Les différentes versions de la théorie des jeux, suggèrent une autre voie pour résoudre l’impasse à laquelle conduit le jeu de la dissuasion. Supposons que, dans un contexte donné, l’un des joueurs désire se protéger contre le risque d’une attaque surprise de son adversaire. La poursuite de cet objectif de prudence n’empêche pas le joueur de garder sa volonté de vaincre, tout au contraire ; pour parvenir à cette fin, le joueur 1 peut, avant le début de jeu, transmettre à son adversaire le message suivant : « si tu m’attaques, alors je procéderais automatiquement à des représailles. » Cela revient à empêcher l’autre de jouer le premier. À supposer que, comme le précise cette annonce, la riposte soit automatique, on peut soutenir, sans paradoxe, que l’exécution de la menace d’un État (joueur A), dépend exclusivement de la décision de recours à la force prise par un autre État ou un challenger (joueur B). Il en résulte que c’est le joueur B, qui commettrait alors une irrationalité en décidant d’attaquer. Pour illustrer concrètement ce type de raisonnement, il suffit d’imaginer que l’acteur A se soit doté d’un dispositif de mise à feu automatique relié à un système de radar de détection. Conformément à la mise en garde solennelle faite par l’acteur A, toute attaque en premier de la part de l’acteur B déclencherait automatiquement la riposte de A. On aura compris que cette annonce est préférée par l’acteur A à des fins purement dissuasives. Un tel choix de dissuasion n’a aucune raison d’apparaître irrationnelle aux yeux de la théorie des jeux, sous réserve que la mise en œuvre de la menace qu’elle contient soit strictement automatique et que celui qui en est la cible le sache.
Cela implique une communication correcte en ce qui concerne les intentions de A de mettre sa menace à exécution. Le problème de cette logique communicationnelle, réside dans le comment l’acteur B interprète, et perçoit cette menace et notamment la différence entre le disponible en information et l’utilisable par l’acteur B. Le tout réside donc dans le facteur de savoir. Ces conditions, il est vrai, ne sont pas toujours faciles à remplir dans la réalité encore moins lors des situations de conflictualité. Partons d’un exemple. Soit deux pays qui disposent chacun d’un potentiel militaire sensiblement équivalent et capable d’infliger à l’autre des dommages conséquents. Ces pays sont des adversaires potentiels. Chacun d’eux (A et ), envisage d’attaquer l’autre, tout en craignant d’être lui-même victime d’une attaque de la part de l’autre. Dans l’exemple suivant, la lettre x réprésente la posture offensive, tandis que la lettre y représentela posture défensive et ce,pour chacun des deux pays. Ce microcosme stratégique se ramène schématiquement aux quatre scénarios suivants : (1) Ax, x : les deux pays s’attaquent mutuellement. (2) Ax, y : le pays 1 attaque unilatéralement le pays 2. (3) x, Ay : le pays 2 attaque unilatéralement le pays 1. (4) y, Ay : aucun des deux pays n’attaque l’autre. Des illustrations du fonctionnement de ce système ultra simplifié des rapports de force peuvent être observées dans des contextes très variés. On songe aux États-Unis et à l’Union soviétique, lorsqu’ils détenaient déjà tous les deux un arsenal nucléaire qui leur permettait de pouvoir s’infliger mutuellement des pertes considérables, sans bénéficier encore des moyens suffisants pour une seconde frappe. Dans d’autres circonstances, le système donne naissance à une série de guerres rapides. Rien que dans le Moyen-Orient, on trouve des illustrations comme les guerres israélo-arabes (pour celle de 1967, les combats durent seulement six jours).