4.2. Entre objectivité scientifique et industrialisation, le retour de la tentation topométrique.

Depuis le 17e siècle, la cartographie n’a cessé de s’inscrire de plus en plus exclusivement dans une conception scientifique pour laquelle le progrès technique est un moyen d’augmenter la précision des documents cartographiques et leur faire atteindre une perfection incarnée par l’idéal d’objectivité scientifique. La généralisation de la triangulation, la géométrisation de la représentation du relief, et plus tardivement le développement considérable de l’instrumentation cartographique, depuis les levés de précision jusqu’à la photogrammétrie aérienne, participaient de cette « scientificisation » de la cartographie dont les cartes elles-mêmes offrent un témoignage précieux à travers leur présentation graphique. Cette « scientificisation » partage des préoccupations essentielles avec le mouvement d’industrialisation de la cartographie, en particulier un souci de rationalisation des procédés qui passe par la réduction, voire la suppression, de leurs aspects artistiques. Au cours des années cinquante et soixante, elle servit d’ailleurs d’alibi à la résurgence de ce que j’ai appelé la tentation topométrique, encore plus fortement liée à la volonté de mécanisation de la représentation cartographique que dans les années vingt. A l’opposé de cette normalisation industrielle, la carte inachevée du Mont Blanc au 1 : 10 000 représentait le chant du cygne d’une cartographie figurative et artistique, héritière de la conception des topographes-alpinistes.