9. Saint bruno en prière , d’après Jean Jouvenet

S. d. [après 1703-avant 1710]

Burin

H. 0,419, L. 0,326 au tr. c. ; H. 0,458, L. 0,335 à la cuvette

Dans la marge inférieure, sous le tr.c., dix vers disposés sur deux colonnes : Bruno désabusé du faux éclat du Monde, // Ne trouve de bonheur qu’en embrassant la Croix, // Heureux d’avoir cherché sous l’ombre de ce bois, // cette divine paix où nôtre espoir se fonde, // Et d’avoir rencontré le centre du repos, // Que le monde n’a point qu’en luy tournant le dos, // comme ce généreux et Sage Anachoréte, // Qui d’Anges incarnez en peuplant les Déserts, // Fit aux Anges du Ciel vne plus grande feste, // Du Silence des Siens que de tous leurs Concerts. ; au-dessous : à g., Ioannes Iouvenet pinx. ; à dr., Se vend à Paris chez P.Drevet rue S t Jacques à l’Anonciation [sic] avec privil. du Roy ;

En pied, de profil tourné à gauche, le saint est prosterné devant un crucifix qu’il tient de ses deux mains. On aperçoit à l’arrière et à dr., deux moines qui le regardent étonnés.

Un seul état connu : l’état décrit ; (BNF, Est. : Ed 99a rés., in-fol. ; Da 50, in- fol., p. 27 ; N3, in-fol., vol. 13, Mf D286681 - Caen, MBA - Dresdre, SK - Amsterdam, Rijks - Londres, BM, à Jouvenet - Stockholm, Nm - Vienne, Albertina)

Fondateur de l’ordre des Chartreux, Bruno est né vers 1032. D’abord chanoine de Saint-Cunibert à Cologne, il est nommé écolâtre à Reims en 1056. Influencé et soutenu par Robert de Molesme, Bruno choisit la vie d’ermite. Hugues, évêque de Grenoble, lui donne la contrée montagneuse de la Chartreuse où il construit un oratoire entouré de cellules. L’ordre des Chartreux naît en 1083. Le pape Urbain II l’appelle à Rome en 1084 pour intervenir dans sa réforme. Bruno meurt en 1101 en Calabre dans la chartreuse de La Torre qu’il avait fondée. Il n’a jamais été canonisé mais en 1514, Rome a autorisé les chartreux à l’honorer et a étendu son culte à l’Église universelle en 1674 1 .

On ignore si le modèle qui a servi à Drevet est le tableau original ou une copie. Il existe un portrait peint au musée de Stockholm qui pourrait être l’original 2 . En effet, le tableau du musée de Lyon (H. 0,87 ; L. 0,70), acquis en 1838 3 , étant de qualité inférieure, ne serait qu’une réplique d’atelier. Un autre exemplaire se trouve dans l’église de Vervins, provenant de la Chartreuse du Val Saint-Pierre ; il daterait des environs de 1700, lors des relations de Jouvenet avec ces chartreux. Cette composition est la plus connue des différentes versions du saint Bruno par Jouvenet ou par son atelier, et pourrait avoir été exposée au Salon de 1704 4 , mais une confusion avec saint Bruno méditant dans une caverne est possible. Des copies existent à l’église Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris et au musée du Mans (sous le nom de Restout). Le musée Magnin à Dijon conserve également une version dans laquelle un moine encapuchonné, assis et lisant est ajouté à droite 5 .

Le cuivre a été gravé à partir du début de l’année 1703, date à laquelle Pierre Drevet change d’adresse pour la rue Saint-Jacques 1 . C’est à partir de cette année également qu’il fait connaissance de Jean Jouvenet, lorsque l’Académie l’agrèe. Pour consolider l’hypothèse on remarque que les premières collaborations entre Jean Jouvenet et Pierre Drevet commencent au début des années 1703-1704 avec l’Education de la Vierge (cat. n° 2) et le Portrait de Camus de Pontcarré (cat. P. Dr., n° 86). En outre, le graveur a très probablement eu sous les yeux la version de la chartreuse du Val Saint-Pierre, hypothèse corroborée par la commande en 1716 de la vue cavalièrede La Chartreuse du Val Saint Pierre, d’après Hangest de Fantigny (cat. P. Dr., n° 8), ce qui indiquerait qu’il était encore en relation avec les chartreux à cette époque.

Mariette indique : « Gravé par Michel Dossier et terminé par Drevet le père ». En effet, le traitement de l’expression du visage, le rendu de la lumière dégagée par le saint et le velouté de l’ensemble obtenu par le maniement du burin portent la signature de Pierre Drevet. La part la plus importante du travail a été réalisée par lui. En outre, la planche est attribuée à Pierre Drevet dans le Catalogue de la vente Claude Drevet. La gravure a donc été réalisée entre 1703 et 1710, époque à laquelle Michel de Dossier quitte Drevet. L’estampe se présente en contrepartie du tableau.

Elle a certainement été tirée pour le second tome de la Vie des Saints par le père Giry 2 , car on trouve dans l’inventaire après décès de Pierre-Imbert en 1739, trois volumes sous ce titre par cet auteur 3 .

Sujet gravé également par Louis Desplaces, mais la qualité de son burin apparaît inférieure à celle du burin de Drevet. Il existe une copie anonyme en contre-partie de la planche gravée par Louis Desplaces avec des armoiries au centre du socle (BnF Est. N2, in-fol., vol. 225, Mf.D 099782).

(Voir volume I : pp. 68-69, 184)

Bibliographie

Helyot 1721, Oc. 4f, LI, pp. 366-401 ; Mariette 1740-1770,III,f° 49 r° n° 10 ;Le Blanc 1856, II, P. Dr., n° 8 ; Firmin-Didot 1876, P.Dr., n° 10 ; Leroy 1860, pp. 113, 150, 220 ; Dissard 1912, p. 135 ; Weigert 1938, p. 227 ; IFF XVIII e 1951, VII, P. Dr., n° 8  ; Audin et Vial 1919, p. 287 ; Schnapper 1974, pp. 143-144, 207, n° 93, ill. 92-95 ; Foucart-Walter 1982, p. 81, n° 58 ; Duchet-Suchaux, Pastoureau 1990, p. 69 ; Beauvalot-Gouzi 1998, pp. 47-52 ; Thieme et Becker-Saur 2001, XXIX, p. 409.

catalogues de ventes (en complément du Dictionnaire Mireur )

Claude Drevet, 1782, p. 22, n° 226.

catalogues d’ expositions

Liste des Tableaux et des Ouvrages de Sculpture exposéz dans la Grande Gallerie du Louvre …, en la présente année 1704, voir Guiffrey, 1869, p. 9.

Notes
1.

Duchet-Suchaux, Pastoureau 1990, p. 69.

2.

Dimensions : H. 0,66, L. 0,55 ; cat. Maîtres étrangers, 1928, n° 1326, p. 203.

3.

Dissard, 1912, p. 135.

4.

Guiffrey 1869, p. 9.

5.

Dimensions : H. 0,71, L. 0,90. Voir Schnapper 1974, pp.143-144, 207 n° 93, ill. 92-95.

1.

A. N., m. c., ET/XLIX/425, voir annexes, vol. III, p. 14.

2.

Voir Helyot 1721, La Vie de Saint Bruno, Oc, 4f, in64°, LI, pp. 366-401.

3.

Inventaire après décès de Pierre-Imbert Drevet, 1739, voir Weigert 1938, p. 227.