Le qazal fit son apparition au VIe siècle de l’Hégire ; au VIIe siècle il remplaça la qaside et devint une forme de poésie courante dans laquelle le bien-aimé prit la place du louangé. Ce bien-aimé peut être humain, comme dans les qazals de Sa’di, ou peut être spirituel, on parle alors de bien-aimé céleste, comme dans les qazals de Molavi, mais il peut aussi être à la fois humain et céleste comme dans les qazals de Hâfez. Dans le cas où le bien-aimé est humain ce n’est pas la même chose que dans les taqazzols 534 .
Dans les premiers qazals il existe une très grande ressemblance avec le taqazzol mais la différence vient de la considération accordée au personnage et du ton : gai pour le taqazzol, triste pour le qazal. Le taqazzol évoque le physique des personnages, le qazal concerne leurs sentiments. Le taqazzol est épique, le qazal est lyrique. Le bien-aimé dans le taqazzol doit appartenir à l’une des trois catégories suivantes : s’il est masculin il s’agit d’un jeune Turc des premiers siècles après l’Islam, querelleur, assoiffé de sang, un archer, dangereux et infidèle ; si c’est une femme, il s’agit de la servante du poète, elle n’a pas de grands mérites, c’est seulement la beauté de cette femme qui est d’ailleurs la beauté des femmes turques qui est considérée par le poète, en fait la servante est amoureuse du poète qui est donc le bien-aimé, alors que dans le qazal le bien-aimé a un grand mérite et c’est le poète qui lui obéit, si c’est un bien-aimé dont le modèle est ancien, il s’agit des déesses et des femmes qui appartenaient au régime matriarcal, à chaque fois que l’on veut la décrire on utilise des comparaisons avec la nature, elles sont le symbole de la fécondité, elles sont éternelles. Dans le taqazzol il y a une unité de sens, une cohésion entre les vers, dans le qazal ces aspects sont plus faibles. Certains pensent que les qazals persans se sont inspirés de la littérature arabe car il existe des qasides lyriques. Le sujet du qazal est l’expression de sentiments en fonction du héros essentiel qui est le bien-aimé, d’autres sujets comme la politique, la morale, la religion et la philosophie sont secondaires, ils sont éclipsés par l’aspect lyrique. Le sujet du qazal doit se trouver dans une structure amoureuse et triste. A la fin de la qaside le poète nommait le louangé ; dans le qazal le poète utilise son nom (parle en son nom).
Les deux premiers hémistiches du premier vers ont le même qâfiye 535 qui se répète dans les hémistiches pairs des autres vers, de ce fait ce premier vers est également appelé mosarra’ :
‘ﺪﻭﺶ ﻭﻘﺖ ﺴﺤﺭ ﺍﺯ ﻏﺼﻪ ﻧﺠ ﺎﺘﻢ ﺪﺍﺪﻧﺩ ﻮﺍﻧﺪﺭ ﺁﻦ ﻆﻠﻣت ﺸﺏ ﺁﺐ ﺣﻳ ﺎﺗﻢ ﺪﺍﺪﻧﺩLe qazal contient de cinq à dix vers. M. Mehdi Mo’iniân dans sa Grammaire de la langue persane affirme qu’il contient entre cinq et douze vers, parfois plus de seize.
Les sujets essentiels du qazal sont l’expression des sentiments, la beauté du bien-aimé et sa perfection, la plainte au sujet du destin.
Le but essentiel des poètes qui écrivaient des qasides était de faire l’éloge du sultan, des ministres, des hommes importants de la cour. Dans les premiers qazals on utilisait le même vocabulaire que dans les qasides pour décrire la beauté des personnages et exprimer l’amour, ce vocabulaire était employé avec le même sens. Mais à partir du moment où les termes moraux, philosophiques, mystiques sont entrés dans la poésie persane, le qazal est sorti de sa forme limitée au contact de ces différents termes et est devenu le meilleur moyen d’exprimer et de développer les idées auxquelles ils correspondent. Les mots et les expressions des premiers qazals comme le vin, la taverne, le bien-aimé, le mage, le prêtre des mages, le jeune mage, les traits du bien-aimé, les yeux et les cheveux sont donc utilisés métaphoriquement pour désigner des notions abstraites (philosophie, religion...)
Composition de vers d’amour (définition de G. Lazard dans son dictionnaire persan - français).
Le qâfiye est l’équivalent d’une rime. Le qâfiye se place avant le radif dans le cas où les deux sont présents dans un hémistiche. Le radif est le mot ou les mots qui se répètent à la fin des hémistiches ou des vers.
Šârzâdeh Esmat. Le Commentaire (L’Explication) de Sudi sur Hâfez, traduction du turc en persan, Téhéran, Negâh, 1995, 4 volumes, quatrième édition, qazal 199, pp. 1074 à 1078.