Prédication en l’église réformée de Die Le 15 Janvier 2001 À partir du dixième lépreux ... Sur le thème de la croissance de l’église

II Rois V 14 à 17

II Timothée II 8 à 13

Lecture du psaume 98

Lecture de Luc XVII 11 à 19

Méditation :

Jésus marche vers Jérusalem, et l’évangéliste Luc insiste souvent sur cet aspect des choses tout au long de son évangile. Jésus est en route vers Jérusalem, vers sa passion, et c’est alors qu’il se trouve à la frontière entre la Galilée et la Samarie, autrement dit, à la frontière entre le monde des Juifs et celui de ces moitiés d’étrangers, métèques, méprisés qu’on nomme Samaritains, qu’il rencontre dix lépreux en appelant à sa pitié. Ces dix lépreux sont doublement emprisonnés par la maladie d’une part qui les défigure et qui marque leur corps et d’autre part par la marginalisation sociale qui s’en suit. Beaucoup de Juifs associaient la lèpre au péché. Ils se tiennent d’ailleurs à distance lorsqu’ils parlent à Jésus. Ils élèvent la voix et comme dans un cri : Jésus, maître disent-ils aie pitié de nous ...

L’évangile de Luc au chapitre cinq relate comment Jésus avait déjà guéri un lépreux en tendant la main vers lui et le touchant ...

Ici Jésus ne bouge même pas ... il se contente, si l’on peut dire, de les envoyer tous les dix chez les sacrificateurs qui étaient les seuls habilités à diagnostiquer qu’une guérison véritable avait eu lieu.

Et les dix lépreux font preuve d’une certaine foi, et même pourrait-on dire d’une foi certaine puisqu’ils obéissent et se rendent chez les prêtres avant même d’avoir pu constater leur guérison.

Et en chemin tous sont guéris. Un seul cependant s’en retourne : un Samaritain. Ce Samaritain s’en retournant, beaucoup de commentateurs expliquent que ce changement de direction rejoint celui d’une conversion. On pourrait dire alors qu’un seul parmi les dix se convertit.

Et en quoi consiste cette conversion ? Il glorifie Dieu à haute voix sur son chemin. Et lorsqu’il arrive à Jésus il tombe sur sa face et lui rend grâces.

Jésus semble s’indigner : les neuf autres n’ont-ils pas été guéris ? Et les neuf autres où sont-ils ? Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu ? Puis il dit : Lève-toi, va, ta foi t’a sauvé.

D’autres commentateurs ont vu dans ce dixième lépreux une figure de l’église. L’église n’a pas l’exclusivité de la grâce, mais l’exclusivité d’un ministère. Elle aussi est à la frontière entre deux mondes : le monde des hommes et le Royaume Dieu. Elle se tourne vers Jésus pour lui rendre grâce d’avoir fait venir le Royaume de Dieu dans le monde des hommes. Elle reçoit dans la foi l’annonce du salut de Dieu, cette parole : “ta foi t’a sauvé” accompagné également de cet envoi dans le monde :“va “...

Elle aussi enfin n’est raccrochée à l’alliance que Dieu tisse avec Israël qu’après une sorte de raccommodement, un élargissement, une adoption. Tout ceci ce Samaritain, cet étranger l’exprime déjà comme malgré lui.

Ce dixième lépreux est celui qui reconnaît ce changement là ou d’autres ne peuvent considérer leur guérison et leur bonne santé que comme un dû ou un prodige sans lien avec un sens plus profond qui les renverrait au sens même de leur vie.

Au contraire, voici ce dixième lépreux comme arrêté pour un instant à la frontière entre le passé et l’avenir, avant d’être envoyé. Le voici donc réconcilié. Il ne nie pas, ne refoule pas, son origine d’homme malade “impur”, il est simplement reconnaissant de sa guérison.

Il en reconnaît l’origine. Lui seul, parmi les dix, semble se souvenir de sa condition première, celle d’avant sa rencontre avec le Christ.

Et pourtant les neuf autres ont été guéris et Jésus ne leur demande rien. La grâce a touché depuis deux mille ans beaucoup d’hommes, chrétiens ou non parmi des peuples nombreux, et, pour s’en convaincre, il suffit de regarder combien la vie a changé depuis la venue du Christ, dans certains pays où l’évangile a été annoncé et ce qu’elle est encore dans les contrées où l’évangile est inconnu encore aujourd’hui, voire même interdit.

Là où l’évangile est passé, certes les hommes ne sont pas meilleurs et beaucoup d’entre eux s’arrêtent à cette constatation pour en déduire que l’évangile au fond ne sert pas à grand chose.

Mais si l’homme n’est pas meilleur comme par enchantement c’est uniquement parce que Dieu se refuse à programmer.

Il n’est pas un docteur Frankenstein et nous ne sommes pas ses objets fabriqués, mais ses enfants bien aimés.

Ce dixième lépreux d’ailleurs n’est pas seulement sans doute la figure de l’église mais aussi celle du chrétien tout simplement. Sur le chemin vers Jésus il rend gloire non pas à l’homme mais à Dieu. Autrement dit : il signifie implicitement la communion entre le Fils et le Père dans l’Esprit Saint.

Ce dixième lépreux annonce l’avenir de l’histoire de l’alliance de par sa réponse gratuite à la gratuité de l’amour de Dieu exprimé par Jésus qui ne lui demande rien. Il dit déjà l’accomplissement de l’amour de Dieu dans la personne de Jésus. Dieu n’est pas dans les idoles de pierre disait le premier testament, il est le vivant, mais voici qu’aujourd’hui son visage peut être reconnu dans celui d’un homme, Jésus, et, à travers lui, à partir de lui, dans le visage de tout homme, du plus pauvre, du plus petit parmi nous.

Remarquons que le lépreux est seul. Là même où comme d’autres, réduit à n’être dans son corps difforme qu’un parmi les dix, il vivait sans identité véritable, il trouve, grâce à sa rencontre avec Jésus, une identité.

Car, comme le signalait déjà le psaume 98, l’élection d’Israël n’est pas destinée à Israël seul mais elle est la passerelle choisie par Dieu pour signifier et permettre à chacun de rejoindre son projet universel de salut pour la création toute entière. Par le chemin de la révélation biblique c’est toujours le singulier qui conduit à l’universel. Depuis Noé, en passant par Abraham, Jacob, Israël, David, les prophètes, jusqu’à Jésus c’est toujours par un seul que le salut est annoncé à tous.

Un seul prend plus de prix que le nombre, songeons à la brebis perdue, car chacun appelé par son nom est appelé à devenir fils à régner avec Dieu.

Tel est le projet ultime que sans doute ce lépreux ignore encore..

Ce dixième lépreux reçoit cependant déjà la liberté de l’évangile. Jésus ne l’a pas contraint pas à revenir , mais il est revenu.

Dans la relation nouvelle que Dieu tisse avec son peuple avec les hommes avec chacun de nous, il n’y a pas d’assignation à résidence religieuse, la foi chrétienne suppose toujours, un choix, un désir, une conversion, un retour, une démarche personnelle, une liberté, un appel à la liberté.

Là où est l’esprit du Seigneur là est la liberté dira l’apôtre Paul dans la deuxième lettre aux Corinthiens ( II 17 ).

On n’est pas chrétien de naissance, on le devient par élection certes, mais aussi par une réponse, par choix, par un libre mouvement, un libre retour, une libre conversion.

Autrement dit comme ce général syrien dont nous parle le livre des rois, Naaman lépreux lui aussi et qui retrouva après s’être plongé sept fois dans les eaux du Jourdain sous l’ordre de Élisée une peau de bébé, la reconnaissance de Jésus conduit à une naissance.

Voici sans doute ce dixième lépreux redevenu lui aussi comme un enfant. Une vie commence pour lui, cette vie est semblable à la nôtre. Une vie semblable à celle du Christ. Il est chargé d’annoncé une bonne nouvelle au monde.

Comme Paul dans la lettre qu’il écrit à Timothée, peut-être lui aussi aura-t-il à subir à la suite du Christ des persécutions.

Mais comme Paul sans doute pourra-t-il dire : “Parce que j’annonce cette Bonne Nouvelle je souffre et je suis même enchaîné comme un malfaiteur. Mais la Parole de Dieu n’est pas enchaînée, c’est pourquoi je supporte tout pour le bien de ceux que Dieu a choisis, afin qu’eux aussi puissent obtenir le salut qui est en Jésus-Christ, ainsi que la gloire éternelle.

Les paroles que voici sont certaines : Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons avec lui; si nous restons fermes nous régnerons aussi avec lui; si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera, si nous sommes infidèles, il reste fidèle, car il ne peut se mettre en contradiction avec lui-même.”

J’étais venu pour partager avec vous sur la croissance de l’église : Quel rapport entre la croissance et tout ce que nous venons de dire ?

Nous voyons bien que croître ce n’est pas seulement croître numériquement dans nos communautés, même si cette croissance peut être envisagée, souhaitée, il s’agit d’abord de recevoir, d’accueillir le don de Dieu, de le reconnaître, de le signaler chaque jour davantage aux autres et à nous-mêmes, telle est la vocation de l’église.

En premier lieu, ce lépreux nous apprend que le projet de Dieu est contenu dans son amour pour nous. Il veut nous enseigner que cet Amour ne se programme pas, il se choisit, il invite à la louange, il se chante.

Et comme ce lépreux témoigne pour nous, deux mille ans plus tard, d’un projet dont lui-même sans doute ignorait beaucoup de choses, peut être notre vocation n’est-elle pas tant de maîtriser la croissance de l’église, la croissance du témoignage, que de répondre aujourd’hui à la vocation qui est la nôtre, afin que celui qui doit faire croître le fasse à partir des graines que nous aurons semées et qui pourront ne grandir et n’apparaître comme témoignage que beaucoup plus tard, parfois. Mais ce qui est semé en Dieu ne perd jamais son sens et le temps travaille pour son accomplissement.

Hier me promenant dans la ville de Saint-Étienne des graffiti sur un mur m’ont interpellé. Quelqu’un avait écrit une phrase anonyme :

“Je ne suis pas vieux, je suis amoureux. “

J’ai réalisé tout à coup que malgré ses presque deux mille ans d’âge, l’église pourrait elle aussi s’écrier à son tour :

“Je ne suis pas vieille, puisque je suis amoureuse : amoureuse de l’amour que Dieu a fait naître en moi; je suis amoureuse de l’amour que Jésus a manifesté pour chaque homme.”

Alors, la croissance de l’église, notre croissance, serait avant tout une croissance en Esprit en vérité, dans le désir d’aimer comme Dieu lui-même, le premier nous a aimés.

En introduction à l’intercession à la prière de François d’Assise mise en musique en 1981

Prière de Saint François d’Assise

Mise en musique en 81

Seigneur faîtes de moi un instrument de votre paix

Là où il y a de la haine que je mette l’amour,

Là où il y a de la haine que je mette l’amour,

Là où il y a l’offense que je mette le pardon,

Là où il y a la discorde que je mette l’union,

Là où il t a l’erreur que je mette la vérité,

Là où il t a l’erreur que je mette la vérité.

Car c’est en donnant que l’on reçoit,

C’est en donnant que l’on reçoit,

Car c’est en s’oubliant soi-même qu’on se trouve soi-même.

Car c’est en pardonnant qu’on obtient le pardon

En pardonnant qu’on obtient le pardon

Car c’est en mourant qu’on ressuscite à la vie éternelle.

Seigneur faîtes de moi un instrument de votre paix

Là où il y a le doute que je mette la foi,

Là où il y a le doute que je mette la foi,

Là où il y a le désespoir que je mette l’Espérance,

Là où il y a les ténèbres que je mette votre lumière,

Là où il y a la tristesse que je mette la joie,

Là où il y a la tristesse que je mette la joie.

Car c’est en donnant que l’on reçoit,

C’est en donnant que l’on reçoit,

Car c’est en s’oubliant soi-même qu’on se trouve soi-même.

Car c’est en pardonnant qu’on obtient le pardon

En pardonnant qu’on obtient le pardon

Car c’est en mourant qu’on ressuscite à la vie éternelle.

Ô Maître que je ne cherche pas tant

A être compris qu’à comprendre,

A être consolé qu’à consoler,

A être aimé qu’à aimer.