1. La préservation de la mémoire urbaine : posséder les documents (1410-1440).

La mise par écrit de toute information n’est pas encore totalement une habitude au consulat dans les années 1410-1440 600 et il arrive que la mémoire de la ville soit prise en défaut : les souvenirs des anciens sont utilisés comme référence lorsque les archives sont déficientes car on tient toujours en estime la mémoire collective, du moins celle de l’élite 601 . C’est pourquoi les conseillers prennent soin de mettre par écrit immédiatement une information connue par la seule mémoire collective 602 , afin que cette « informacion se [mette] es archives de la ville à perpétuel mémoire » 603 . Tout ce qui est écrit figure donc dans les registres, puisque quasiment toutes les réalisations de documents y sont notées, ce qui fait de ces comptes rendus des sortes d’inventaires inconscients des écrits de la ville. Pourtant la ville a encore du mal à faire reconnaître son droit à posséder tous les documents la concernant.

Notes
600.

Il convient cependant de noter que la conscience de l’importance de la mise par écrit n’est pas nouvelle. L’exorde de la charte concédée en 1174 par Guy, comte de Nevers, aux habitants de Tonnerre déclare : « l’usage des lettres a été trouvé et inventé pour la conservation de la mémoire des choses. Ce que nous voulons retenir et apprendre par cœur, nous le faisons rédiger par écrit afin que ce que l’on n’en peut perpétuellement retenir en sa mémoire fragile et labile fut conservé par un écrit et par le moyen de lettres qui durent toujours ». Cité par J. Le Goff, Histoire et mémoire, Gallimard, Paris, 1977, réédition 1988, p.135. Ph. De Beaumanoir le souligne aussi : « tens coustumes qui maintenant sont usées, sont bonnes et proufitables à escrire et à enregistrer, si qu’elles soient maintenues sans changier des ore en avant que, par les mémoires qui sont escoulourjans et par les vies des gens qui sont courtes, ce qui n’est escrit est tost oublié.» Coutumes de Beauvaisis, éd. A. Salmon, t.1, Paris, 1899 (réimpr. 1970), p.4-5. La nouveauté réside plutôt dans la rédaction systématique de tout ce qui s’est passé pour en avoir trace.

601.

Tévenet Favre « prétend que ung brotel qui est touchant le petit pontet du Rosne qui est de boys est sien, et selon l’oppinion de pluseurs anciens non est, mais doit estre au commun de la ville de Lion », 1416, RCL1 p.6. En 1419, quand Etienne de Vaux demande au consulat des gages pour un voyage qu’il a effectué en Avignon alors que rien ne l’atteste dans les comptes de la ville : « aucuns des conseillers vieux ont rapporté que ledit Estienne n’y fut point envoyé par la ville, ne n’y ala point à la requeste desdis conseilliers, mes pour ses autres propres besongnes », 1419, RCL1 p.195.

602.

Exemple : « gages donnez à Estienne le Bourgoignon de Béchevellin pour guierdon de la peine qu’il a eu d’avoir trouvé certains broteaulx qui estoient dudit pont, desqueulx n’estoit aucune mémoyre, s’il ne feust, et ne lui sera point baillé ledit mandement jusques l’en aura fait penunceller lesdits broteaulx et par instrument afin qu’il soit mémoire desdits broteaulx le temps avenir plus grant qu’elle n’a esté le temps passé se ne feust ledit Bourgoignon », 1434, RCL2 p.409.

603.

1422, RCL2 p.6.