Le risque d’illiquidité se manifeste lorsque la banque n’arrive plus à honorer ses engagements immédiats par le biais de ses avoirs. La gestion préventive de ce risque fait appel à la loi des grands nombres et au principe de mutualisation. Théoriquement, une fraction limitée d’actifs liquides comparativement au total du bilan suffirait à répondre aux retraits des déposants. En termes techniques, cela revient à déterminer un stock optimal de trésorerie bancaire. Celui-ci se traduit par un arbitrage entre avantages et inconvénients de la détention de liquidités. Un stock de trésorerie non rémunéré permet de contrecarrer les retraits inopinés, mais a un coût d’opportunité pour la banque (Lobez, 1997, p. 173).
Plusieurs auteurs tels que, Orr et Melon (1961), Poole (1968), Baltensperger (1980) et Tobin (1982) ont élaboré des modèles visant à déterminer ce stock optimal de trésorerie. Leurs résultats montrent que celui-ci doit permettre l’égalisation du coût marginal et du rendement marginal. Toutes choses égales par ailleurs, l’avantage qu’autorise la détention d’une unité monétaire supplémentaire doit être neutralisé par le coût d’opportunité qu’elle induit. Toutefois, l’action de variables exogènes difficilement quantifiables comme les anticipations et la confiance des déposants ainsi que le comportement des autres banques, conduit à douter de la possibilité de déterminer, ex ante, un tel stock 204 .
Il convient néanmoins de signaler que l’avènement des NTIC a permis aux banques de mieux connaître les habitudes consommatrices des déposants et de prévoir leurs besoins financiers courants 205 . Dès lors, l’extraction d’informations de la gestion des moyens de paiement permet de se rapprocher du stock optimal de trésorerie. Mais en définitive, ce stock reste fondé sur de simples prévisions qui peuvent vite s’avérer en décalage avec les retraits effectifs.
La réalité du terrain montre que la gestion du risque d’illiquidité passe forcément par la détermination de ce qu’on nomme « l’impasse en liquidité ». Celle-ci recoupe quotidiennement les encaissements et décaissements d’une banque via son compte auprès de la BC. La tâche consiste alors à anticiper les mouvements de fonds et agir en conséquence. A une impasse positive, la banque répondra en essayant de tirer le meilleur rendement de ses excédents. Lors d’une impasse négative, elle tentera de se financer aux meilleures conditions du marché.
Compte tenu du dynamisme de l’innovation dans le domaine bancaire, il n’existe pas de méthode standard pour pallier l’insuffisance potentielle des réserves liquides. En effet, les banques peuvent avoir recours à plusieurs techniques simultanément. L’adossement, par exemple, leur permet de synchroniser les entrées et les sorties de fonds 206 . Le maintien d’une proportion de valeurs sûres et rapidement mobilisables (tels que les Bons du Trésor) au sein du portefeuille bancaire, représente aussi un volant de sécurité. Le recours à la titrisation des crédits permet également de réduire la quotité d’actifs non liquides dans les bilans bancaires.
Quoi qu’il en soit, une banque faisant face à un mouvement de retrait fortuit a besoin de fonds, précipitamment. C’est pourquoi, elle fait appel, en règle générale, au marché interbancaire. Il faudrait alors que la demande globale de liquidités ne dépasse pas l’offre globale. Dans le cas contraire, et sans intervention de la BC, le système bancaire s’acheminerait vers une crise de panique généralisée, d’autant plus que les banques en difficultés chercheraient, dès lors, à liquider leurs avoirs auprès des autres banques.
Dans ce cadre, Bhattacharya et Gale (1987) envisagent une variante du modèle de Diamond et Dybvig (1983), où le marché interbancaire mutualise les risques de liquidité des diverses banques afin d’éviter d’éventuels runs. Les banques font face à des chocs de liquidité disparates, vu que la fraction d’agents souhaitant retirer leurs avoirs prématurément (en T = 1) est différente d’une banque à l’autre.
Toutefois, lorsque le marché interbancaire comprend un nombre élevé de banques, le risque d’illiquidité peut être diversifié, la proportion des agents voulant retirer leur dépôts prématurément étant invariable au niveau global. Les banques qui subissent peu de retraits en première période (T = 1) ont un excédent de liquidité qu’elles peuvent prêter à celles qui subissent des retraits prématurés supérieurs à la moyenne. Le marché interbancaire est alors à l’équilibre (égalité entre offre et demande de liquidité).
Mais, étant donné le caractère inobservable des actifs bancaires (asymétrie d’information), chaque banque souhaitant maximiser son profit, aura davantage intérêt à réduire au minimum ses actifs liquides, et à acquérir le maximum d’actifs illiquides (dont les rendements sont plus élevés). Chaque banque adopte alors cette stratégie, s’attendant à ce que les autres banques la refinancent en cas de besoin (comportement de free riding). Au final, le marché interbancaire échoue à mutualisatier le risque d’illiquidité et seule l’intervention de la BC en qualité de PDR permet aux banques de ne pas faire faillite.
Pour certains économistes comme Venard (2001, p. 133), il est indispensable de suspendre momentanément la convertibilité des dépôts à vue, lorsqu’un run généralisé se produit. Cette suspension (partielle ou totale) devrait se faire automatiquement, aussitôt que le niveau des retraits dépasserait un certain seuil critique. Même si les récentes crises bancaires (Argentine et Chilienne) semblent lui donner beaucoup de crédit, cette solution est loin d’être idéale. D’une part, elle viole la convention de dépôt à vue qui stipule que celui-ci est parfaitement monnayable, à la discrétion de son détenteur. D’autre part, elle entérine la défiance des déposants et accentue la préférence généralisée pour la liquidité, ce qui agit défavorablement sur la consommation et l’investissement dans l’économie. C’est pourquoi, la théorie contemporaine de la banque préfère l’instauration d’une assurance « officielle » des dépôts, à une éventuelle suspension de la convertibilité de ces derniers (Bhattacharya, Boot et Thakor, 1998).
De ce qui précède, il est clair que la gestion interne du risque d’illiquidité par les banques n’est pas à l’abri de déficiences qui peuvent avoir des répercussions d’importance systémique. De ce fait, la plupart des autorités de supervision nationales ont mis en place des mécanismes préventifs sous forme de coefficients prudentiels et de réserves obligatoires.
C’est le cas en Europe, du coefficient de liquidité et du coefficient de fonds propres et de ressources permanentes 207 . D’après Bhattacharya, Boot et Thakor (1998, p. 756), ce genre de dispositifs est le corollaire « correctif » des méfaits de l’assurance des dépôts. Si celle-ci incite les banques assurées à prendre plus de risques, elle n’en demeure pas moins indispensable pour la stabilité macroéconomique 208 .
Après avoir vu le risque d’illiquidité, nous nous intéressons dans le paragraphe qui suit à l’analyse du risque de contrepartie aussi appelé risque de crédit ou encore risque de signature.
Il faut aussi prendre en compte l’hétérogénéité des dépôts bancaires puisqu’une banque qui gère de gros dépôts doit logiquement constituer des réserves plus importantes qu’une banque qui ne gère que des petits dépôts, même si la somme des dépôts est la même (Mikdashi, 1998, p. 182.).
Notamment lors d’événements périodiques et saisonniers (versement de salaire, vacances, rentrée scolaire, recouvrement des impôts, etc.). Dans ce cadre, Allen, Saunders, et Undell (1991) et Nakamura (1993) montrent comment l’extraction d’informations de la gestion des comptes des déposants peut être très utile lorsque ceux-ci sollicitent des crédits ou deviennent des emprunteurs.
L’adossement est exemplaire lorsque les caractéristiques d’amortissement (maturités, taux d’intérêt, etc.) des engagements et des avoirs sont analogues (le bilan est alors consolidé).
Le premier astreint les banques à respecter un rapport d’au moins 100% entre le total de leurs actifs liquides et à très C.T (d’un mois au maximum) et le total de leurs passifs à vue et à très C.T (d’un mois au maximum). Le second oblige les banques à respecter un ratio d’au moins 60% entre leurs ressources longues et leurs emplois de même nature. Cela limite le financement de projets à L.T sur la base de ressources à C.T.
Il faut signaler que dans un système bancaire non doté d’une assurance des dépôts, deux équilibres se dégagent : un bon, avec une confiance mutuelle entre banques et déposants, et un mauvais, avec phénomène de runs. L’assurance des dépôts vise précisément à écarter le mauvais équilibre (Diamond et Dybvig, 1983).