1.1. Une méthode d’appréciation innovante mais encore imparfaite

Le système de référence spatiale basé sur la source cadastrale a été tout d’abord valorisé par la détermination du caractère habité ou non habité de chacun des bâtiments. Cette discrimination du bâti a été réalisée à partir du croisement de différentes sources telles que les données du Recensement de la Population de 1999 à l’îlot, les zonages du Plan d’Occupation des Sols, la localisation des grands équipements et infrastructures (bâtiments administratifs, hôpitaux ou établissements scolaires,…), les lieux de rupture urbaine (cimetières, parking,…) ou les données du fichier SIRENE afin de localiser les grandes entreprises lyonnaises. Cette estimation a donné lieu à une vérification à « dire d’expert » puis elle été contrôlée grâce à des tests par échantillonnage et des confrontations d’adresses avec le fichier des abonnés au téléphone. L’information cadastrale mise à notre disposition a ensuite été valorisée par une estimation de la volumétrie de chacun des bâtiments de la ville de Lyon. L’estimation de la volumétrie a été obtenue par croisement de mesures d’altitude de faîtages et d’altitude au sol après interpolation de ces dernières.

L’intégration de ces deux informations au système de référence est capitale : chaque bâti est renseigné par sa volumétrie et son mode d’occupation (habité ou non habité). Cette valorisation de l’information permet alors d’intégrer des connaissances sociodémographiques essentielles pour l’analyse de la structure sociale de l’espace urbain. Il devient alors possible d’affiner les résultats du recensement de la population de l’INSEE (RP-99) disponible à l’échelle de l’îlot. Pour le dénombrement de la population par exemple, nous avons utilisé le chiffre de population sans double compte de l’îlot. Nous avons ensuite attribué une valeur estimée de la population à chaque bâtiment habité de l’îlot en fonction de sa volumétrie. La prise en compte de la volumétrie et du caractère habité ou non des bâtiments permet par conséquent d’affiner la connaissance de la structure sociale, d’éclairer notre compréhension du territoire et de disposer d’une somme considérable d’informations contextuelles.

Les valeurs obtenues au bâti ne sont cependant que des estimations. Au recensement de 1999, la ville de Lyon compte une population totale de 445 452 habitants 176 . L’estimation de la population au bâti ne restitue qu’une population de 401 060 habitants. Le passage de l’îlot à l’échelle du bâtiment s’accompagne donc d’une perte d’environ 10% de la population totale. Cette méthode permettant d’affecter à chacun des bâtiments une valeur estimée issue de l’îlot auquel il appartient occasionne donc une altération non négligeable de l’information de base. Cette méthode permet donc l’élaboration d’un procédé innovant mais qui demeure encore imparfait. La marge d’erreur observée bien que significative ne peut suffire à remettre en cause l’ensemble du processus d’affectation des données du recensement. Cette perte d’information ne demeure pas sans explication. Elle reste au contraire liée à des épiphénomènes que nous sommes capables d’expliquer.

Globalement, la source d’erreur tient à un manque de précision dans le renseignement du caractère habité ou non habité des bâtiments. Les sources utilisées pour mener à bien cette discrimination, bien que variée, n’ont visiblement pas été sans écueil. Au total, 4 167 bâtiments ont été identifiés par nos soins comme non habités alors qu’ils appartiennent au regard du recensement de la population à des îlots habités. Il s’agit par conséquent de 41 360 individus qui n’ont ainsi pu être affectés à un bâtiment. Cette déviance explique à elle seule 93% de la perte de population. La source d’erreur la plus significative concerne le zonage des parcelles à vocation économique (zone UI de l’ancien Plan d’Occupation des Sols de 2001 annulé mais servant de base à l’élaboration du futur Plan Local d’Urbanisme devant être voté en 2005). En effet, 1 508 bâtiments situés sur ce zonage sont identifiés à vocation économique et industrielle et ont par conséquent été considérés comme non habités alors que certains d’entre eux sont habités au regard du recensement. Dans le même ordre d’idée, mais dans des proportions moindres, 837 établissements scolaires, 351 hôpitaux et cliniques, 287 bâtiments considérés par le fichier SIRENE comme des entreprises hébergeant plus 100 emplois, 209 équipements sportifs, plusieurs centaines de bâtiments situés sur des emprises ferroviaires ou des zonages liés aux activités fluviales de marchandises mais aussi quelques lieux de cultes, des bâtiments situés dans l’enceinte de cimentières ainsi que des bâtiments dont l’emprise est liée à l’activité hôtelière cristallisent cet écart entre la fonction des bâtiments et leur caractère habitable.

Cette erreur d’interprétation du caractère habitable des bâtiments reste le véritable point noir de cette méthode d’estimation de la population. Sans cette distorsion, la marge d’erreur inhérente au procédé d’attribution des variables en fonction de la volumétrie des entités bâtitées n’est alors que de 0,7% (ce qui représente une perte de 3032 habitants). Un examen plus fin de l’armature urbaine, basé par exemple sur des enquêtes terrain, aurait sans doute permis de réduire la faiblesse et l’imprécision de notre méthode.

Malgré ces lacunes, les résultats nous ont parus suffisamment probants pour nous permettre de nous lancer dans une phase d’expérimentation méthodologique sur les possibilités offertes par cette nouvelle approche. Cette cinquième partie conclusive a pour ambition de livrer les avancements et les expérimentations possibles. Il s’agit de présenter des orientations de développement, d’en discuter les atouts et les limites tout en proposant des voies d’amélioration et de perfectionnement. Notre démarche s’inscrit davantage dans l’illustration et la proposition que dans la production de résultats aboutis. C’est pourquoi nous n’avons pas investi davantage les processus d’attribution fonctionnelle des bâtiments. Nous nous sommes contentés de la qualité des estimations obtenues, sans en omettre les limites, afin d’orienter prioritairement nos travaux sur les applications directes et la portée des résultats. Il s’agit donc de reconsidérer les qualités et les faiblesses des cadres de vie à travers la dimension sociale du territoire lyonnais et de présenter de manière globale les disparités sociales de la qualité de vie quotidienne.

Pour mener à bien l’analyse des inégalités sociales de la qualité de vie, nous avons repris l’ensemble des analyses spatiales élaborées en seconde phase du diagnostic permettant de caractériser le territoire lyonnais en fonction des différents thèmes abordés. Il s’agit de reprendre la charte graphique de chacun des critères d’étude qui prévoit une répartition en cinq classes hiérarchisant les unités de voisinage en fonction de leurs qualités et de mesurer le nombre d’habitants concernés. À la répartition initiale du territoire en fonction de la qualité des cadres de vie s’ajoute la répartition sociale de la population qui occupe ce territoire. À l’exception de la sécurité 177 , nous avons repensé l’ensemble des thèmes abordés en fonction de la dimension démographique du territoire. Nous avons ainsi été en mesure d’estimer le nombre d’habitants bénéficiant d’un cadre de vie préservé ou au contraire dégradé au regard des différents éléments étudiés.

Cette démarche permet par conséquent un premier constat : les lyonnais ne sont pas tous égaux face à la qualité de vie quotidienne. Au-delà de cette inégalité sociale, cette approche permet d’identifier les atouts et les points noirs de la qualité de vie de la ville de Lyon. Le poids démographique de ces inégalités permet d’opérer une première « hiérarchisation » des critères de qualité de vie : un certain nombre de critères ont ainsi des conséquences humaines préjudiciables, certains opèrent une véritable « fracture » de la qualité de vie alors que d’autres satisfont au contraire le plus grand nombre. L’ordonnancement établi en fonction de l’incidence démographique des critères d’étude permet finalement de passer de l’analyse des disparités spatiales à l’estimation des disparités sociales de la qualité de vie quotidienne.

Notes
176.

Source : Population sans double compte, Recensement de la Population, Exploitation principale, INSEE, 1999.

177.

Le thème de la sécurité a volontairement été évincé de cette approche des inégalités sociales de la qualité de vie dans la mesure où les données issues des services de la Police Municipale restent partielles.