Sur le plan politique, alors que Shimon Pérès poursuit ses négociations avec Paris pour la construction d’une centrale nucléaire, une délégation israélienne finalise à Tel-Aviv, un projet d’aide américaine pour la construction d’un réacteur de 10 MW (Avner Cohen, 1998, pp. 50-52) 203 . Le 11 avril 1956, une rencontre a lieu entre une délégation israélienne venue aux États-Unis et des experts américains pour étudier et négocier les modalités de la construction d’un réacteur. Les perspectives israéliennes visent à initier le lancement du programme nucléaire israélien englobé dans les directives de la nouvelle stratégie pacifique d’Eisenhower. La délégation israélienne, suite à une visite des installations nucléaires américaines, obtient une promesse américaine pour la construction d’un réacteur de 10 MW fonctionnant à l’eau lourde et à l’uranium normal (Annexe 5) 204 . Une semaine plus tard, le 19 avril 1956, une réunion a lieu entre la délégation conduite par Ernst D. Bergmann et ses homologues de l'USAEC, United-States Atomic Energy Commission.
Les Israéliens semblent très déterminés à poursuivre leurs recherches pour construire un réacteur de 10 MW, fonctionnant à l’uranium normal. Ils notifient aux Américains qu'ils ont déjà précisé leur demande et ont avancé une liste d’appels d’offre à un certain nombre de sociétés américaines et comptent avoir des réponses sous cinq ou six semaines (Annexe 6) 205 . Trois mois plus tard, le 17 juillet 1956, Bergmann écrit au Président de l’USAEC, Strauss montrant un intérêt particulier d'Israël pour l’achat aux États-Unis, de 10 tonnes d'eau lourde destinées au fonctionnement du réacteur qu'il projette de construire. Cette demande est faite le 14 septembre 1956. Une lettre datée du 4 décembre 1956, fait allusion au désir israélien d’obtenir de l’eau lourde auprès des États-Unis (Annexe 12) 206 . Fin 1956, le 4 décembre, -à peine un mois après la fin du conflit-, l'attaché scientifique israélien à Washington, le Dr. Ephraim Lahav, se réunit avec un membre de la USAEC, au sujet du programme nucléaire israélien. À ce moment-là, Shimon Pérès commence déjà à mettre les touches finales de la construction de Dimona par la société française Saint-Gobain Nouvelles Technologies. C’est ce qui semble expliquer pourquoi M. Lahav notifie aux Américains qu'Israël n’a pas encore pris sa décision quant à la demande d’un réacteur avancé de 10 MW d’uranium normal après plusieurs mois de discussions. Ce retard de décision est dû, explique le document, à un retard dans le choix du site du réacteur. Israël s’intéresse dès à présent à la construction d’un réacteur de type piscine permettant d’entreprendre des recherches nucléaires expérimentales (Annexe 12, §1). Il y a alors une contradiction dans la démarche israélienne : Tel-Aviv, qui décline sa demande de réacteur, se montre par ailleurs intéressé par l’achat de 10 tonnes d'eau lourde. La raison est la suivante : la France ne peut pas fournir une telle quantité. Lorsque la question de l'eau lourde est rosolue, la coopération entre la France et Israël commence à entrer dans la phase de concrétisation. Cette coopération commence suite à la fin de la crise de Suez en novembre 1956.
Avner Cohen, Israel and the Bomb , Colombia University Press, 1998. Voir aussi : John Loftus, Mark Aarons, The Secret War Against the Jews: How Western Espionage Betrayed the Jewish People , New York, St.Martin's Press, 1994, 658 pages ; Stewart Steven, The Spymasters of Israel, New York, Ballantine Books, 1982, 400 pages.
Annexe 5, Memorandum of Conversation, Department of State. 11 avril 1955. Subject : Israeli Atomic Energy Program. Source : United States National Security Archive.
Annexe 6, Memorandum of Conversation, Department of State, Israeli Atomic Energy Program. 19 avril 1956. Subject : Meeting with Dr Bergmann. Source : United-States National Security Archive.
Annexe 12, Memorandum of Conversation, Meeting with Dr Lahav concernant the implementation on Israeli atomic energy program. Source : United-States National Archive.