2.1. Ce qui se répète et se symbolise

Peut-il y avoir une relation entre l’activité de représentation et le travail intrapsychique de symbolisation ? Voir une relation entre les deux concepts, c’est noter que la représentation est sous-tendue par des processus psychiques. La représentation est vue comme cette capacité qu’a le sujet de mettre en présence un objet. Ce qui implique aussi une mise en relation de plusieurs éléments, à savoir un signifié et un signifiant, un représenté et un représentant. Dans ce sens, quelque chose est mis en lien à partir d’un intérieur non reconnu comme tel vers un objet. De ce fait, celui-ci devient le représentant d’un signifié se trouvant au « dedans » du sujet. Et cette représentation se fait inconsciemment. Ainsi, le lien peut être une symbolisation.

En s’intéressant au fonctionnement psychique, S. Freud (1920) s’appuie sur deux modèles : l’un basé sur le système perception/conscience et l’autre reposant sur l’ « illusion du Moi dans une immédiateté perceptive ». En effet, pour l’auteur, dans le premier modèle, il existe une organisation des perceptions. Mais celles-ci ne deviennent pas conscientes automatiquement. Autrement dit, le sujet dénie les perceptions car ne parvenant pas à la conscience automatiquement. Alors que dans le deuxième modèle, S. Freud (1920) met en évidence l’importance des effets de la réalité externe sur le psychisme et des formes de métabolisations de ces effets en représentations conscientes.

Dans ce sens, le lien ou la mise en relation entre plusieurs représentations est le résultat d’un travail organisateur du psychisme, qui sélectionne, structure en schèmes et signifie les données représentationnelles brutes en provenance du monde extérieur. Il y a alors un processus d’organisation progressif du lien et de sa signification au sein du psychisme. Il s’agit de la « transitionnalité interne » (R. Roussillon, 1997) 243 .

Et c’est de cette façon que fonctionne le processus représentatif ou représentionnel. Dans ce sens, la représentation est le résultat du travail de l’appareil psychique. Travail qui est selon R. Roussillon (1997), processuel. En effet, l’auteur note quatre grandes étapes processuelles du fonctionnement psychique : somatique, psychique, la métabolisation perceptive et la représentation des choses.

La première est somatique, permettant l’enregistrement des stimuli perceptifs à un niveau corporel. La particularité de cette étape est que ce temps reste à la périphérie psychique.

Le deuxième temps est psychique ; il n’est ni représentatif ni signifiant ; il correspond au premier mode d’organisation du « ça » et dont la perception en est le résultat. Dans ce temps, il y a d’une part un investissement de la perception par la libido du sujet. Ce qui correspond à la première forme d’organisation du monde par le sujet. Et d’autre part, ce deuxième temps caractérisé par le « ça » est le lieu de traces liées à la préhistoire du sujet. Dans le premier temps, le monde est organisé, investi selon les caractéristiques de chaque culture car en fonction de celle-ci, le sujet apprend à sélectionner un certain nombre de « formants perceptifs ». Ces perceptions vont être mises en relation avec les schèmes idiosyncrasiques du sujet liées aux premières relations maternelles.

Le troisième temps est celui de la métabolisation perceptive ; il se caractérise par la manière dont le Moi est affecté par une perception organisée et investie libidinalement. De la force d’effraction de la perception dans la subjectivité du sujet va dépendre l’intensité de son éprouvé, par conséquent, des capacités à symboliser du sujet. Lorsque le Moi arrive à donner un sens à la perception, c’est-à-dire à l’intégrer dans l’ensemble des représentations de choses (dépendant de son histoire et de ses capacités de symbolisation primaire), il va l’intégrer dans un scénario primaire de symbolisation.

Dans le quatrième temps, la représentation des choses, activée par la perception et le travail psychique d’organisation apparaît au préconscient. Il correspond à la symbolisation secondaire de la perception.

Le processus représentationnel, et partant de la symbolisation, renvoie à la prédominance des liaisons entre représentations (S. et C. Botella, 1995) 244 . Maintenant, il est nécessaire de voir ce qui se répète, se lie et se symbolise.

Notes
243.

René Roussillon, Activité projective et symbolisation. Projection et symbolisation chez l’enfant. P. Roman (Dir.). La méthode projective en psychopathologie. Lyon, PUL, 1997, pp. 27-35.

244.

Sara et César Botella, A propos du processuel. Revue Française de Psychanalyse, Tome LIX, n° 5, 1995, pp. 1609-1615.