8 De la mort et de la vie : un chemin de la mort à la vie

-La mort est déjà très présente dans la...vie...

On ne pourrait citer tous les contes d’ANDERSEN où la mort rôde tant celle-ci semble toujours présente, “l’enfant dans la tombe” en fournit une des illustrations les plus touchantes. Le conte commence par ces mots : ” La maison était en deuil, le deuil était dans les coeurs, le plus jeune enfant, un gamin de quatre ans, fils unique , joie des parents, espoir de l’avenir était mort ...” 3592

La mort était le fléau quotidien de la condition de l’enfance au siècle dernier et elle traverse le quotidien des choses de la vie. C’est dans ce quotidien, nous l’avons vu, dans la façon d’y porter son regard qu’ANDERSEN puise son espérance et qu’il semble vouloir nous éduquer. Alors s’il parle de la mort c’est qu’il veut annoncer la vie et que c’est elle qu’il appelle. ...

Cette annonce et cette quête n’ont pas de sens si elles ne puisent pas dans la réalité telle qu’elle est et si elles se satisfont d’un monde édulcoré comme dans nombres d’ouvrages pour enfants. En ce sens ANDERSEN fait oeuvre d’éducation véritable et profonde au delà bien au delà même d’une simple perspective d’instruction ...

-La mort est toujours une rupture douloureuse et terrible...

La mère est inconsolable :

”A la maison tous la regardaient avec les yeux humides et affligés, elle n’entendait pas leurs paroles de consolation....

On aurait dit qu’elle ne connaissait plus le sommeil, qui, seul aurait été son meilleur ami, aurait fortifié son corps et calmé son âme; on obtint qu’elle se mît au lit, elle y resta même immobile comme une personne qui dort.... 3593

-La mort est triste cruelle inacceptable et absurde en tant que fin des choses...

“Le jour de l’enterrement arriva, elle n’avait pas dormi les nuits précédentes, elle tomba de fatigue et prit un peu de repos ; le cercueil pendant ce temps là, fut porté dans une chambre éloignée, afin qu’elle n’entendit pas les coups de marteau. 3594

ANDERSEN montre cette souffrance, il ne la minimise pas, il veut que nous compatissions il veut faire fondre nos défenses, et il parvient à faire fondre nos larmes... la mort est cruelle inacceptable et absurde, parce que l’être humain est fait pour vivre.

L’enfant “espoir de l’avenir” est d’autant moins fait pour la mort. ANDERSEN ne fait pas cependant oeuvre absolument originale en ce début de l’ère industrielle frappé par la forte mortalité et la dure condition de l’enfance : Victor HUGO (1802 -1885 ), des misérables et de la petite Causette, Emile ZOLA (1840-1902 ), Jules VALLÈS (1879 -1886 ) en direction des adultes Charles DICKENS (1812 - 1870) ou Hector MALOT (1830 -1907 ) en direction des enfants l’ont également bien douloureusement décrite.

Cependant, au siècle du positivisme et de la foi inconditionnelle et pratiquement aveugle vouée au progrès, ANDERSEN se distingue surtout par la foi profonde et volontairement naïve qu’il met en Dieu, manifesté en Christ, l’espérance dans la vie après la mort.

-La mort cache un Amour caché, une espérance ...

La mère rencontre son enfant dans un rêve une nuit où elle s’est rendue au cimetière : l’enfant lui a parlé elle le sait vivant une immense chaleur envahit son coeur.

“ .. vois tu mère les vois-tu tous ! c’est le bonheur suprême ...

Mais la mère ne voyait rien, où l’enfant montrait du doigt ; rien que la nuit noire, elle voyait avec ses yeux terrestres elle ne voyait pas comme l’enfant que Dieu avait appelé à Lui, elle entendait les sons les accords, mais ne percevait pas le Verbe qu’il lui fallait croire. 3595

Ne sommes-nous pas dans cette situation de croire sans voir contrairement à Thomas le disciple de Jésus qui obtint de voir pour croire ? 3596

Et la mère recevra la consolation et la force de supporter l’épreuve.

-De la mort à la vie l’édification de l’homme et sa consolation...

Paradoxalement la mort surmontée nous tourne vers la vie.

“...mais Dieu dans son rêve était devenu une lumière un soutien pour elle, une lumière pour sa raison, elle s’agenouilla et pria :

-Pardonne-moi mon Dieu d’avoir voulu retenir une âme immortelle dans son vol, et d’avoir pu oublier mes devoirs envers les vivants que tu m’as donné ! et par ces mots son coeur parut soulagé... Elle se pencha vers son mari, son chaud baiser le réveilla, et ils causèrent avec une intimité cordiale, elle fut douce et forte comme peut l’être l’épouse, ce fut d’elle que vint la source de consolation.

-La volonté de Dieu est toujours la meilleure !

Et le mari lui demanda :

-D’où t’est venue soudain cette force cette fermeté qui réconforte ? Elle l’embrassa et embrassa ses filles :

-Je l’ai reçue de Dieu par l’enfant au tombeau.”

Notes
3592.

“L’enfant dans la tombe” Contes de l’amour naissant” Gallimard Paris 1979 p. 186

3593.

Ibidem p.187

3594.

ibidem p. 187

3595.

ibidem p189

3596.

Jean XX 29 “Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu dit alors Jésus “