Rappelons que la centrale nucléaire israélienne est opérationnelle en 1960 et que l’administration Kennedy essaie, sans succès, de contenir le programme nucléaire israélien. L’assassinat de Kennedy a lieu en novembre 1963. L’administration Johnson ne prend pas le dossier avec autant d’importance que ne le faisait Kennedy. Johnson montre une attitude plus compréhensive envers le site de Dimona. La guerre des Six jours a lieu durant les années Johnson, et dès 1968, la question du nucléaire israélien entre dans une phase de long sommeil sur le plan international, qui durera près de 20 ans. C’est en 1986, qu’un certain Mordechaï Vanunu réveille le monstre de son sommeil. La première visite du site de Dimona a lieu en mai 1961, sous l’administration Kennedy. La deuxième mission d’inspection américaine du site de Dimona est réalisé en mai 1966, sous l’administration Johnson. Ces deux missions statuent que le réacteur nucléaire israélien ne montre aucun signe selon lequel il serait destiné à la production d’armes nucléaires.
« Il n’y a aucune évidence que la centrale est dédiée à la fabrication de la bombe nucléaire » souligne un mémorandum écrit par Joseph F. Carroll, le directeur de la DIA, Defense Intelligence Agency, dans son rapport présenté au Secrétaire de la Défense McNamara, le 4 mai 1966 (Annexe 94) 512 . Un an après cette note et à quelques jours du déclenchement des hostilitésen 1967, le Secrétaire d’État Dean Rusk rapporte qu'« il n’y a pas d’armes nucléaires dans la région. » C’est ce qu’il déclare au Président Johnson ainsi qu’au Secrétaire à la Défense Robert McNamara. C’est lors de la réunion du 24, consacrée à la crise entre Israéliens et Égyptiens, que M. Rusk rapporte aux membres du NSC (National Security Council), ces conclusions au nom du directeur de la CIA Helms, le 24 mai 1967 (Annexe 95, p. 3, §. 4) 513 . La région vit au rythme de la crise et la Maison Blanche tente de voir clair. Richard Helms est formel. C’est ce qu’il donne comme conclusion au Secrétaire d’État Dean Rusk. Mais le directeur de la CIA sait que certains rapports de son agence sont inquiétants. En effet, Helms est au courant que certains ont des soupçons au sujet du programme nucléaire israélien, mais il préfère ne pas soulever ces inquiétudes du Conseil, car ces rapports sont si brûlants que l’on préfère, ni les toucher, ni oser les présenter.
« Je ne pense pas que nous devrions envoyer ça au Président » peut-on lire dans une note de couverture non datée et signée par Harold Hal Saunders, un membre du NSC et chargé des affaires du Moyen-Orient (Annexe 96) 514 . Dans cette note, Harold Hal Saunders commente par écrit un rapport présenté par Bromely Smith, le Secrétaire exécutif du Conseil de sécurité nationale au sujet des armes nucléaires israéliennes. La note a probablement été écrite, selon Avner Cohen (1998, pp. 297-303) 515 , durant l'été. Elle souligne les inquiétudes à propos des armes nucléaires israéliennes. Le rapport joint à cette note est introuvable. Cependant, la teneur et la tonalité de cette note de couverture indiquent l’ambiance environnante et la sensibilité du dossier des armes nucléaires israéliennes. « Je ne crois pas que nous devons envoyer cela au Président. Le Président (Johnson), souligne la note, n’a vu que des rapports écrits par Richard (Dick) Helms ( 516 ) ces six dernières semaines, que ni Gene Rostaw ( 517 ), ni Wally Barbour ( 518 ), n’ont jamais vus, et c’est ce qui pose le problème de la sensibilité de la chose. Mais, nous devons agir de la sorte et même au prix de certains rapports comme celui-ci (…) Toutefois, je ne crois pas que la contribution de ceci aiderait le Président à mieux comprendre, mais au contraire cela provoquerait une confusion concernant les rapports clairs présentés par Helms. » (Annexe 96) 519 . « I dont think we should send this to the President. The President has seen several eyes only reports from Dick Helms on this subject over the past six weeks that neither Gene Rostow nor Wally Barbour has seen. This is one of the problems in trying to keep discussion of this issue sensible, but the subject is so sensitive and so much is at stake that we have ton operate this way even at the cost of some cable like this that aren’t rellay to the point. Anyway, I don’t think this would contribute anything to the President’s understanding and would just confuse the already clear reports from Helms. » Richard Helms ne peut pas ignorer les rapports de ses services d'Intelligence disponibles depuis 1966. Ces rapports indiquent qu'Israël pourrait être seulement à « quelques semaines » d'assembler sa première bombe nucléaire. Ces rapports n’ont pas été bien accueillis par l'administration Johnson. La Maison Blanche retarde de façon inhabituelle sa prise de position. En attendant, le Président demande davantage d'évaluation et de vérification. Lorsqu’il confirme qu’il n’y a pas d’armes nucléaires dans la région, Richard Helms -en tant que directeur de la CIA- ne peut pas ignorer que l’information soit déjà disponible à Washington. Nous citons l’exemple d’un télégramme de 2 pages, daté du 21 février 1967 (Annexe 97) 520 . Ce document, issu du département d'État et envoyé à l'Ambassadeur Wally Barbour, est un télégramme qui fait référence à un autre, issu de l'ambassade américaine à Tel-Aviv (A-478). Il notifie, dans les premières lignes, qu'Israël est proche de la fabrication de la bombe.
« Israël pourrait être beaucoup plus près de la production d'armes nucléaires que nous avions supposé. » Dans ce télégramme, le département d'État se réfère à ces rapports et demande à l'Ambassadeur Barbour de presser Eshkol au sujet de la prochaine visite américaine de Dimona. Il faut rester discret et ce télégramme ne suscite aucune réponse israélienne. Les demandes américaines de visite formulées depuis novembre 1966, restent sans suite.
Annexe 94, Memorandum From the Director of the Defense Intelligence Agency (Carroll) to Secretary of Defense McNamara.FRUS, 1964-1968, Volume XVIII Arab-Israeli Dispute, 1964-67 N. 289. Department of State. Washington, DC. S-984/ST-2 Washington, May 4, 1966. /1/Source : Washington National Records Center, RG 330, OSD Files: FRC 70 A 4443, Israel 463.2. Secret; Limited Distribution; No Foreign Dissem. A copy was sent to the Deputy Secretary of Defense. SUBJECT: Preliminary Report on Visit to Israeli Atomic Energy Sites (S/NFD).
Annexe 95, Memorandum for the Record, Record of National Security Council Meeting, May 24 1967, Discussion of Middle East Crisis. Source : Lyndon B. Johnson Presidential Library.
Voir aussi : Avner Cohen Israel and the Bomb , New York, Columbia University Press, 1998, pp. 273-276.
Annexe 96, Memorendum, from Harold Hal Saunders to Bromely Smith. The White House, Washington, File 113, BKS. Source : Lyndon B. Johnson Presidential Library.
Avner Cohen, Israel and the Bomb , New York, Columbia University Press, 1998.
Richard Dick Helms est directeur de la CIA entre 1966 et 1973.
Eugene Victor Rostow, connu comme Gene Rostow, (1913-2002), sous-secrétaire d’État de l’administration Johnson entre 1966 et 1969.
Wally Barbour, l’ambassadeur américain à Tel-Aviv à cette date.
Ibid. Voir aussi : Avner Cohen Israel and the Bomb , 1998, pp. 297-303.
Annexe 97. Outgoing Telegram, Department of State. From Secretary to Ambassador Barbour Tel-Aviv. 21 février 1967. Source : United States National Archive. Voir aussi : Avner Cohen, Israel and the Bomb , pp. 185-186.