Annexe 43 : circulaire du 8 février 1924 du ministère des Affaires étrangères sur le recours à la main-d’œuvre des jeunes orphelins étrangers

Circulaire du 8 février 1924 du ministre des Affaires étrangères, sur le recours à la main-d’œuvre des jeunes étrangers 1270  :

« La diminution de notre nationalité a fait prendre une place particulièrement importante aux problèmes d’immigration dans notre pays. Parmi eux, il en est un qui a spécialement retenu mon attention, c’est celui de l’introduction en France de jeunes orphelins destinés à être placés chez les employeurs en vue de faciliter leur intégration et de les amener à acquérir la nationalité française. Toutefois, pour ne pas éveiller la susceptibilité du pays d’originr des immigrants et pour permettre de suivre cette politique d’assimilation sans soulever de protestation, il importe que l’action gouvernementale et administrative ne soit pas mise en évidence ; c’est pourquoi le placement et la protection morale de ces orphelins ont été confiés à des Comités privés.

Le Comité de Protection des Enfants immigrés, 14 rue Chauveau-Lagarde, à Paris, a déjà la charge de quelques centaines d’enfants répartis dans divers départements et son action va s’étendre encore. Il a semblé qu’il ne pourrait mener à bien la tâche qui lui est confiée qu’en s’appuyant, dans chaque département, sur un Comité lical constitué de personnalités notoires et de quelques fonctionnaires pouvant se charger de la besogne active. Ces derniers pourraient être, notamment le Directeur des Services agricoles, l’Inspecteur de l’Assistance publique et le Directeur de l’Office de placement. Les autres personnalités seraient choisies, dans chaque département, avec le concours de la Préfecture, notamment parmi les membres des Comités de Retour à la Terre.

En appelant votre attention sur l’importance de cette question, je vous prie de faciliter la constitution dans votre département d’un Comité local qui, en liaison avec le Comité de Protection des Enfants immigrés, s’occupera du placement et de la surveillance des orphelins. D’autre part, je vous serais obligé d’inviter le Directeur du Bureau de la Main d’œuvre agricole à prêter son concours, même avant l’organisation du Comité départemental, au Comité de Protection des Enfants immigrés en vue du placement, dès que possible, d’un certain nombre d’orphelins dans votre département. »

Le Directeur du service de l’agriculture à la Préfecture propose donc, pour former ledit comité, les personnes suivantes :

Brassart, président de la Société Agricole et Viticole de la Loire, président de la Main-d’œuvre agricole,

Monot, conseiller général, président de l’Office Agricole départemental, président du Comité de la dotation culturale,

Metton, vice-président du Comité de Retour à la Terre, agriculteur à Neulise,

Jean Courbon-Lafaye, agriculteur, maire de Marlhes, membre du Comité de Retour à la Terre,

Reocreux, agriculteur à Izieux, membre de l’Office Agricole départemental,

l’Inspecteur de l’Assistance Publique.

Metton et Courbon représentent également dans le département le syndicat agricole Union du Sud-Est.

A notre connaissance, si le Comité a peut-être été constitué, il n’a eu aucune activité. Mais un tel projet est bien représentatif des préoccupations d’une époque qui voit glisser entre ses mains un passé encore proche qu’elle tente de retenir, le parant au passage de multiples bienfaits.

C’est aussi un joli contrepoint aux tentatives antérieures de colonisation de l’Afrique du Nord par de jeunes orphelins français 1271

Notes
1270.

ADL X1152.

1271.

Danielle Laplaige, op. cit. p. 119 et suivantes. Nous avons vu plus haut tentative, avortée, de la part du père Cœur, directeur de la colonie de Saint-Genest Lerpt.