Le Caire prépare l’offensive

En 1967, toutes les données disponibles à Washington vont dans le sens d’une supériorité militaire de l’armée israélienne. Selon le rapport du sous-secrétaire d’État Katzenbach, présenté au Président Johnson le 1er mai 1967, Israël dispose d’une écrasante supériorité militaire et est capable de faire face à tous les scénarios possibles durant les cinq années suivantes (Annexe 127) 552 . Le Caire est alors en position militaire très défavorable pour mener une attaque. Or, Nasser ne cesse de masser ses troupes tout le long du canal de Suez. Le raïs prépare une guerre (Annexe 101) 553 . Les préparatifs égyptiens d’une attaque sont claires. Israël pressent le vent de guerre et se défend en attaquant. L’hypothèse de Dimona est celle qui peut justifier le mieux le déclenchement du conflit. En effet, l’échec de dissuader Nasser pousse le Tsahal à stopper Nasser par une attaque préventive. Cette situation montre que malgré la supériorité militaire, les Israéliens ne sont pas à l’abri d’une action offensive égyptienne qui représente alors une vive menace. Le raïs ferme le Golfe d’Aqaba aux navires israéliens. Le Caire place des unités navales au sud du Golfe d’Aqaba et demande aux casques bleus d’évacuer leur personnel. Nasser augmente le nombre de ses troupes dans la zone du canal les faisant passer de 30000 à 50000. Nasser déclare alors « si Israël veut la guerre, nous lui disons bienvenue » (Annexe 107) 554 . Les deux sites nucléaires israéliens (Dimona et Nachal Sorek) sont alors des cibles de haute priorité dans le plan d’attaque égyptien, explique Avner Cohen (1995) 555 .

Le facteur nucléaire joue un rôle majeur dans le déclenchement du conflit, mais il reste toujours la question suivante : quel est le degré de son importance ? Au Caire, il y a eu par la suite un consensus sur le fait que Nasser a fait un mauvais calcul lourd de conséquences en agissant suite aux avertissements soviétiques et en rejetant les rapports de Washington. En effet, les États-Unis signifient à l’Égypte que les rapports soviétiques ne sont pas fondés. Le paradoxe de Nasser, d’après Richard Parker (1993) 556 , est de laisser ses forces aériennes sans aucune protection alors qu’il se prépare pour la guerre. Cette guerre préventive laisse derrière elle des questions. Parmi ces questions en suspens, celle relative aux rapports d’Intelligence soviétique de l’époque et notamment ceux du milieu de 1967. Pourquoi ces rapports ont-ils fait état d’un préparatif israélien de mener une offensive contre la Syrie ? Avner Cohen (1998) 557 . Il n’y avait pas de troupes israéliennes massées sur le front syrien, écrit Richard Parker (1993) 558 . Pourquoi la Syrie a-t-elle fourni au Caire des faux rapports sur ce point ? Enfin, pourquoi Nasser n’a-t-il pas fait confiance à son ministre de la Défense Mohamed Fawzi, lorsqu’il l’informe de la réalité à propos des frontières israélo-syriennes ?

D’après Isabella Ginor (2003) 559 , il y a eu une volonté délibérée de la part des Soviétiques de déclencher la guerre et intervenir militairement aux côtés de l’Égypte contre Israël. Y a-t-il échec de la dissuasion israélienne ? La réponse est oui. Nasser en situation défavorable militairement, défie la dissuasion israélienne et se précipite vers l’affrontement. D’autre part, vu la supériorité militaire israélienne en 1967, le facteur de menace égyptienne est à écarter. L’Égypte ne cesse de brandir le drapeau de la menace depuis 1963, et ces menaces n’ont pas inquiété Tel-Aviv confiant dans sa supériorité incontestable. Il ne reste que le facteur nucléaire. Sinon pourquoi le raïs, le 17 et le 26 mai 1967, a-t-il opté pour le survol à très basse altitude du site de Dimona ?

Notes
552.

Annexe 127, Memorandum From the Under Secretary of State (Katzenbach) to President Johnson. SUBJECT : The Arab-Israel Arms Race and Status of U.S. Arms Control Efforts. FRUS, 1964-1968, Volume XVIII. Arab-Israeli Dispute, 1964-67. N. 415. Department of State, Washington, DC.. Washington, May 1, 1967. Source : Johnson Library, National Security File, Country File, Israel, Israeli Aid, 5/67. Secret; Exdis. Filed as an attachment to Document 416. No drafting information appears on the memorandum, but another copy indicates that it was drafted by Sterner and cleared in draft by Rochlin, Deputy Assistant Director of ACDA for International Relations Culver Gleysteen, Raymond L. Garthoff of G/PM, Vladimir Toumanoff of SOV, Director of Atomic Energy Affairs in SCI Donovan Q. Zook, Edward A. Padelford of NEA/RA, Director of INR/RNA Granville S. Austin, Bergus, Battle, and Deputy Assistant Secretary in NEA Stuart W. Rockwell. (National Archives and Records Administration, RG 59, Central Files 1967-69, POL 27 ARAB-ISR). An undated memorandum from Battle, forwarding the memorandum for Katzenbach's signature, states that it was prepared at the request of the White House staff.

553.

Annexe 101, Telegram From the Embassy in Israel to the Department of State. N. 2. Tel Aviv, May 15, 1967, 1920Z.Foreign Relations, 1964-1968, Volume XIX, Arab-Israeli Crisis and War, 1967. Released by the Office of the Historian, Documents 1-36. Prewar Crisis, May 15-June 4, 1967. President's Daily Brief. Washington, May 15, 1967.[Source : Johnson Library, National Security File, NSC Histories, Middle East Crisis, Vol. 6, Appendix A. Top Secret ; codeword not declassified. 1 page of source text not declassified. Source : National Archives and Records Administration, RG 59, Central Files 1967-69, POL 32-1 ISR-SYR. Confidential; Immediate. Repeated Priority to Amman and to Baghdad, Damascus, Jidda, Beirut, Kuwait, Dhahran, London, USUN, CINCSTRIKE, CINCMEAFSA, Jerusalem, Aden, and Sanaa. Received at 5:14 p.m. Passed to the White House and USIA at 5:40 p.m.3604. Ref: Cairo 7494. Telegram 7494 from Cairo, May 15, reported that UAR military forces had been placed on alert and that extensive movement of troops and materiel was in process. (Ibid.).

554.

Annexe 107, Telegram From the Department of State to the Embassy in the Soviet Union. N. 38. Foreign Relations, 1964-1968, Volume XIX, Arab-Israeli Crisis and War, 1967. Released by the Office of the Historian, Documents 37-71. Washington, May 23, 1967, 2:45 a.m. Source : National Archives and Records Administration, RG 59, Central Files 1967-69, POL 27 ARAB-ISR. Secret; Immediate; Exdis. Drafted by Toon ; cleared by Stoessel, Leddy, and Davies; and approved by Eugene Rostow. Repeated Immediate to USUN.

555.

Avner Cohen, “And then there was one”, Bulletin of the American Scientists, Vol. 54, No. 5, septembre-octobre 1998.

556.

Richard Parker, The politics of Miscalculation in the Middle East , Indianapolis, Indiana University Press, 1993, 293 pages.

557.

Avner Cohen, Israel and the Bomb , New York, Columbia University Press, 1998.

558.

Ibid.

559.

Isabella Ginor, “How the USSR planned to destroy Israel in 1967”, Middle East Review of International Affairs, Vol. 7, N. 3, septembre 2003.