En juillet 2002, des voix en Israël se sont levées en vue de mener une attaque préventive contre les installations nucléaires en cours sur le sol iranien à l’instar de celles menées contre les installations irakiennes en 1981. le Premier ministre israélien Ariel Sharon considère l’Iran comme une grande menace pour Israël et la question d’attaquer l’Iran est une option (Martin Van Creveld, 2004) 835 . Gerald Steinberg dans une interview publiée dans le numéro d’août 2002, par le New-Analyts Journal souligne que les États-Unis avaient envisagé une attaque préventive contre les installations nucléaires sur la côte iranienne mais avaient estimé que cela était prématuré et que le dossier de l’Irak était plus urgent. Lors de sa première visite en Europe, le 4 février 2005, la Secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice, déclare à Londres, qu’ « une attaque contre l'Iran “n'est pas à l'ordre du jour en ce moment » et les États-Unis privilégient la diplomatie pour amener l'Iran à respecter ses obligations nucléaires » ( 836 ). D’après Gerald Steinberg, une attaque contre l’Iran ( 837 ), représente une corvée et un problème difficile à exécuter car elle demande une logistique complexe. C’est cette complexité de mener une telle sorte d’attaque préventive, qui aurait dissuadé à la fois les Israéliens et les Américains. La tendance à la rationalité aurait porté et Washington a par la suite opté pour la voie diplomatique et c’est envers Moscou qu’ils se sont tout de suite retournés. Les États-Unis auraient mis en avant une menace de leur sécurité nationale pour mener ces attaques, mais, pour le New-Analysts, une telle attaque allait rendre trop compliquée la mise en place des attaques contre Bagdad. En Israël les conseillers militaires suivent la politique de wait and see. C’est ce que pense Ephraim Kam, un spécialiste de la sécurité qui suit de près le dossier du nucléaire iranien. Selon M. Kam, l’Iran n’a pas encore atteint le niveau du non retour et il est encore temps de stopper les efforts russes visant à reconstruire les réacteurs nucléaires iraniens. Du côté de Washington, les pressions sur Moscou montent d’un cran en vue d’arrêter la coopération entre Moscou et Téhéran dans le domaine nucléaire. (Le programme prévoit, avant 2012, la construction de deux réacteurs supplémentaires pour la centrale de Bouchehr dans le sud de l’Iran et d’une nouvelle centrale avec deux réacteurs à Ahwaz dans l’ouest du pays) ( 838 ).
Au début du mois d’août 2002, et lors des entretiens entre responsables Russes et Américains, les États-Unis appellent la Russie à mettre fin à sa coopération nucléaire avec l’Iran, y compris l’assistance pour la reconstruction de la centrale de Bouchehr. C’est ce que révèle la visite du Secrétaire américain à l’Énergie Spencer Abraham qui rencontre son homologue le ministre russe de l’Énergie atomique Alexander Romyantsev. Lors de la conférence de presse commune, le Secrétaire américain à l’Energie accuse l’Iran de “chercher avec agressivité ” à se procurer des armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive ainsi que des missiles de longue portée. Deux jours après sa rencontre avec son homologue américain, le ministre russe de l’Energie atomique Alexander Romyantsev, déclare que la poursuite et la réalisation du projet de coopération nucléaire entre la Russie et l’Iran dépendait notamment de “facteurs politiques ” ( 839 ). « En ce qui concerne les perspectives de coopération avec l’Iran dans le domaine du nucléaire civil, ce projet de programme à long terme (…) n’évoque que les possibilités techniques existantes. Leur réalisation dépend de nombreux facteurs dont des facteurs politiques » lit-on dans le communiqué de presse du ministère. Cela ressemblait à une concession, écrit le jour-même Louri Korgouniouk, analyste de la fondation de recherche politique INDEM. Cela donne l’impression que les Américains ont dû offrir aux Russes une compensation économique juteuse contre cette déclaration, poursuit M. Korgouniouk. Selon lui, si les détails ne sont pas criés sur les toits, les deux parties pourront dire qu’il s’agit d’une décision politique. Mais il faudrait que la compensation soit très lucrative. Il n’y a presque aucune force politique ou militaire en Russie qui soutiendrait une décision de mettre fin à la coopération nucléaire avec l’Iran, estime M. Korgouniouk dans ses propos. Dès l’annonce de cette déclaration l’Iran n’a pas tardé à exprimer sa surprise. Les dirigeants de Téhéran attribuent cette décision russe à des pressions américaines sur Moscou. Vu de Moscou, la Russie n'a jamais exporté de systèmes d'armement offensif vers l'Iran et n'a pas l'intention de le faire, affirme devant des journalistes russes à Washington le ministre russe de la Défense Sergei Ivanov. « Nous avons seulement examiné les demandes de l'Iran d'armes défensives, comme des systèmes antichars, de défense aérienne. De tels types d'armement ne peuvent pas déstabiliser » assure M. Ivanov, cité par l'agence Interfax. « L'Iran n'a jamais réclamé de missiles à courte portée ou quoi que ce soit qui aurait pu déstabiliser la région » a t-il encore assuré. À Téhéran, le Président Mohammad Khatami hausse le ton fin août 2002, vis-à-vis des États-Unis, en adressant une ferme mise en garde envers Washington contre une action militaire en Iran. « Je conseille aux dirigeants américains d'éviter toute attaque militaire contre l'Iran, car cela nuirait non seulement aux intérêts américains, mais aussi à la région et à toute la planète », avertit le Président Khatami dans une conférence de presse. « Toute insécurité en Iran suscitera une insécurité de grande ampleur dans la région », affichant ainsi les craintes exprimées quotidiennement dans les milieux officiels iraniens au sujet d'une éventuelle intervention américaine en Iran. Bien que présentée de plus en plus comme improbable à court ou moyen terme, une éventuelle action militaire américaine contre l'Iran devenait une véritable obsession dans les milieux politiques. À maintes reprises et durant plusieurs semaines, les responsables politiques, réformateurs comme conservateurs, mais aussi militaires, évoquent cette éventualité.
Martin van Creveld, “Is Israel planning to attack Iran ?” International Herald Tribune, 20 août 2004.
USA-GB-Rice-Europe-Iran 2ELEAD Rice: une attaque de l'Iran n'est “pas à l'ordre du jour” 0461 GBR /AFP-DE50. LONDRES, 4 fév 2005, (AFP)
Selon le Rapport d ’information sur la prolifération des armes des destruction massive et de leurs vecteurs. Assemblée nationale, 2000, 523 p. document n° 2788. “L'Iran possède la technologie de base pour construire une bombe mais n'a pas les moyens de disposer rapidement d'uranium ou de plutonium militaire, à moins de s'en procurer auprès d'un autre pays. Il s'efforce d'acquérir toutes les technologies en rapport avec le nucléaire, y compris des réacteurs de recherche et de puissance qui pourraient soutenir indirectement son programme d'armements nucléaires ou être réorientés au profit de celui-ci, ainsi que pour former ses propres experts ; - les inquiétudes iraniennes sur l'éventualité de frappes préventives par Israël ou par les États-Unis le conduisent à adopter un profil bas et une politique très prudente de développement de son programme nucléaire ; - par conséquent, selon certains experts, l'Iran pourrait disposer d'un engin nucléaire d'ici cinq à sept ans en utilisant ses propres matières fissiles enrichies et il lui faudrait six à neuf ans pour acquérir la capacité de mettre au point une arme nucléaire adaptable à un missile de longue portée. D'autre sources, qui paraissent plus fiables, estiment que l'Iran aurait besoin d'au moins dix ans pour parvenir au stade de production d'armes nucléaires, à la condition qu'il puisse se procurer équipements et biens à l'étranger.”
L'Iran avait commandé en janvier 1994 à Moscou la construction de la centrale nucléaire de Bouchehr après que la société allemande Siemens eut retiré son projet sous la pression des États-Unis. Les experts et les techniciens russes, début de septembre 2002, avaient commencé l'assemblage d'équipements lourds destinés au premier réacteur de la centrale nucléaire de Bouchehr dans l'ouest du pays. Cette information avait été annoncée par le chef de la société russe Atomstroïexport, Viktor Kozlov. “Tout le matériel envisagé dans le contrat (avec l'Iran) est arrivé par la mer dans le port iranien (de Bouchehr) sur le Golfe”, avait dit Viktor Kozlov, cité par l'agence Itar-Tass. Un mois auparavant, le ministre russe de l'Energie atomique Alexandre Roumiantsev avait déclaré que la centrale serait opérationnelle en juin 2004, et que l'approvisionnement en combustible nucléaire du premier réacteur aurait lieu en décembre 2003. Selon M. Kozlov, dont l'entreprise contrôlée par l'État russe est chargée du contrat de 800 millions de dollars (815 millions d'euros), 600 techniciens russes se trouvaient alors déjà à Bouchehr. Leur nombre devait atteindre 2.000 à la fin de l’année 2002. “Ils étaient logés avec leurs familles et vivaient dans un village spécial, qui avait été installé pour eux à proximité du chantier”.
Moscou n'avait pas encore reçu l'accord de Téhéran sur un renvoi en Russie du combustible nucléaire usagé provenant d'une centrale que les Russes construisent dans ce pays et qui apaiserait une partie des craintes américaines, avait indiqué le 19 septembre 2002, le ministère russe de l'Energie atomique. Le ministre russe de l'Energie atomique Alexandre Roumiantsev avait fait état d'un accord en ce sens il y a un mois, mais un responsable du ministère a indiqué à l'agence russe Interfax que l'Iran n'a pas encore signé un tel accord. Une nouvelle clause concernant l'accord Russie-Iran sur la centrale de Bouchehr “a été soumise à l'Iran”, avait déclaré ce responsable qui n'est pas identifié. “Dès que l'Iran aura pris sa décision concernant le retour du combustible usagé, cette clause sera ajoutée à l'accord”, avait expliqué ce responsable. Il a affirmé que le ministère n'avait pas changé de position et continuerait à faire pression pour obtenir un tel accord. “La position du ministère n'a pas changé. Nous ne fournirons pas de combustible nucléaire à la centrale tant qu'il n'y aura pas d'accord signé sur son retour”, avait-il déclaré. Le combustible usagé devrait être stocké dans un bassin de refroidissement pendant trois ans avant d'être transporté en Russie. Le combustible usagé peut notamment servir à fabriquer “une bombe sale”. La centrale de Bouchehr, qui doit rapporter 800 millions de dollars aux Russes, doit être opérationnelle en juin 2004. Les États-Unis ont demandé, en vain, aux Russes de cesser leur coopération dans ce domaine, invoquant des risques de prolifération nucléaire.