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MAIRIE DE LA VILLE DE LYON

Mes chers Concitoyens !

Les Travaux de nos Ateliers de Soieries viennent d’être suspendus presque à la même heure : il y eu des menaces contre les Ouvriers qui désiraient continuer leur Ouvrage ; ils ont cédé à la violence employée contre eux ; quelques uns ont eu leurs Métiers brisés, leurs pièces coupées.

Cette interdiction dans nos Travaux de Tissage ne porte pas seulement sur les étoffes dont les prix de façons ont été baissés ; l’interdiction a été appliquée aux Ateliers dans lesquels l’Ouvrage était le mieux rétribué et où les Ouvriers ne demandaient rien de plus.

Il ne s’agit donc pas ici d’une de ces coalitions d’Ouvriers, prévues par l’article 415 du Code pénal rapporté plus bas. On attaque violemment l’Industrie de la première ville manufacturière de France ; on veut arrêter ainsi les demandes du Commerce, éloigner les Acheteurs, forcer les capitaux à se porter ailleurs et amener la misère parmi les Ouvriers, afin de les pousser à la révolte.

Ce ne sont pas des Lyonnais, ce ne sont pas des Français qui ont pu concevoir de pareils desseins !

Ces hommes veulent troubler l’Etat par la guerre civile ; ils rêvent la dévastation et le pillage ; ils méditent des crimes que les articles 91, 92 et 93 du Code pénal punissent de mort.

La réalisation de ces crimes est heureusement impossible ; ces hommes sont en petit nombre ; les honnêtes Ouvriers qu’ils sont parvenus à égarer ou à effrayer, les abandonneraient, j’en suis garant, au moment même de l’exécution ; l’Autorité a en main tous les moyens nécessaires pour que force demeure à la Loi.

Toute tentative d’exécution déciderait l’arrestation immédiate des hommes qui sont à la tête de ces complots ; car, tous ces hommes sont connus.

Premier Magistrat de la Cité, et investi en cette qualité d’un pouvoir tout paternel, mon premier devoir est de prévenir les crimes et délits ; j’espère que je n’aurai pas à en remplir de plus pénible.

Que les bons Citoyens se rassurent ; que les Ouvriers que la menace a éloignés de leur travail, le reprennent sans crainte : l’Administration est en mesure de les protéger !

Fait à l’Hôtel-de-Ville, Lyon, le 15 Février 1834.

Le Maire de la ville de Lyon, Membre de la Chambre des Députés,

PRUNELLE.