Kennedy, qui arrive avec l'intention d’interdire la prolifération, place la question de la limitation de l’armement nucléaire sur l’agenda présidentiel. Ce dossier s’est situé au centre de la politique étrangère américaine. C’est ce qui lui donne la réputation d’être le Président anti-prolifération par ses conseillers (Avner Cohen, 1998) 384 . Le premier signe dans ce sens est la nomination, en 1961, de Glenn Theodore Seaborg, à la tête de l'AEC. La prolifération nucléaire est désormais le cauchemar du 35ème Président des États-Unis (Glenn T. Seaborg et Benjamin S. Loeb, 1981, pp. 30-37) 385 . L’agenda du Président Kennedy concernant le contrôle d’armes nucléaires englobe aussi sa volonté d’interdire les essais nucléaires. C’est en partie parce qu’il voit cette mesure comme un instrument efficace contre la prolifération. Déjà, lors de la campagne électorale de 1960, le candidat J. F. Kennedy voit que les tests nucléaires ouvrent la voie à d’autres États vers l’acquisition des armes nucléaires. Le seul exemple que Kennedy utilise pour appuyer sa vision est Israël (Glenn Theodor Seaborg et Benjamin S. Loeb, 1981, p. 48). Lorsque Kennedy arrive à la présidence, il place Israël en tête de la liste des problèmes de son administration. L'issue du réacteur nucléaire de Dimona prend une importance particulière. Au-delà d’Israël ou encore du Moyen-Orient, le sujet qui illustre la question majeure du nouveau Président est le suivant : comment les États-Unis peuvent-ils combattre efficacement la prolifération nucléaire dans le monde entier ? Le cas d’Israël prouve à l’administration Kennedy que les États de petite et de moyenne taille, dotés d’un talent scientifique, peuvent secrètement développer la bombe (avec l'aide européenne). Le cas israélien prouve aussi qu’un pays peut poursuivre son programme nucléaire sans que les États-Unis ne détectent sa nature sur une longueur de trois années, voire plus. Si un pays comme Israël est sur le chemin de la bombe, comment les États-Unis peuvent-ils dissuader d'autres États de ne pas suivre la même voie ? Le succès ou l'échec à l’égard du cas israélien, est donc considéré par Kennedy comme fatidique pour la politique américaine vis-à-vis de la non-prolifération et l’avenir de la prolifération nucléaire sur le plan mondial. Israël se révèle l’exemple concret menant Kennedy vers une conviction : la prolifération nucléaire est un problème global qui touche de très près les États-Unis.
Propos recueillis lors des interviews de Avner Cohen avec les conseillers du Président Kennedy tels que : McGeorge Bundy, Myer Mike Feldman, Carl Kaysen, et Robert Komer.
Glenn T. Seaborg et Benjamin S. Loeb, Kennedy, Khrushchev, and the Test Ban , Berkeley, University of California Press, 1981.