Section 2 : Méthodologie de travail 

Ainsi, et dans une perspective « multidisciplinaire », croisant à la fois l’empirique et le théorique, j’essayerai de répondre aux questions posées :

Dans une première partie, il s’agira de construire quelques concepts majeurs qui structurent ma thèse : comprendre comment ces concepts sont nés et ont émergé ; qu’est-ce qu’ils signifient aujourd’hui ? De quelles manières sont-ils utilisés par les différents acteurs, à la fois théoriquement et empiriquement ? Comment ces concepts peuvent-ils s’insérer ou s’adapter à Beyrouth ou non ? Et pourquoi pas, essayer de pousser ces concepts en les construisants pas à pas.

En effet, ces concepts ne sont pas choisis arbitrairement, mais émergent des questions posées dans la problématique, et forment le cœur même de ces questions.

Cette partie a pour objectif d’apporter des éléments de connaissance et d’analyse aux différents concepts mobilisés dans cette thèse, afin de comprendre leur émergence et leurs différents enjeux en les interrogeant dans leur contexte d’origine, en particulier dans l’Occident.

Cette partie aura aussi pour objectif, d’argumenter et de donner un appui de base pour la thèse ; tout en espérant à la fois tirer de cette partie des théories et de questions fondamentales.

Cette première partie est divisée en 3 chapitres : le premier interroge la notion du public à travers plusieurs lectures ; le deuxième chapitre apporte des éléments historiques sur l’émergence de l’espace public en Occident avec ses différentes lectures multidimensionnelles ; le troisième chapitre interroge les politiques publiques en général, dans l’objectif d’apporter des éléments de compréhension de quelques pratiques ou concepts utilisés aujourd’hui dans le renouvellement urbain, comme la gouvernance, le référentiel, la médiation…

Pour cela, une lecture minutieuse d’une première recherche théorique des concepts sera l’outil majeur de cette partie ; surtout que ces concepts présentent parfois des ambiguïtés qui nécessitent quelques clarifications à la fois de leurs contenus et usages.

La deuxième partie a pour objectif, et après avoir défini les différents concepts et leur émergence en Occident, - en particulier les enjeux de l’espace public – de faire la transition avec le terrain d’étude, avec le contexte beyrouthin, tout en présentant les différentes lectures historiques de l’espace public en Orient en général et à Beyrouth en particulier afin de comprendre leurs spécificités locales, socio-politiques et spatiales tout en préparant ainsi le terrain d’étude qui forme la 3ème partie.

Dans ce chapitre, nous nous appuierons sur les études écrites sur l’histoire de Beyrouth et de ses espaces publics et qui qui tracent l’histoire de cette ville ; quelques interviews avec des « personnes âgées » pourront encore renforcer cette partie, en particulier en ce qui concerne les pratiques sociales qui marquaient ces espaces.

Ainsi, cette partie devra encadrer « la ville en projet » pour pouvoir entamer le cœur de la thèse, avec des interrogations clarifiées ou bien laissées ouvertes au débat.

Dans une troisième partie, composée de quatre chapitres, nous entamerons le terrain d’étude :

Le premier sur les pratiques sociales et urbaines des espaces publics à Beyrouth ; le deuxième sur la production / conception des espaces publics à Beyrouth ; le troisième sur la médiation et la participation des différents acteurs ; et le quatrième sur la place de l’Etoile, située au centre ville de Beyrouth.

Cette troisième partie a pour objectif de comprendre les six questions posées dans la problématique, d’interroger le terrain et la réalité actuelle, de pousser au fond les thèmes abordés dans la partie théorique pour les interroger dans le cas de Beyrouth, et d’essayer enfin de répondre aux questions.

Mais répondre aux questions, est d’une grande prétention, nous semble-t-il. Ces questions resteront toujours ouvertes, car peut-être que ce qui caractérise cette ville depuis longtemps c’est sa complexité et son ambiguïté.

Répondre aux questions par d’autres questions, ouvrir à de nouvelles pistes de recherche, pourquoi pas, si ce n’est qu’une pierre dans un long processus de reconstruction.

Le premier chapitre sera consacré à l’étude des pratiques de l’espace public, dans le but de dévoiler les références qui sous-tendent les rapports entre usagers et espace public.

Nous essaierons ainsi dans ce chapitre d’étudier les pratiques sociales qui se mettent en jeu dans les espaces publics en interrogeant à la fois le type de ces espaces, le type de leurs usagers et leurs différents usages.

Dans ce chapitre, nous aurons recours aux études de cas, qui seront choisies seront leurs intérêts spécifiques, voire des exemples porteurs d’enjeux et riches en pratiques sociales.

Des enquêtes auprès des usagers pourront amorcer le travail de cette partie ; ces enquêtes seront complétées par des observations directes.

Ce chapitre a pour objectif de répondre aux deux dernières questions de la problématique.

Le deuxième chapitre traitera alors le rapport entre espace public et politique publique : intitulé « production des espaces publics », il essayera de tracer la logique de constitution et d’évolution des espaces publics à Beyrouth : des notions conceptualisées et construites dans la première partie, je commencerai à « résoudre » ma thèse : Qui sont les acteurs ? Quelles sont les différentes procédures ? Peut-on parler de politiques publiques ou bien on est emprisonné par les politiques privées ? Peut-on parler de gouvernance à Beyrouth ?

Peut-on dire que la notion « d’image de la ville » se place comme le seul référentiel de cette ville en projet ? Et par suite, l’espace public est-il conçu comme un outil pour améliorer cette image et non pas pour lui-même ?

Ainsi, et d’après des études de terrain sur des projets- déjà réalisés ou en cours – d’aménagement d’espaces publics, nous essayerons de répondre à toutes ces questions : des entretiens avec des acteurs impliqués pourront être ici un moyen pour renforcer cette partie, sans oublier certainement les références écrites sur ce sujet, en plus des articles de presses et les entretiens publics qui traitent les politiques publiques ( privées ) d’aménagement d’espaces publics. ( Les rapports annuels de Solidere par exemple).

Des entretiens avec des professionnels et des chercheurs pourront encore renforcer la documentation de cette partie : enfin, il serait intéressant de savoir l’avis des gens envers les différentes politiques proposées ou appliquées et leur rôle. Cette partie nous tracerons les logiques de constitution et d’évolution des espaces publics à Beyrouth, tout en rapportant les principaux éléments de réponse aux deux premières questions posées dans la problématique.

Quant au choix des exemples, nous essayerons de prendre en compte les régions et les spécificités de la ville, à la recherche des plus intéressants.

Ensuite, le troisième chapitre traitera les rapports qui existent entre les politiques publiques et usagers : Peut-on parler d’un projet de ville ? De participation ? De médiation ?

‘« Le projet d’une collectivité, c’est la conjonction d’analyses, de désirs et de savoir-faire collectif qui permet de polariser l’action de chacun autour d’une ambition commune, de résister aux forces centrifuges, de surmonter les contradictions internes d’intérêts, de saisir les opportunités qui se présentent, d’exploiter les marges de manœuvre, de replacer l’action de chacun, improvisée en fonction d’événements aléatoires, dans une perspective à long terme. »64

Ce chapitre traitera ainsi les caractéristiques de cette « ville en projet » dans le but de comprendre les logiques qui relient les usagers à la ville, à son projet, à ses espaces publics : est-ce une logique d’en haut ou d’en bas !

Nous nous intéresserons ainsi aux notions de « partage », de « participation », de « projet urbain », de « projet de ville », de « démocratie », « de projet imposé », pour pousser au profond les questions déjà posées. Plusieurs chercheurs ont critiqué le « projet de ville » de Beyrouth, en affirmant qu’il n’a rien à voir avec ses habitants et avec l’histoire de la ville. Nous pourrons ainsi interroger ces critiques en les confrontant aux arguments des concepteurs du projet pour pousser ce débat d’une manière objective. (le plus possible ) En plus des ouvrages et des entretiens, quelques enquêtes avec les habitants et surtout les « anciens » habitants et usagers de la ville pourront encore animer le débat. Ce chapitre tentera de construire les principaux éléments de réponse pour les questions 3 et 4 évoquées dans la problématique.

Enfin, le quatrième chapitre traitera une étude de cas : la place de l’Etoile. Une place publique située dans le centre-ville de Beyrouth, devenue aujourd’hui un espace public majeur portant à la fois des mémoires de la ville et le symbole de sa modernisation. Ce chapitre traitera ainsi les différents enjeux sociaux, politiques, culturels, symboliques et urbains de cette place, afin d’amener des éléments de réponses aux hypothèses et questions de recherche de cette thèse.

Notes
64.

CALAME P., « projets de ville, projet de vie. Esquisse d’une théorie de l’action collective », actes n°5, octobre 1991.