C La reprise des relations avec la France à partir de 1838.

En 1838 les relations entre la Perse et l’Angleterre se tendirent à cause du siège de Herat mené par les Persans. L’envoyé de Mohammad Šâh en Angleterre ne put rien obtenir et, déçu, il se tourna vers la France à laquelle il demanda l’envoi d’instructeurs militaires pour la réorganisation de l’armée persane. La France accepta et envoya en septembre 1839 le Comte de Sercey accompagné de onze officiers auxquels on donna des fonctions importantes dans l’armée persane.Cependant le Comte de Sercey avait pour instructions d’assurer « avant tout une mission de courtoisie ». On lui avait également signifié par écrit les instructions suivantes : « Sous le point de vue politique, vous n’aurez qu’à observer ; sous le point de vue commercial, vous aurez à observer et à préparer des voies, si vous le jugez praticable et utile, pour l’établissement de rapports plus directs, plus étendus et plus réguliers que ceux qui ont existé jusqu’à présent... Vous connaissez trop la nature de nos rapports avec l’Angleterre pour manifester à Téhéran la moindre prévention contre elle 16 ... »

Sercey ne réussit pas à conclure un accord de commerce car la Perse voulait principalement que la France s’interpose entre elle et l’Angleterre au sujet du siège de Herat mais le Français avait reçu l’ordre de ne pas se mêler de politique. Il put malgré tout obtenir un firman qui conférait aux catholiques d’Ispahan et de tout le pays les mêmes droits qu’aux musulmans. En 1840 Sercey retourna en France ; cependant il laissa en Perse plusieurs membres de sa mission, ce qui ne permit tout de même pas l’établissement de relations solides entre la Perse et la France.

En 1843 le Comte de Sartiges arriva en Perse comme ambassadeur et il y resta jusqu’en 1848 mais il ne put obtenir aucun traité de commerce. Lorsque Sartiges quitta la Perse les relations entre les deux pays étaient un peu tendues, l’Angleterre n’étant sûrement pas étrangère à une telle situation.

La France, ne pouvant plus agir politiquement, fit porter ses efforts sur le domaine intellectuel, tâche qui lui fut facilitée par la curiosité des Persans dans ce domaine, car les idées nouvelles propagées après la Révolution avaient fini par atteindre le pays. A cet effet, déjà la suite du Comte de Sercey en 1839 se composait de plus d’hommes de science que de diplomates. On y remarquait en effet, Eugène Boré, professeur au Collège de France, un médecin, le peintre Flandin, deux orientalistes et un architecte, Pascal Coste.

Depuis le 27 mars 1854, la France, alliée à la Grande Bretagne, la Sardaigne et la Turquie, fut en guerre contre la Russie. De ce fait, la Perse, par sa situation géographique prît une importance considérable. Comme l’Afghanistan, ce fut un des lieux où les Anglais et les Russes s’affrontèrent. La Russie chercha à élargir son empire à partir du Caucase et à l’est de la mer Caspienne et l’Angleterre voulut contrôler les principautés afghanes de Kaboul, de Hérat, de Kandahar et les provinces méridionales de la Perse. La guerre anglo-persane se déclencha en 1856 qui dura jusqu’en 1857.

En 1855 une nouvelle mission française en Perse eut plus d’importance. Elle était dirigée par Prosper Bourée accompagné du Comte de Gobineau comme premier secrétaire. Ce dernier s’intéressa de très près à la Perse et publia en 1859, Trois Ans en Asie. Bourée put conclure un traité d’amitié et de commerce entre les deux pays. Les rapports entre la Perse et la France allaient pouvoir être basés sur des bases solides et des relations diplomatiques continues s’établirent alors. La Légation de Perse à Paris date de cette époque et le premier groupe régulier d’étudiants persans arriva à Paris en 1860. Le Šâh Nâser-Ed-Din s’y rendit quelques années plus tard, après 1870. La France accueillit le souverain avec enthousiasme d’autant plus qu’il était le premier à rendre visite à la France après la défaite de la France en 1870. Le Šâh, et ensuite son fils, à chaque visite en France, repartirent pour la Perse en emmenant des médecins, des professeurs français tels les docteurs Cloquet, Tholozan, Feuvrier, Georges, Galley ou les professeurs Dantan, Olmer et David qui enseignèrent les sciences et les lettres au Dâr-Al-Fonun 17 . 18

A la fin du siècle, la rivalité anglo-russe s’intensifia. Dans le cadre de l’entente franco-anglaise, qui nécessita un rapprochement anglo-russe, un accord fut conclu sous le règne de Mozaffar-Ed-Din Šâh (1896-1907). Selon cet accord (31 août 1907), le pays est partagé en deux zones d’influence : le nord-ouest aux Russes ; le sud-est aux Anglais et une zone neutre centrale et occidentale.

Notes
16.

Comte de Sercey. La Perse en 1839-1840. Paris, l’Artisan du livre, 1928, pp. 31-33.

17.

Littéralement : Institut polytechnique. Il fut fondé en 1848 sous Nâser-Ed-Din Šâh (1848-1896).

18.

La Perse en contact de l’Occident, ét. cit., p.55, et pp. 114 à 118.