Tout au long de leur évolution, les banques ont su développer un savoir-faire très « pointu » en matière d’information, de liquidité et de monitoring. Cependant, l’expérience montre que leur aptitude à gérer exhaustivement les risques induits par leur activité doit être nuancée, à bien des égards. En premier lieu, cette gestion n’est au fond qu’une prise de paris sur l’avenir. Or, on sait, d’une part, que l’incertitude qui caractérise les états du monde ex post, ne saurait être levée de façon absolue ex ante et, d’autre part, que l’activité bancaire est pro-cyclique et reste donc fortement tributaire de la conjoncture économique. En second, lieu et comme nous l’avons vu précédemment, les banques montrent une certaine tendance à sous-estimer les risques qu’elles prennent (myopie au désastre). En troisième lieu, les risques encourus individuellement par les banques s’agrègent et donnent naissance à des phénomènes macroéconomiques qui dépassent de loin la capacité commune des banques à y répondre (crise systémique 202 ).
On trouve dans la littérature bancaire des contributions qui se sont attachées à mettre en relief les fondements microéconomiques de ces phénomènes macroéconomiques. Dans ce cadre, Diamond et Dybvig (1983) et Diamond et Rajan (2000, 2001) montrent que la transformation qualitative d’actifs (QAT) qui représente le cœur de l’intermédiation bancaire, ne peut être assurée sans induire d’importants risques intrinsèques. Ces derniers tiennent au fait que les caractéristiques des créances et des engagements bancaires sont fatalement incompatibles. On en déduit que les banques portent en elles les facteurs potentiels de leur propre défaillance. C’est pourquoi, les auteurs préconisent une intervention externe publique pour encadrer la prise de risques par les banques.
Toutefois, une question se pose : Comment expliquer cet excès de prise de risques, alors que, paradoxalement, les banques sont supposées exceller dans leur gestion ? L’existence d’une corrélation positive entre les revenus espérés et le degré de risque encouru semble être à l’origine de cette situation. Celle-ci est d’autant plus courante que les banques exercent dans un environnement fortement concurrentiel et sont astreintes à des obligations de rentabilité.
Dans un environnement en perpétuelle mutation, le nombre et la nature des risques auxquels une banque est confrontée ne sauraient être constants. Au vu de la littérature bancaire, mais à titre non exhaustif, nous choisissons de nous focaliser sur les trois principaux risques encourus par une banque lors de l’exercice de son activité courante. Il s’agit des risques d’illiquidité (2.2.1), de crédit (2.2.2) et de marché (2.2.3) 203 . Nous montrons dans ce qui suit en quoi le management interne de ces risques par les banques apparaît insuffisant, et nécessite l’encadrement des autorités de réglementation et de supervision. Cela nous permettra alors de revenir sur l’actuelle réforme Bâle II (2.2.4).
Dans ce cadre, Hawtrey notait en 1935 (pp. 321-322) : « Quand, dans les angoisses d’une crise, toutes les banques ont à faire à une disette aiguë de monnaie, c’est à l’Etat que revient nécessairement la responsabilité de prendre les mesures destinées à la soulager. Même si la crise est due à la faute des banques elles-mêmes, le remède n’est pas en leur pouvoir. Il faut de toute urgence se procurer des moyens de paiement et seul l’Etat peut les fournir (à travers la BC) ».
Nous nous focalisons sur ces trois risques car ils représentent à nos yeux les principales sources de vulnérabilité bancaire. Cela étant, d’autres risques sont récemment devenus aussi importants. C’est le cas du risque opérationnel qui recouvre toute perte résultant d’une inadéquation ou d’une défaillance attribuable aux procédures, au facteur humain et aux systèmes internes ou à des causes externes. Nous reviendrons sur ce risque lors de l’analyse de la réforme « Bâle II » à la fin de cette sous-section (paragraphe 2.2.4).