L’un des secrets les mieux gardés par l’État hébreu commence à être un sujet d’études de l’opinion publique. Un éventuel usage des armes nucléaires lors d’un conflit peut-il avoir lieu ? Telle est l’une des questions posées par Arian Asher (1998) 735 , lors d’une étude de l’opinion publique israélienne consacrée aux armes nucléaires. La discrétion israélienne, explique Asher, peut être interprétée comme une manière pour les Israéliens d’éviter de lancer une course interminable à l’armement. Cette discrétion est une façon d’éviter la prolifération nucléaire dans la région et notamment de la part des voisins arabes. Alors que certains experts pensent que si Israël déclarait son programme nucléaire, il renforcerait sa doctrine de dissuasion. L’État hébreu ne cesse de répéter, depuis des décennies, sa formule selon laquelle il ne sera pas le premier pays à introduire les armes nucléaires dans la région. Mais, les observateurs pensent que les gouvernements israéliens, au lieu d’aller vers la simplicité, ont compliqué la question de leurs armes nucléaires depuis que Ygal Allon, alors ministre des Affaires étrangères (vice-Premier ministre durant la guerre des Six jours en 1967), a fait savoir qu’Israël « n’attendra pas pour être le deuxième à introduire ces armes dans le Moyen-Orient. »
Israël doit-il ou non signer le TNP ? Asher, dans son étude sur l’opinion publique israélienne en 1998, souligne que malgré le fait que la déclaration de M. Y. Allon ouvre la voie à de multiples interprétations, les Israéliens, dans les faits, n’ont toujours pas signé le TNP depuis 1968. Paradoxalement, trente ans après, Arian Asher (1998) montre, dans son étude, que deux tiers (72%) des Israéliens acceptent que l’État hébreu signe le TNP, (dont une moitié 35% montre un très fort soutien). Seulement 28% sont contre la signature du traité (dont 12% très fortement opposés).
Soutien fort | Soutient | Opposition forte | Opposition | Total | |
Doit signer | 35% | 37% | 72% | ||
Ne doit pas signer | 12% | 16% | 28% |
Les experts attribuent entre 200 et 300 têtes nucléaires à l’État hébreu. La population israélienne remarquablement endormie, explique Arian Asher, ne s’est pas préoccupée de cette quantité de bombes. La population israélienne n’a jamais posé la question avant la guerre du Golfe en 1991. C’est un sujet sans issue et absent du débat public. Le nucléaire restait avant 1991, exclusivement un sujet de la classe politique et non pas celle de la population israélienne. L’étude, écrit Asher, montre un intérêt particulier de la part des Israéliens à ce sujet. Il remarque que les personnes interrogées s'intéressent et répondent à toutes les questions. Il y a peu de questions sans réponses car elles ne dépassent pas la moyenne générale qui se situe entre 1 et 3% de la totalité des questions. À la question : quel est le sujet majeur que le gouvernement doit débattre cette année, les armes nucléaires n’ont jamais été en haut de la liste. A. Asher explique que la censure militaire joue un rôle pour que la question nucléaire reste en dehors du débat politique. Pour des raisons de censure militaire et d’incertitude, la question des armes nucléaires est débattue d’abord à l’étranger puis importée en Israël comme des informations de la presse étrangère qui, ironiquement, ajoute Arian Asher, ne sont permises que par cette pratique de censure israélienne.
“Arian Asher, Public Opinion and Nuclear Weapons’’, Strategic Assessment,Volume 1, N. 3, octobre 1998.