4.1.2.3. La méthode tachéométrique, une mesure instrumentale des distances.

La mesure des angles de pente à l’aide d’un éclimètre ne constituait que la moitié des mesures nécessaires à une détermination instrumentale du nivellement. Pour permettre le calcul des altitudes, il fallait également disposer de mesures de distance. Au Dépôt de la guerre, la mesure au pas était presque toujours utilisée de préférence à la mesure à la chaîne, plus longue à mettre en œuvre, mais sa précision était insuffisante dans le cadre de levés de détail. Le seul autre procédé topographique permettant une mesure instrumentale des distances était la méthode stadimétrique, qui consistait à observer avec une lunette munie d’échelles stadimétriques un jalon-mire tenu par un aide-opérateur. La règle à éclimètre et l’alidade holométrique, tout comme la boussole nivelante du génie, étaient d’ailleurs munies de lunettes stadimétriques pour permettre une telle mesure.

L’emploi de la mesure stadimétrique des distances dans les levés topographiques de détail avait été formalisée par le major du génie piémontais Porro en 1839. Ce dernier avait utilisé un instrument qu’il avait appelé tachéomètre, en fait un théodolite à deux cercles dont le cercle horizontal était muni d’un déclinatoire pour pouvoir l’orienter, et le cercle vertical d’une lunette stadimétrique. Sans rien modifier dans les principes du levé topographique, la méthode tachéométrique remplaçait la mesure aux pas par la mesure stadimétrique des distances. Elle permettait donc d’effectuer des mesures de distance à toutes les étapes du travail, même aux petites et moyennes échelles, alors que dans la méthode traditionnelle, les mesures directes de distance ne concernaient que la mesure des bases géodésiques au début des opérations et quelques mesures aux pas dans les levés de détails à la fin des opérations, toutes les autres déterminations de distance reposant sur des procédés d’intersection, c’est-à-dire des mesures d’angles. Non seulement les mesures de distance par tachéométrie étaient plus faciles et plus rapides, l’opérateur n’ayant pas besoin de parcourir systématiquement ces distances, mais leur multiplication apportait de nombreux moyens de vérification756.

Dans les levés de précision, l’utilisation de la mesure stadimétrique se développa rapidement pour l’étape de levé topographique à proprement parler – les mesures de distance effectuées lors des cheminements de la triangulation complémentaire étant toujours exécutées à la chaîne ou au ruban d’acier étalonné757. Remplaçant la traditionnelle mesure au pas, elle s’inscrivait, tout comme la généralisation du nivellement topographique, dans la dynamique d’instrumentation des levés topographiques qui caractérise la méthode des levés de précision.

Notes
756.

BERTHAUT Colonel. La Carte de France. T.2. Op. cit., p. 313-316.

757.

Voir infra, partie 2, chapitre 4.2.1.2.