse être discutée, et comprise et maîtrisée, dans le coeur, avant que d’exploser au dehors. La toute puissance personnelle serait transformée alors, en force d’aimer.

Antoine Caballé

L’un des deux maîtres de la classe

Trente-troisième lettre à la classe

Saint-Bonnet les Oules

Mardi 29 Juin 1999

Aux élèves de la classe du CE2

Bonjour

Dernière lettre, derniers moments passés ensemble, en cette année scolaire, fin d’année mitigée, entre la très bonne représentation des classes vendredi matin, le lâcher de ballons plus difficile, l’après-midi. D’ailleurs, à cause de l’énervement général, et aussi du retard pris, nous avons dû renoncer au tournoi de foot. Les parents étaient absents de l’école. À mon regret, je dois le dire. l’équipe des maîtres ayant préféré renoncer à leur invitation ...

Lundi matin, nous apprenions qu’un enfant du CM2, Maxime, était “racketté “ par des enfants de sa classe. Il avait dû ôter beaucoup de choses de sa chambre, en cachette de ses parents, sous la menace de quelques élèves.

J’ai tout à coup une impression d’une grande inutilité. Ces enfants ont tous été d’anciens élèves. À quoi sert donc l’enseignement que je leur ai délivré, l’apprentissage de la paix et de la confiance, comme encore tout ce que les autres maîtres aussi ont enseigné ? À quoi sert ce qui est appris, si tout doit aboutir ainsi ?

L’impression de gâchis s’est confirmée, lors du voyage à Peaugres. Tout aurait pu être parfait. Mais à certains moments, rien n’allait plus entre certains qui exprimaient une violence gratuite. Et Murat a dû être fortement secoué par Yves Garnier, le maître des CP, en fin d’après-midi, au moment du retour, après que je l’aie moi-même, disputé très fort, déjà, dans le car, le matin.

Thomas, mon fils, passe en sixième, et il a tiré une leçon de son passage de cinq années en primaire, dans l’école de La Fouillouse, tout près de ma maison. L’autre matin, il me disait : “Papa, j’ai enfin compris pourquoi je ne suis pas très bon à l’école. À l’école, moi, je n’y vais pas pour travailler, mais pour m’amuser. C’est pourquoi, aussi j’ai beaucoup de copains. Maintenant j’ai compris qu’on peut s’amuser en travaillant, travailler en s’amusant.”

Je crois, comme je le lui ai dit, que cette leçon apprise par Thomas est très importante. Elle est susceptible de transformer un élève en difficulté, en bon élève. Puissiez-vous, puissions-nous tous la réfléchir, la méditer, la comprendre à notre tour.

Elle peut servir à beaucoup d’entre vous. Les bons élèves sont ceux qui ont compris que le travail n’était pas une torture, mais une joie. Et que l’on venait à l’école tout autant pour travailler que pour avoir des amis.

J’espère que les vacances vous serviront pour réfléchir, et que la rentrée scolaire, comme l’année prochaine où certains d’entre vous seront en CM1 - CM2, les autres en CE2 - CM1 sera belle, riche, forte. Je ne sais pas encore quelle classe je ferai. Il y a des chances pour que ce soit le CM1 CM2.

Très bonne semaine et paisibles vacances à tous.

Antoine Caballé