Frapper la Syrie ou restituer le Golan ?

Le 30 septembre 1997, le quotidien israélien Yédiot Ahronot, citant des officiers israéliens, publie un article appelant à la nécessité de lancer une frappe nucléaire préventive contre la Syrie. Cette dernière, selon les sources militaires, aurait préparé une attaque chimique contre Israël. Le quotidien rapporte que les photos satellites analysées par des experts américains, confirment que la Syrie a installé des missiles Scud-B à 25 km de la ville de Homs et que les positions géographiques des missiles permettent d’atteindre n’importe quel point en Israël. Israël, en décembre 1999, et lors des négociations à Washington portant sur le retrait israélien du Golan, renonce à une proposition visant à installer des stations radars de pré-alerte sur le Golan. Selon le mensuel syrien Al-Quarar, la solution de ce problème passe par le déploiement de satellites artificiels et par l’utilisation d’avions espions américains de type U-2 et SR-71 qui viennent combler le temps écoulé entre deux passages satellitaires. La Syrie rejette toutes les formules prévoyant la mise en place de stations de pré-alerte sur le mont Hermon (dans les hauteurs du Golan) et le Premier ministre israélien Ehud Barak accepte ses arguments.

L’avantage stratégique dont dispose Israël face à ses voisins arabes, lui permet de prendre un “risque calculé ” en restituant le plateau du Golan à la Syrie. Selon un rapport publié par le Jafee Center for Strategic Studies de l’Université de Tel-Aviv, le 21 décembre 1999, le rapport de force entre Israël et la Syrie, permet à l’État hébreu de prendre un risque calculé dans les négociations de paix. La situation stratégique très favorable à Israël, lui donne une possibilité de progresser dans le processus de paix, et l’État hébreu devrait garder cet avantage encore plusieurs années, estime le professeur Shai Feldman (1999), lors d’une conférence de presse tenue à Tel-Aviv le 21 décembre 1999. Selon Shai Feldman, en cas de retrait du plateau conquis en juin 1967, et annexé en 1981, Israël aurait besoin d’une aide militaire d’un montant de 10 milliards de dollars pour améliorer ses positions, son armement et ses capacités de riposte rapide après la perte de cette région stratégique. D’après Shai Feldman, il y a plusieurs raisons pour lesquelles Israël dispose d’une supériorité militaire sur Damas et sur d’autres pays au Moyen-Orient. L’État hébreu jouit d’une avance technologique très nette, illustrée par sa capacité à développer des armes sophistiquées telles que des missiles antimissiles Arrow (Flèche) et ceci, en coopération avec les États-Unis. Feldman explique que les adversaires d’Israël souffrent d’une série de handicaps : la Syrie et d’autres pays arabes qui s’équipaient en ex-URSS, n’ont pas trouvé de fournisseurs d’armes de substitution. Ces pays ne disposent pas non plus de fonds nécessaires à l’amélioration de leurs forces. Enfin, pour Feldman, le développement par les pays arabes de moyens non conventionnels chimiques ou nucléaires a été moins rapide que prévu. Selon le Jane’s defence weekly du décembre 1999, Israël veut échanger des armes américaines contre la restitution du Golan aux Syriens. Les sources militaires israéliennes citées par le Jane’s estiment qu’il est de la responsabilité de Washington de faire en sorte qu’à l’issue d’un règlement de paix, Israël soit en mesure de mener deux guerres simultanément, par exemple à la fois contre l’Égypte et contre l’Iran. Ce dernier se sentira “menacé ” si la Syrie signe un accord de paix avec Israël. Le chef d'État-major israélien, le général Moshe Yaalon, estime, le 13 août 2004, qu'Israël pouvait renoncer d'un point de vue militaire au plateau du Golan conquis sur la Syrie, contre un accord de paix. « Du point de vue des nécessités militaires on peut parvenir à un accord avec la Syrie en renonçant au Golan », déclare le général dans une interview au quotidien Yédiot Aharonot. Le général estime que « l'armée pourrait défendre les frontières d'Israël quelles qu'elles soient, en cas de décision de l'autorité politique sur un retrait du Golan. » C'est la première fois qu'un chef d'État-major israélien semble envisager un retrait de tout le Golan, exigé par Damas pour tout accord de paix avec Israël. Le général relativise toutefois ses propos en soulignant qu'il s'agissait là d'une position théorique et qu'un tel retrait ne pourrait s'opérer que dans le cadre d'un accord équilibré avec la Syrie. Un haut responsable israélien affirme que la position du gouvernement israélien était inchangée sur la question ( 788 ). M. Sharon s'est, à de multiples reprises, prononcé contre un retrait de tout le plateau, conquis durant la guerre de juin 1967 et annexé en 1981. Il a averti en janvier 2004 « qu'une négociation avec la Syrie mènera Israël à descendre du plateau du Golan. »

Dans une interview publiée en décembre 2003 par le New York Times, le Président syrien Bachar al-Assad a envisagé une reprise du dialogue avec Israël en vue de récupérer le Golan, en échange de la paix et d'une normalisation des relations entre les deux pays. La Syrie veut reprendre les négociations là où elles avaient été arrêtées en janvier 2000, quand le gouvernement travailliste israélien de l'époque envisageait un retrait de la quasi-totalité du Golan, hormis une étroite bande de terre le long de la rive orientale du lac de Tibériade, le principal réservoir d'eau douce d'Israël. Selon le Jane’s citant des sources israéliennes, un accord entre Damas et Tel-Aviv suppose que la Syrie obtienne l’accès aux dernières technologies d'armement occidentales, ce qui amènera l’Iran à se sentir menacé et à accélérer ses programmes stratégiques nucléaires et de missiles balistiques ( 789 ). Un sondage porté sur un échantillon représentatif de 500 personnes israéliennes et comportant une marge d’erreur de 4,5%, montre que les Israéliens s’attendent à un accord de paix avec la Syrie. Selon ce sondage effectué en décembre (1999) 790 , près de trois israéliens sur quatre (70% contre 27%) pensent que la négociation avec la Syrie va aboutir à un accord de paix. Paradoxalement, beaucoup d’Israéliens sont opposés à la restitution intégrale du plateau du Golan (57% sont contre).

Notes
788.

AFP, 13 août 2004, Israël-Syrie-Golan-armée.

789.

AFP, GB-USA-Israël, 16 décembre 1999.

790.

Sondage diffusé par la radio publique israélienne le 17 décembre 1999.