2.1. Objectif et subjectif : les deux visages de la qualité de vie

Malgré les difficultés connues et préalablement évoquées dans la recherche d’une définition de la qualité de vie universellement acceptée, certains fondements sont unanimement admis. Un consensus existe autour de la structure générale du concept. Il est entendu que la qualité de vie est déterminée par deux sphères fondamentales de composantes et de processus. R. J. ROGERSON 22 du département de Géographie de l’Université de Glasgow distingue ainsi deux types de mécanisme sous-tendant la qualité de vie. Certains processus s’apparentent à des mécanismes psychologiques et sociologiques internes propres à chaque individu et à chaque groupe de la société produisant la sensation de satisfaction et de gratification. À cela se greffent des conditions externes d’existence « lesquelles agissent comme un levier des mécanismes internes ». Le but est alors d’identifier les approches majeures qui déterminent et définissent la qualité de vie. L’auteur en suggérer trois.

  • La première approche axe l’analyse sur l’évaluation des caractéristiques de la vie agréable. Les conditions nécessaires à une existence de qualité sont ainsi identifiées en fonction d’idéaux normatifs. Cette approche est liée à des recherches d’indicateurs sociaux ou environnementaux et se limite à la sphère matérielle de la vie.
  • La deuxième approche se base sur les systèmes de valeur des individus ou des groupes d’individus afin d’identifier les processus – et seulement les processus - de satisfaction et de préférence. Cette approche reste relative aux notions de désir, d’aspiration, d’utilité, de choix.
  • La troisième approche proposée se définit en termes d’expériences personnelles et s’apparente à la notion de bien-être subjectif. La démarche est alors d’identifier des niveaux de satisfaction et de bonheur.

R. J. ROGERSON 23 cite ces trois approches comme étant la base des différentes définitions de la qualité de vie et pense qu’elles ont concouru à enrichir les pensées politiques et philosophiques. E. DIENER et E. SUH 24 partagent cette idée et prétendent que malgré les ruptures conceptuelles et méthodologiques entre les indicateurs sociaux et le bien-être subjectif, les approches scientifiques du bien-être nécessitent la prise en considération d’une approche globale par l’appropriation des potentialités de chaque perspective. Ces trois approches permettent d’identifier les différentes conceptualisations de la qualité de vie et de les positionner les unes par rapport aux autres. Cette démarche permet dans un premier temps de faire la distinction suggérée par A. SEN 25 entre « les choses » et « les gens ». Cela permet de distinguer les conditions externes qui relèvent de la vie matérielle, des conditions internes qui s’apparentent aux éléments de la vie personnelle des individus. Dans le contexte d’études géographiques, la sphère de la vie matérielle correspond à un espace géographique dans lequel les gens vivent. L’analyse porte ainsi sur les conditions de vie d’espaces spécifiques comme ceux d’un voisinage, d’une communauté ou d’une ville. Ces éléments de positionnement de la qualité de vie peuvent être comparés aux « conditions nécessaires » évoquées par S. McCALL 26 et définies comme externes à l’individu mais déclencheur et stimulant pour la satisfaction de la vie. La sphère de la vie personnelle permet quant à elle une évaluation subjective de la vie mesurée à la fois en termes de satisfaction, de plaisir, de bonheur mais également à travers la connaissance des systèmes de valeur permettant d’identifier les préférences, les priorités et les aspirations des habitants. Comme le montre la figure I.2., l’identification des différentes sphères de la qualité de vie permet une clarification des corpus de définitions et des domaines d’intervention.

Figure I.2. Les champs conceptuels de la qualité de vie
Figure I.2. Les champs conceptuels de la qualité de vie Cette figure se base sur les travaux du géographe R. J. ROGERSON. Issues de l’article « Quality of life and the global city » publié en 1998 par l’Université de Singapore lors de la première conférence internationale sur la qualité de vie dans les villes, ces réflexions ont permis de tendre vers une vision globale des champs d’investigation de la qualité de vie.

© BARBARINO-SAULNIER Natalia, 2004.

L’approche objective prend en considération les conditions matérielles offertes aux individus. La qualité de vie est ici abordée à travers les qualités objectivables des conditions de vie. Il s’agit d’étudier les potentialités des cadres de vie, les caractéristiques environnementales des milieux ou plus généralement les qualités concrètes de l’existence des habitants. La qualité de vie peut également être appréhendée par une approche subjective. En investissant la sphère de la vie personnelle, il devient possible de saisir les représentations des habitants à travers les goûts, les aspirations, les préférences des individus. Parallèlement à cette connaissance des systèmes de valeurs, la qualité de vie peut être vue comme liée à la satisfaction, au bien-être ou au bonheur des individus. Elle est dans ce cas assimilée à des recherches subjectives directement liées aux représentations personnelles et à la qualité des relations affectives et cognitives des individus. Le bien-être dépend des images et des représentations d’un état ou d’une situation existante. Basé sur un ensemble complexe d’évaluation, le bien-être correspond à l’interprétation subjective du monde qui repose sur l’attribution de qualité et de valeur allouée la relation établie entre l’homme et son environnement spatial et social.

Les différents champs conceptuels de la qualité de vie ayant été brièvement identifiés, il convient à présent de structurer autour de ces orientations des systèmes de mesure spécifique. La même diversité règne dans les définitions de la qualité de vie que dans ces modes d’évaluation, il s’impose d’identifier clairement les recherches possibles.

Notes
22.

ROGERSON R.J., 1998, « Quality of life and the global city ». International Conference on Quality Of Life in Cities – ICQOLC’98 – Volume 1, School of Building and Real Estate National University of Singapore, pages 109-124.

23.

ROGERSON R.J., 1998, « Quality of life and the global city ». International Conference on Quality Of Life in Cities – ICQOLC’98 – Volume 1, School of Building and Real Estate National University of Singapore, pages 109-124.

24.

DIENER E. et SUH E.,1997, Measuring quality of life : economic, social and subjective indicators. Social Indicators Reseach, pp 189-216.

25.

SEN A., 1982, Choice, welfare and measurement, cité par ROGERSON R.J., 1998, « Quality of life and the global city ». International Conference on Quality Of Life in Cities – ICQOLC’98 – Volume 1, School of Building and Real Estate National University of Singapore, pages 109-124.

26.

Mc CALL S., 1975, Quality of life. Social Indicators Research, pp 229-248.

27.

Cette figure se base sur les travaux du géographe R. J. ROGERSON. Issues de l’article « Quality of life and the global city » publié en 1998 par l’Université de Singapore lors de la première conférence internationale sur la qualité de vie dans les villes, ces réflexions ont permis de tendre vers une vision globale des champs d’investigation de la qualité de vie.