Les besoins israéliens et français à la fin des années 40 et au début des années 50 ont parfaitement convergé. En phase, l’un par rapport à l’autre, chacun est loin d’avoir les capacités techniques pour fabriquer la bombe. Il n’y a pas non plus, dans les deux pays, ni le consensus interne sur l’importance du programme, ni le désir d’avoir la bombe. En Israël, la plupart des hommes politiques du Mapai (Travailleurs israéliens), s’opposent au projet et au programme nucléaire israélien. Ils voient dans la bombe un suicide, un coup financier exorbitant, et la réminiscence des horreurs infligées aux juifs durant la Seconde Guerre mondiale. En France, le débat tourne autour de la guerre froide. Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel, et pionnier dans le domaine de la recherche en physique nucléaire d’avant la Deuxième Guerre mondiale, est membre du Parti Communiste Français. Il s’oppose à l’adhésion de la France à l’OTAN ainsi qu’à tout lien français avec les armes atomiques. En 1950, Frédéric Joliot-Curie est le premier à signer l’appel de Stockholm, une pétition soutenue par les Soviétiques en faveur d’une interdiction totale de toutes les armes nucléaires. La France est exclue du programme de recherche américano-britannique. Joliot-Curie isole ainsi la France mais il démissionne du Commissariat de l’énergie atomique après la signature de l’appel de Stockholm. Francis Perrin accède à la présidence du CEA (1951-1970), et joue un rôle important dans la démarche israélienne vers l’acquisition de la bombe atomique. Membre du Parti Socialiste, il fuit la France vers le Royaume-Uni en 1940, lors de l’occupation allemande et rencontre Ernst Bergmann. Les deux hommes deviennent liés par une forte amitié. Ils se retrouvent en Israël en 1949 et par la suite, au Centre de recherche nucléaire de Saclay près de Versailles. Ils participent à la construction d’un petit réacteur expérimental à Saclay ; c’est ce qui donne à Bergmann sa première expérience dans ce domaine.