Les espaces publics urbains regroupent aujourd’hui et d’après mes dernières observations et enquêtes, presque le quart du public beyrouthin. Ces espaces publics urbains forment ainsi le deuxième grand type d’espaces publics à Beyrouth et semble être aujourd’hui en vraie crise. Ce deuxième type regroupe plusieurs sous-types, en particulier les jardins publics, les places publiques et les corniches et marinas.
En effet, ce type d’espaces publics existait bien dans la ville depuis plusieurs siècles : même à l’époque arabe, les jardins publics et les lieux de promenades existaient bien avec les places publiques, selon une hiérarchie et un équilibre se rapportants aux modes d’usages des Beyrouthins durant cette époque. Ce type d’espaces publics fut modernisé et occidentalisé durant les dernières années de l’époque Ottomane, et modifié complètement avec le Mandat Français. Et depuis, et durant les années de l’indépendance, il a connu une vraie dévalorisation, laissant émerger d’autres types d’espaces publics. En effet, aucun grand jardin public ou place publique ne furent aménagés dans la ville à l’exception des bois des pins qui à son tour connut une vraie dévalorisation allant à sa détérioration complète durant la guerre…et en plus la plupart des places publiques furent transformées en des carrefours de voitures excluant ainsi tout usage piétonnier.
Ce type d’espaces publics est toujours pratiqué par les beyrouthins aujourd’hui malgré la crise qui l’a frappé durant les dernières décennies, en particulier durant la guerre civile.
En effet, il est fréquenté par presque le quart des beyrouthins et ceci pour plusieurs raisons :
« C’est l’endroit le moins cher pour s’amuser » : la gratuité de l’espace
« On se sent libre »… « C’est le seul endroit qui nous laisse complètement libre… »
« C’est un espace calme, romantique et reposant »
« C’est un espace de rencontre et de socialisation »
En effet, Beyrouth regroupe aujourd’hui un bon nombre de jardins publics à plusieurs échelles ; ouverts au public, ils sont fréquentés parfois par un large public multi-communautaire et multi-social ; de plus, on assiste aujourd’hui à plusieurs projets d’aménagement de jardins publics, avec des orientations claires d’intégrer toute la population. Ce sous-type n’a pas perdu sa clientèle malgré sa dévalorisation durant la guerre.
Quant aux places publiques, elles varient selon leurs usages, d’une place ouverte et appropriée par un large public, à une place ouverte et appropriée par une seule communauté la plupart du temps. En effet, les places publiques qui existaient depuis tant d’années, se présentaient comme de vrais espaces publics avant la guerre, en ce qu’elles regroupaient en elles une multitude d’usages et d’usagers appartenant à plusieurs références.
Ensuite, les corniches et les marinas, en particulier la corniche de Beyrouth (Manara) et celle de Dbayeh (plus récente) qui offrent à leurs usagers un lieu public de sport, de loisir et de défoulement. Ce sous-type d’espace public semble en effet résumer aujourd’hui et dans la pratique presque tous les espaces publics urbains dans la mesure ù il regroupe plus de public et plus de références.
Enfin, les rues et quartiers périphériques présentent une base importante dans la vie quotidienne des beyrouthins ; désignés plutôt par des espaces communautaires, ils ont été aménagés selon des logiques privées et confessionnelles, loin de toute planification ou politique d’aménagement publique.