A Les images et les expressions empruntées à Jâmi

Dans Leïla, lorsqu’on annonce à Keïs que le père de Leïla s’oppose à leur mariage, Keïs, « comme une gazelle blessée qui emporte avec elle la flèche mortelle, il s’enfuit dans le désert […] il errait dans les plaines, fuyant la société des hommes 346 . »

Nous trouvons la même image dans Medjnoun et Leïla :

‘« […] il fuyait, semblable à la tendre gazelle, qui porte partout avec elle la flèche dont l’a blessée le chasseur 347 . » ’ ‘Ou bien, « semblable à la gazelle de la plaine, à la perdrix des vallées, loin des hommes, qui lui étaient devenus odieux, il n’avait plus d’autres sociétés que celle des bêtes fauves du désert 348 . »’

Chez les deux auteurs, l’image « du voile de la nuit » est comparée à une couverture. Voici ce qu’écrit Judith Gautier à ce sujet :

‘« [Keïs] a les flancs desséchés et grêles, un vêtement usé, une chemise en lambeaux, il n’a pour se couvrir que les voiles de la nuit 349 . »’

Voici ce que Jâmi  écrit à ce sujet :

‘« Une peau de cerf étendue sur le sable, voilà la couche où son imagination brûlante le livrait pendant son sommeil à mille songes funestes, et le voile ténébreux de la nuit formait seul la draperie de sa tente 350 . »’

La rencontre entre Keïs et Naufel et la réaction de ce jeune prince puissant vis-à-vis de Keïs est commune chez les deux auteurs. Voici la description de Judith Gautier à ce sujet :

‘« Un jour, le jeune et puissant prince de Naufel passa près de Keïs, en revenant de la chasse, et fut attendri par cette profonde douleur 351 . »’

Et voici la description de Jâmi sur le même sujet :

‘« Un jour […] il se trouva tout-à-coup environné d’une troupe nombreuse de chasseurs. Au milieu d’eux était Naufel, jeune prince renommé pour le mortel le plus généreux et le plus brave […] A la vue de cet infortuné, il s’élança à bas de son cheval […] et profondément touché de son état déplorable, il lui adressa la parole avec douceur 352 … »’

Notes
346.

Ibid., p. 124.

347.

ChezyA. L. Medjnoun et Leïla, poème traduit du persan de Djamy. Paris, de l’imprimerie de Valade, 1807, p. 44 de la deuxième partie de la traduction.

348.

Ibid., pp. 147 et 148 de la première partie.

349.

Les Fleurs d’Orient, éd. cit., p. 128.

350.

Medjnoun et Leïla, éd., cit., p. 148 de la première partie.

351.

Les Fleurs d’Orient, éd. cit., p. 124.

352.

Medjnoun et Leïla, éd., cit., pp. 148 à 150 de la première partie.